[Critique] Freddy – Les Griffes De La Nuit

Alexandre 19 octobre 2010 Critiques, Dommage ..., Remakes 13

freddy 2010 remake

Remake produit par Michael Bay et Platinum Dunes, ce « Freddy – Les Griffes De La Nuit » version 2010 suit toujours sa petite bande de teenagers traqués puis assassinés dans leurs rêves par un boogey-man au look de très grand brûlé. Au fil des meurtres, les survivants vont découvrir l’histoire de Freddy Krueger, pédophile brûlé vif par leurs parents et revenu d’outre-tombe pour exterminer la progéniture de ses bourreaux.

freddy griffes de la nuit

Un gimmick un peu trop utilisé…

Ce qui frappe d’emblée dans ce film si l’on se risque à une comparaison avec l’original, c’est cet écart vertigineux entre les adolescents représentés. C’est la crise mes amis. Là où dans l’original, Nancy était une petite meuf bien sa peau, maqué à un Johnny Depp tout juste pubère et habituée et sa copine Kris pouvait s’éclipser pour une séance de sport de chambre avec son bad boy de petit ami, le remake n’est peuplé que de jeunes gens tristes, mornes, asexués et peu expressifs. Tout le monde est seul ou vient de rompre et Nancy bosse dans un Diner miteux et repère blafard des jeunes de son quartier. Le principal défaut de ce remake est tenu par l’absence de l’idée sous-jacente qui faisait la force de l’original : le premier « Nightmare On Elm Street » jouait sur la perversité et les conséquences de l’hypocrisie supportant les vies insouciantes de ses jeunes banlieusards. Freddy apportait une réponse castratrice et sanglante aux pulsions de ses adolescents. Or la version 2010 nous les présente comme subsistant déjà à côté de leur vie et de leurs sensations, cloitrées dans leurs solitudes respectives et voire déjà complètement blasés. L’explication de ce comportement par les actes pédophiles subies dans leur jeunesse et miraculeusement oublié par tous n’est pas très subtile et semble aussi anesthésier tout élan de progression ou passage à l’âge adulte chez les personnages. Cela surtout pour Nancy, devenue insipide sous les traits de Rooney Mara, la future Lisbeth Salander du Millenium de David Fincher. Et le scénario n’arrange rien en la faisant passer pour un rôle secondaire au début du métrage. C’est en effet Kris (devenue ici frigidaire option machine à larmes dans cette nouvelle version), par une écriture maladroite et sabordée par le tournage d’une nouvelle séquence après les premiers screen-test, qui porte l’intrigue dans les premières bobines avant de se faire dézinguer.

freddy griffes de la nuit

Kris aurait peut-être dû sécher les cours

Pour le reste du casting : dommage que Kyle Gallner – gros potentiel de la dernière saison de « The Shield » –  s’enferme un peu plus dans le rôle de l’ado un peu émo déjà vu dans « Jennifer’s Body ». Connie Briton (la femme forte du coach de « Friday Night Light « ) reprend ici le rôle de la mère de Nancy. Le traitement de ce personnage est là-aussi incroyablement plus light que dans l’original où Nancy, en plus de lutter contre le croquemitaine, se voyait aussi confronté à une figure maternelle de plus en plus pathétique dans sa négation de la réalité. Ici, des deux côté, fille comme mère, un mensonge entrainant une dizaine de meurtres n’entame pas tellement les relations familiales. Enfin, concernant Freddy Krueger, Jackie Earl Haley est très loin de la figure flippante, dégueulasse et quasi-muette introduite par Robert Englund dans le premier épisode. Les intentions de Platinum Dunes de présenter un personnage encore plus terrifiant ne se réalisent jamais et le boogey-man se fend même de quelques blagues carambar digne d’un Freddy 6. Ses meilleures scènes sont d’ailleurs celles où il apparaît sans maquillage lors de flashbacks suivant la genèse du personnage.

freddy griffes de la nuit

La genèse de Freddy Krugger

Ce remake passe aussi complètement à côté du potentiel flippant de ses séquences oniriques. Ces quelques subtilités de scénario ou de mise en scène suggérant le lent glissement de la réalité vers le cauchemar. Le réalisateur, quitte à ne rien faire, aurait pu s’inspirer du travail plus qu’inspiré de Wes Craven à l’époque : le discours flippant du prof  quand Nancy s’endort en classe, le silence surnaturel pesant sur le cauchemar de Kris (ici on a un chien qui hulule, la blague), ces quelques détails qui faisait entrer le spectateur dans une autre dimension et construisait toute la tension jusqu’à l’éventuelle mise à mort sont zappés au profit d’une réalisation un peu tape à l’œil. Le réalisateur expédie ici ses versions des scènes cultes tel des passages obligés mais à l’impact complètement annihilé par la production globale. Une histoire de timing. On l’a ou l’on est juste mauvais. Ainsi, le CGI montrant la silhouette du griffu sortir du mur fait ici juste pitié là où elle était censée assoir la menace sourde se rapprochant de Nancy.

freddy griffes de la nuit

Un futur candidat pour « Relooking Extreme »

Avec sa tonne de clips et de pubs à son actif et le Smell Like Teen Spirit de Nirvana comme premier coup d’essai, Samuel Bayer avait il est vrai tout du parfait réalisateur yes-man sans âme. Wes Craven avait pourtant été bien servi jusque là et les remakes de ses « Colline a des Yeux » et « Dernière Maison Sur La Gauche » surpassaient les originaux. Un relifting beaucoup moins réussi pour son œuvre phare. Ni fun, ni flippant, ce « Nightmare On Elm Street » version 2010 est un film de producteur sans substance ni intérêt. Un bon ratage qui risque bien de connaître une suite, son succès au box-office US justifiant que l’on prolonge un peu plus l’ennui.

Par Alex B

freddy griffes de la nuit

Un remake qui te sort par les yeux?

Laisser une réponse »