[Strasbourg2011] [Critique] Vampire ( Shunji Iwai, 2011)

Publié le 16 sept 2011

Simon Wade et une jeune fille se retrouvent après s’être rencontrés sur internet. Ils ont convenu d’un suicide ensemble. Pourtant, Simon n’a pas véritablement l’intention de mettre fin à ses jours…

Choisir de réaliser un film intitulé « Vampire » de nos jours est courageux et l’est encore plus lorsqu’est décidé de prendre à contrepied les métrages habituels sur ce thème récurent du cinéma horrifique. Ici, Shunji Iwai, dont c’est le premier film aux Etats-Unis, détourne avec brio tous les codes à la fois narratifs et visuels du genre pour en faire une oeuvre insaisissable, se voulant hors des sentiers battus.

Le réalisateur offre en effet une approche très réaliste, mettant tout élément fantastique de côté pour ne garder que le plus important et ce sur quoi il va fonder son récit : les doutes existentiels d’un vampire altruiste happé par un quotidien qui ne lui suffit pas et qui traite particulièrement bien ses victimes. Ce professeur de biologie de 28 ans est en apparence tout ce qu’il y a de plus normal, et à vrai dire, on en vient même à se demander s’il s’agit réellement d’un vampire à proprement parler étant donné que le seul élément mythologique intégré au film est son besoin de boire du sang pour vivre. Mais aucune dent pointue, ni brillance au soleil, pas d’allergie à l’ail, rien d’autre. Ce personnage serait-il alors simplement victime d’une maladie le forçant à boire du sang humain ?

Peu importe au final, car cette nécessité  de se nourrir a fini par le définir avec le temps. Notre vampire a appris à se jouer des autorités et a trouvé un moyen de faire souffrir un minimum ses victimes. Et c’est là qu’intervient la véritable dimension poétique de Vampire : malgré sa condition de suceur de sang, il va se refuser à la souffrance de l’autre et va devenir un véritable ami pour ses victimes, qu’il apprend à connaitre pendant les quelques heures qui précédent leur mort.

Comme si celle-ci était déja écrite, il ne cherche pas à les sauver ou même à les décourager de mettre fin à leurs jours, au lieu de ça, il les aide, comme le ferait un assistant, en y trouvant bien sûr son compte. Cette relation si spéciale qui s’instaure entre eux rappelle incontestablement une des données du mythe du vampire : ce pouvoir d’attraction exceptionnel qu’il exerce sur ses victimes, ici, consentantes. Elles sont comme hypnotisées par cet être qui leur offre ce dernier souffle qu’elles attendent tant, sans douleur et même avec un certain amour.

Mais derrière ces aspects séduisants, Vampire a du mal à fasciner jusqu’au bout, d’une part à cause de ses longueurs inutiles mais surtout en raison de cette retenue permanente qui finit par être frustrante. Certaines scènes en deviennent presque inutiles et donne parfois l’impression que le réalisateur laisse tourner sa caméra en espérant que quelque-chose se produise. Autre chose, la multiplication des personnages que le « héros » rencontre sert certes à montrer la variété de ses modes opératoires, mais se révèle parfois un peu trop répétitive, n’apportant rien de plus à l’histoire que ce que l’on sait déjà.

Sans espoir et profondément pessimiste, Vampire choisit la sobriété pour parler d’un thème fantastique. On en ressort anesthésié par un parti-pris visuel et sonore inattendu qui ne plait pas toujours.

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