[Gérardmer 2011] Ne Nous Jugez Pas – La critique
Publié le 9 fév 2011

Prix du jury ex-aequo du dernier festival de Gérardmer, « Ne Nous Jugez Pas » est un peu la version cannibale mexicaine du sitcom « La Vie à 5″
Avec son pitch de départ évoquant le sort forcément tragique d’une famille de cannibales affaiblie suite au décès du patriarche chargé de ramener la nourriture, Ne Nous Jugez Pas aurait pu laisser attendre un Massacre à la Tronçonneuse à la sauce mexicaine et emprunt de satire sociale. Finalement, ceux qui seraient venus pour la référence au film de Tobe Hooper risquent d’être quelque peu frustrés. Le premier long-métrage de Jorge Michel Grau ménage en effet sa partie « film de genre », se concentrant plus sur sa chronique d’une famille en quête de sens et perdue au sein d’une société corrompue et inégalitaire. Le ton est ainsi donné dès la première séquence : le patriarche, issue des classes pauvres, s’écroule en pleine journée sur le sol d’un centre commercial. Quelques secondes après son décès, une équipe de nettoyage arrive pour déplacer son cadavre et nettoyer le sol avec autant de compassion qu’elle pourrait avoir pour une paire de canettes de bières vides.

Le réalisateur fait preuve d’un talent certains pour créer en quelques plans l’image d’un urbanisme glauque et désespéré. Un cadre urbain écrasé par le soleil et où les gamins mendiant dans la rue peuvent être kidnappés sans crainte en pleine journée. A cette société mexicaine décrite comme complètement décadente, cela non sans humour noir – voir ces flics branleurs se vantant de ne pas s’occuper des affaires ni passées ni présentes ou cette bande de prostitués prête à monnayer un droit de cuissage sur une mineure pour quelques informations – le film paraît opposer dans un premier temps une famille régulée par un rite ancestrale porté sur l’anthropophagie. Manger l’autre pour retrouver l’harmonie familiale ? C’est ce que semble penser nos protagonistes. La nourriture venant à manquer, la famille finit en effet par paraître aussi déstructurée que la société qui l’entoure, le film abordant alors pêle-mêle, de près ou de loin l’inceste, l’homosexualité refoulé, la jalousie larvée, l’agressivité prête à exploser ou le complexe d’Oedipe de ces personnages.

Après avoir longuement planté le décor, et on pourra d’ailleurs regretter une image un peu trop uniformément sombre et désaturée, l’histoire peine à concilier les différentes voies empruntés au sein d’une intrigue suffisamment solide pour ne pas susciter l’ennui du spectateur sur certaines de ses longueurs. L’enquête policière, la satire sociale et même la chronique familiale paraissent donc un peu survolées pour un final ouvertement horrifique et culminant dans une ultime séquence aussi incongrue que digne d’une grosse série B.

Loin du « Morse du film de cannibale » annoncé par certaines critiques, ce premier film de Jorge Michel Grau reste un effort louable porté par des interprétations solides, cela même si l’empathie du spectateur est freinée par une caractérisation un peu superficielle de certains protagonistes. Une variation originale du genre « film de familles cannibales » mais qui aurait gagné à resserrer un peu son intrigue.
Critique par Alex B
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Catégorie: Critiques, Gérardmer 2011, Pas mal .. •
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