Rampage (Uwe Boll, 2009)

Alexandre 24 juin 2010 Bonnes surprises, Critiques, DVD 5
rampage pochette dvd uwe boll

Quand Uwe Boll, réalisateur décrié pour ses pochades vaguement provocantes et autres nanards sous inspiration vidéo ludique, annonçait son envie de s’attaquer au phénomène décrit dans le « Bowling for Colombine » de Michael Moore, il y avait de quoi craindre le pire. Au minimum une polémique disproportionnée et une série B bien maladroite.

Le résultat s’avère finalement être de loin le meilleur film du réalisateur. Rampage c’est un peu Elephant de Gus Vant Sant mais à la sauce d’un Uwe Boll partagé entre quête de crédibilité et envie de tout foutre en l’air. Une sauce un peu lourde mais qui, surprise, prend plutôt bien entre deux coups de provoc’ facile (et inoffensive), d’humour noir et ponctuée de scènes d’action bien foutues.

Le réalisateur teuton suit ici Bill Williamson, jeune loser habitant chez papa maman dans un trou paumé des Etats-Unis. Entre ses parents qui n’attendent que de le mettre dehors, son meilleur pote jouant à  l’anarchiste de pacotille sur youtube, un boulot de mécano sous-payé et l’impossibilité de boire un vrai Macchiato with extra Foam, Bill ne semble pourtant pas tellement affecté par cette vie de merde. Et pour cause, les dernières pièces de sa combinaison en Kevlar renforcé viennent d’être livrées. Bill va pouvoir suivre son plan : massacrer le plus de personnes possible. Ses raisons? Rampage ne révèle pas grand-chose sur ce sujet et avance quelques motifs tout en laissant un flou sur ce qui fait vraiment courir Bill après ses victimes.

bill rampage uwe boll

Bill en plein égotrip

Ce dernier est d’ailleurs ce qu’il y a de plus réussi dans ce Rampage. L’acteur Brendan Fletcher compose un personnage ambigu éloigné du psychopathe basique et cabotinant qui hante régulièrement thrillers et productions horrifiques. La sympathie qu’il inspire au début du métrage est rapidement mise à mal par l’application froide et calculée qu’il met en œuvre dans le massacre d’une centaine de personnes. On n’en dira pas autant des autres prestations, peu aidées par l’écriture d’Uwe Boll qui surligne au marqueur fluo tout ce que la cervelle endormie du spectateur n’aurait pas saisi. Il faut comprendre que les parents de Bill veulent que leur fils dégage? Le couple d’acteur en fait alors trois tonnes avec des dialogues free-style et aussi gênants que « bien dormi cette nuit ? » « Oh oui chéri, tu étais un vrai tigre hier »…

Pour rassurer les Uwe-Bollophobes, la réalisation abuse très souvent d’effets de style sorties du « Tony Scott pour les nuls » : caméra parkinsonienne, ralenti voire arrêt sur image, plan flou type film d’auteur croate… tout ça sur une bande-son métal-indus peu inspirée. Et pour être encore un peu plus lourdingue, Uwe Boll choisi de montrer dès le début du métrage, via quelques flash-forwards réguliers, des images du carnage à venir, cassant tout effet de surprise quant à la suite du film et laissant un léger arrière-goût de remplissage. Ce style globalement très tape-à-l’œil et cassant toute viscéralité nuit à l’impact qu’aurait pu avoir le massacre mis en scène et la posture ambigu du film sur le spectateur.

rampage uwe boll

Une explosion offerte par Nu Image

Uwe Boll est aussi le roi du gâchis de bonne séquence. L’attaque du commissariat est ainsi originale, bien réalisée mais sabotée par une explosion finale disproportionnée. Un détail aussi inutile que la bouillie numérique sur l’écran est digne d’un Nu Image old school, poussant même le vice jusqu’à y ajouter une carcasse de voiture en image de synthèses sorties d’une console 32-bits. Comme si le grand Uwe était gêné pour le coup de faire de son Rampage un film trop « sérieux » et reviendrait en une image à un style « jeu-vidéo » et son petit bonhomme costumé qui court en tirant partout.

On regrette donc un peu cette mise en scène de l’intention principale et immorale du film : avoir pour personnage principal le mass-murderer et vivre le carnage à travers ses yeux. Position qui aurait pu être un peu plus inconfortable pour le spectateur plus habitué à suivre un prototype de flic, ici juste incarné quelques minutes pour se faire saigner à blanc à la lisière d’une forêt.  Comme chez Rob Zombie, le spectateur finit par espérer que le bad-guy s’en sorte…

rampage uwe boll

Fallait pas louper son brushing…

Malgré tout, Rampage est plus que regardable et affirme ses ambitions au détour de quelques séquences telles que l’arrivée du tueur en plein Bingo où les joueurs, comme lobotomisés par ce jeu, ne remarquent même pas Bill et ses fusils mitrailleurs. Le réalisateur montre aussi un certains talent pour jouer avec les nerfs du spectateur au détour d’une séquence glaçante se déroulant dans un salon de coiffure  Au final, le film est donc très honorable tout en gardant la grosse patte du Boll.

Le film est déjà sorti en DVD aux USA (chez Peace Arch) et sortira le 28 juin prochain en Grande-Bretagne.

Par Alex Béguin

5 commentaires »

  1. Alex 24 juin 2010 at 09:35 -

    Bien que j’ai aimé son Rampage, je trouve quand même que son Tunnel Rats est de loin bien meilleur, maitrisé, violent, sombre, sérieux, sans aucun cabotinage et vraiment très réel…

    J’apprécie le cinéma de Uwe Boll, qui en général ne se prend pas au sérieux (Postal, Far Cry) mais j’avoue que cette envie de faire un cinéma plus « sérieux » me plait assez.

  2. Alex Béguin 24 juin 2010 at 10:24 -

    Pas encore vu le Tunnel Rats. En tout cas il a l’air encore plus sérieux que ce Rampage!

  3. Viktor Alexis 5 octobre 2010 at 18:22 -

    Globalement d’accord avec cette critique.
    Pour suivre le film en anglais sans sous-titres français, c’est un peu dur… on comprend les grandes lignes sans être bilingue, mais les détails nous échappent souvent.

  4. Dudule 12 mars 2011 at 18:09 -

    Pour un critique qui se plaint que le réalisateur gâche la surprise avec des « flash-forwards du carnage à venir », le déroulement du film et les aboutissements des scènes de suspense « glaçant » sont quasi racontés de A à Z. Il ne manque plus qu’à dévoiler carrément le twist final mettant à jour les intentions réelles du personnage principal !

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