[Interview] Alexandre Aja à propos du remake de Maniac

NicoD 4 janvier 2013 Interviews, Non classé 2

A l’occasion de la sortie du remake de Maniac le 02/01/13, nous avons rencontré Alexandre Aja pour une table ronde qui prit plus la forme d’une discussion passionnée qu’un simple jeu de questions/réponses. Au centre de toutes les interrogations, le concept de remake, objet aujourd’hui servi ad nauseam par la production américaine pour des raisons strictement économiques. Mais Aja avait la ferme intention de nous convaincre qu’une production bien pensée pouvait permettre de s’affranchir de ce statut aujourd’hui mal-aimé en apportant une vision extrêmement différente des films originaux ainsi que de véritables nouvelles idées de mise en scène. Pour notre part, le monsieur prêchait des convertis, depuis longtemps acquis à la cause d’un cinéma d’horreur adulte, transgressif et intelligent. Place donc à Alexandre Aja à qui la double casquette de scénariste et de producteur semble autant convenir que celle de réalisateur. Et pour votre bon plaisir, l’entretien a été retranscrit in extenso, au détriment peut-être d’une certaine concision de forme, mais l’idée était de ne pas en perdre une miette. Bonne lecture !

Alexandre et Elijah sur le tournage

D’où vient l’idée initiale de faire un remake du Maniac original ?

Alors… Ce n’était pas du tout prémédité pour moi et d’ailleurs, j’en ai assez parlé à l’époque de Haute Tension, j’avais déjà un peu fait mon remake de Maniac avec ce film. J’ai d’ailleurs été jusqu’à refaire une scène inspirée presque plan par plan, la scène des toilettes, avec les mêmes graffitis sur les murs pour matcher ceux de Maniac. Donc voilà, j’ai toujours eu ce culte pour ce film qui m’a vraiment marqué et je n’ai jamais eu l’idée de le refaire. Il y a environ quatre/cinq ans, je parlais souvent avec Thomas Langmann, qui est un grand fan de cinéma de genre… Donc on reparlais justement de Haute Tension et de ses similarités avec Maniac et on s’est dit « Pourquoi pas un remake ? ».

Mon approche de ce genre d’exercice interroge toujours la légitimité du projet. Pourquoi refaire un film pour lequel j’éprouve toujours autant de plaisir à chaque fois que je le vois ? A mon sens, il faut vraiment trouver une bonne raison pour se risquer à ce genre de jeu. Par exemple, La Colline a des Yeux avait vraiment besoin d’être refait, du moins dans le sens où je trouve qu’il est très difficile de regarder l’original aujourd’hui. Pour Maniac, comme pour La dernière Maison sur la Gauche, je trouvais que ce n’était pas du tout le cas. Ce sont des films forts, qui possèdent une véritable intensité et du coup, c’est une idée qui ne m’a pas vraiment emballé au départ. Et puis, Thomas a gardé l’idée en tête, il pensait qu’il fallait le faire, il a insisté et même fait venir William Lustig à Paris pour qu’on le rencontre. C’était la première fois que je le voyais à l’époque, on a parlé de Haute Tension et il m’a dit à quel point il avait apprécié la promotion que je faisais de son film à chaque fois que je parlais de Haute Tension, bref, il était très content, il avait beaucoup aimé le film et m’a avoué qu’il était plutôt contre l’idée d’un remake de son film mais que ce serait différent si j’étais impliqué dans le projet. On a donc commencé à y réfléchir et avec sa bénédiction, le projet a démarré. Nos interrogations majeures à ce moment-là étaient essentiellement de trouver comment refaire ce film ainsi que la personne pour le réaliser. L’original étant tellement bien, comment aboutir à un remake qui serait simplement un autre film, au titre similaire à son modèle mais qui saurait amener des idées neuves.

Étant donné le statut de film culte du Maniac original, comment aborde-t-on le remake d’un film qui n’en a peut-être pas besoin ?

Avec beaucoup d’appréhension et de délicatesse, finalement. L’idée est de revenir à l’histoire d’origine et de se l’approprier en se posant les bonnes questions. Qui est Frank Zito, pourquoi ce personnage s’inscrit-il dans une histoire de tueur en série et pourquoi est-ce intéressant, pourquoi l’original est-il tellement fort dans son histoire et dans ce qu’il dégage d’empathie par un personnage, il faut bien le dire, absolument dégueulasse… Avec Grégory Levasseur, mon co-scénariste, on est parti sur l’écriture d’un film qui raconterait la même trame mais qui développerait davantage ce personnage sur la voie d’un tueur en série réaliste, de trouver un concept qui serait son point de vue. C’est-à-dire pousser encore plus loin ce qu’avait fait Lustig avec Joe Spinnel et trouver comment amplifier davantage ce procédé.

Justement, la grande nouveauté de ce remake réside dans l’utilisation de nombreuses vues subjectives, idée qui va à contre-courant des choix artistiques de Lustig qui, lui, avait privilégié des contre-champs systématiques sur le tueur en action, montrant toujours Joe Spinnel en gros plan, suant à grosses gouttes, etc… Ici, on est davantage dans la tête de ce tueur avec une volonté de faire subir davantage au spectateur les horreurs comises, non ?

C’est ça. J’ai été personnellement marqué par un livre de James Ellroy qui s’appelle Un Tueur sur la Route, qui est pour moi un excellent livre sur le thème du tueur et série et qui adopte justement ce point de vue à la première personne. J’ai trouvé ça très intéressant quand je le lisais et c’est vrai qu’en réfléchissant comment faire de Maniac un film nouveau, c’est devenu pour moi une évidence qu’il fallait le réaliser presque intégralement en vues subjectives sans nécessairement rechercher le défi technique comme peut l’être par exemple Enter the Void mais plutôt aller vers le naturalisme où on n’est pas dans le show-off avec des plans-séquences interminables mais plus comme La Femme défendue, un film français qui parlait du thème de l’adultère et ce, entièrement en vue subjective. Ça avait pour effet d’amener un côté très réel qui permettait d’oublier très vite les vieilles formules de mise en scène et imposer une réinvention. Pour ma part, j’ai beaucoup travaillé le suspense de mes films en me plaçant du côté des victimes et j’avais le sentiment que cette fois, en plaçant le spectateur du côté du meurtrier, il y aurait moyen d’obtenir quelque chose de plus original, de moins attendu…

La caméra subjective permet également de démultiplier la violence des actes du tueur, bien plus qu’en étant du côté de la victime, finalement…

Depuis Le Voyeur de Michael Powell, le fait que la victime regarde dans l’objectif, ça apporte vraiment quelque chose de beaucoup plus effrayant, du fait du jeu de séduction qui peut s’installer de façon plus directe. Et comme Maniac est, à mon sens, une histoire d’amour avant tout, le procédé permet me semblait en totale adéquation avec le sujet et notre volonté d’immersion par l’empathie.

Justement, certains classiques comme Le Voyeur ou Psychose semblent avoir eu plus d’influence sur Maniac que le film original, non ?

C’est vrai que dans le registre du tueur en série, il y a deux écoles : le côté brut, massif, imposant, à la Joe Spinnell ou Michael Myers ou alors le côté presque élégant, qui se fond dans la masse facilement. C’était impossible pour nous de refaire ce qu’avait fait William Lustig sur ce point car Joe Spinnell est évidemment très difficile à remplacer donc on est parti à l’opposé.

Et comment a réagi Elijah Wood quant à cette proposition d’incarner Franck Zito ?

Déjà, il faut savoir que c’est un énorme fan du genre et qu’on lui propose ce rôle, ça l’a intrigué et il l’a accepté. A la base, il était prévu qu’il vienne très peu sur le plateau et finalement, il était là pendant tout le tournage ; ce qui a permis de multiplier les prises montrant son reflet dans les miroirs, sur les décors, etc. Ce qui a tendance à affirmer sa présence lorsqu’il est hors-champ sans que le spectateur ressente un manque, une absence.

N’y a-t-il pas, du coup, un part d’improvisation qui s’est imposée lors de la réalisation, du fait de la présence plus longue que prévue de l’acteur principal ?

Je ne pense pas que l’on puisse parler d’improvisation, non. On décide un peu toujours sur le plateau de la mise en place d’une scène, du déplacement des comédiens et de leur manière de dire les textes, etc… Donc oui, il y a un travail entre Elijah et Franck Khalfoun (le réalisateur, ndlr) permettant de définir la meilleur manière de bouger dans le décor, de créer le point de vue recherché. Le fait qu’Elijah soit là, ça a vraiment beaucoup aidé.

Pour en revenir au tournage, comment cette orientation artistique s’est-elle concrétisée techniquement ?

Très difficilement ! On se définit un règle et ensuite, il faut la suivre, l’appliquer… Dans chaque point de vue, chaque plan. Ça peut aller d’Elijah qui porte la caméra (assez rare, deux ou trois fois dans le film seulement) à, la plupart du temps, Maxime Alexandre (le chef opérateur, ndlr) qui filme avec Elijah interprétant la main droite et une doublure la main gauche ! Du fait de l’écartement des bras nécessaire pour parfaire l’illusion du plan, impossible de faire autrement sans dénoncer le trucage par un problème de perspective. Après, chaque plan est un défi technique en soi et c’est bien sûr sur le plateau que les problèmes se posent et que les solutions se trouvent. C’est ça qui est excitant bien sûr : on a tourné en 23 jours et ça a été un des tournages les plus stimulants auxquels j’ai participé.

On imagine sans mal que le film a nécessité une logistique assez complexe pour mettre en image les meurtres, notamment le scalp de la fille dans le couloir…

Oui, et tout ça sera bien montré dans le très long making-of qui sera disponible en vidéo. Je pense qu’on a vraiment fait des choses intéressantes : quand Elijah marche par exemple, on ne voulait pas utiliser de steady-cam et retrouver ce genre de mouvements flottants, donc on a mis en place un système dans lequel Maxime  tient la caméra à la main assis sur un side-way, un appareil qui s’active avec le poids ; il a dû s’entraîner plusieurs semaines avant le tournage et le contrôle qu’il pouvait exercer sur ses mouvements donnait des résultats extraordinaires. Vraiment il y a une facilité de mouvements, d’accélérations, c’est assez phénoménal, bien plus réaliste que toutes les autres manières de faire.

Et concernant les effets spéciaux, ces choix techniques ont-ils entraînés des contraintes particulières sur le plateau ? Y’a-t-il plus de numérique que de latex dans le film ?

Pas spécialement, il y a un peu de tout, en fait. KNB avec qui je bosse d’habitude, notamment Greg Nicotero, a fait tous les scalps par exemple, et ensuite, il y a une couche d’effets numériques qui viennent amplifier la base réelle.

Ce qui était déjà le cas pour Piranha en fait !

Oui, Piranha, Haute Tension… je crois très peu au choix exclusif de l’une ou l’autre manière de faire. Soit c’est complètement numérique et c’est très rare d’être parfait à moins d’avoir énormément d’argent. Soit c’est complètement réel et on sent le latex, le côté un peu artisanal. L’avantage des deux, c’est que le numérique nettoie le latex formidablement bien.

On a rarement l’occasion de voir ce genre de projets au cinéma de nos jours…

Je pense que le fait que Maniac est un film français a vraiment permis une très grande liberté de ton et de style. Personne ne m’aurait laissé faire ce film intégralement en point de vue subjectif avec Elijah Wood dans le système américain. Je pense que ça aurait été si je l’avais réalisé moi, j’aurais peut-être su l’imposer, mais c’était plus compliqué en tant que simple producteur. Après, Thomas Langmann, l’équipe son, Rob à la musique (je dirais que la moitié du film, c’est lui), tous ces gens ont compris qu’on ne faisait pas un énième film d’horreur mais quelque chose d’un peu plus pensé, radical, moins dans la formule de l’horreur habituelle.

Un film d’horreur décalé et atmosphérique, en quelques sortes…

Oui voilà, de la lumière aux mouvements de caméra, du jeu des acteurs à la musique très années 80 à la Giorgio Moroder, tout concourrait à donner un côté, pas anachronique, mais décalé, proche du fantasme, quelque chose de très dramatique.

Il y a un côté très Drive dans la bande-son. Le film de Nicolas Winding Refn a-t-il influencé la musique de Maniac ?

Non, non, on en a parlé avec Rob au moment où Drive est sorti mais il faut savoir que le score de Maniac, c’est vraiment du 100% Rob ! Ce genre de musique électro-ambiante, je pense que c’est dans l’air du temps. Alors après, les deux films sont tournés aux alentours de LA, de nuit, avec une musique planante, une côté un peu extrême, y’a un truc, c’est évident, mais ce n’était pas prémédité de notre côté. D’ailleurs, ça nous a plutôt conforté dans l’idée qu’on faisait quelque chose qui correspondait bien à son époque.

On retrouve même parfois un côté un peu Kubrick, notamment dans des sonorités qui rappellent Orange mécanique…

C’est vrai, on a aussi ce mélange anachronique de musique en total décalage avec la violence. Rob a d’ailleurs été particulièrement inspiré par cette approche. Il a vraiment apporté une couleur inédite qui m’a personnellement beaucoup séduite. C’est la première fois que je travaille avec lui et on a deux autres projets ensemble.

Pourquoi être revenu à Frank Khalfoun pour la mise en scène, après 2ème Sous-Sol en 2006 ?

Frank, je le connais depuis 20 ans, j’ai beaucoup travaillé avec lui sur l’adaptation des scripts en anglais des mes films américains. Il travaille beaucoup à l’écriture, il est monteur aussi. A l’époque, on avait écrit ensemble 2ème Sous-Sol et j’avais trouvé son travail très bon, notamment sur l’exploitation de certains thèmes comme le désir d’être aimé, l’incompréhension de ne pas être aimé en retour… Au départ, Gregory Levasseur devait réaliser Maniac,  puis il a eu un bébé et le projeta été freiné. Pour moi, la meilleure personne qui pouvait faire Maniac après Greg, c’était Franck, parce que ce projet j’y tenais énormément et je ne me voyais pas le faire avec quelqu’un que je ne connaissais pas. Il me fallait une personne à l’écoute de ce que je voulais faire tout en étant capable d’amener ses idées et de les porter à l’écran.

Pourquoi ne pas l’avoir réalisé vous-même ?

Je me suis posé la question. La première raison, c’est que j’avais déjà eu l’impression d’avoir déjà fait ça avec Haute Tension. Et puis, à ce moment, je développais Cobra et le temps venant à manquer, c’était le bon moment pour produire le film plutôt que le mettre en scène directement.

On sent depuis quelques années un retour aux années 80. Vous pensez que c’est générationnel, que ça représente un idéal des jeunes réalisateurs de genre actuels ?

Il y a une nostalgie, c’est évident, le côté post-moderne, certains réalisateurs le font très bien, comme Tarantino par exemple. En même temps, je pense que le cinéma d’horreur a besoin d’air frais et qu’être toujours le nez dans le rétroviseur n’est pas nécessairement la solution parce que ça a tendance à ressasser des sentiments, des atmosphères passés, alors qu’à mon sens, la peur a besoin d’être réinventée. Après, je pense que beaucoup de gens qui verront Maniac n’auront pas forcément vu l’original ; c’est un film qui a très bien marché en France à l’époque mais très peu dans le reste du monde. Ça a vraiment été un succès de cinéma ici, ça a traumatisé toute une génération alors qu’aux USA, c’est un phénomène très marginal. Donc oui, il y a sûrement un truc avec ce film en France, bien plus que partout ailleurs, et qui vient clairement du trauma durable qu’a exercé l’original sur ma génération.

Et n’avez-vous pas peur d’être catalogué comme Monsieur Remake ?

Pour moi, La Colline et Maniac sont des remakes, Mirrors et Piranha n’en sont pas, mais ils sont perçus comme tels. J’ai reçu énormément de proposition de remake, allant de films d’action à tous les classique de l’horreur possible à part Shining et L’Exorciste, et encore, au point où on en est, ça ne saurait tarder… C’est vrai qu’il y a une tentation de refaire tous les films qu’on a adoré en se disant que si on le fait pas, quelqu’un d’autre s’en chargera… mais ce n’est pas nécessairement ce que j’ai envie de faire, d’où les prises de liberté dans Mirrors et Piranha par rapport à leurs modèles. D’ailleurs je suis super content parce que je viens de terminer un film original basé sur un livre, ce qui est donc une première pour moi depuis Furia. Après, il y a encore des films que j’adorerai remaker, comme La Féline de Paul Shrader par exemple, aujourd’hui très difficile à regarder, avec ses éclairages au néon et sa musique new age. Je trouve que l’histoire est super intéressante.

Finalement, c’est presque un miracle de parvenir à produire un projet original de nos jours !

C’est sûr que dans le cinéma de genre, les Américains ne produisent majoritairement que des remakes, reboot, séquelles, etc… J’ai quand même l’impression que ça change un peu. Le box-office des deux dernières années semble montrer qu’il y a aujourd’hui deux courants : celui des franchises et celui des projets sortis de nulle part et qui cartonnent (Black Swan en est le parfait exemple, nldr).

Alors que quand vous vous êtes lancé dans La Colline a des Yeux, le concept de remake était ressenti comme une véritable manne qui allait permettre de redonner à l’horreur ses lettres de noblesse, quelque part…

Ah oui, c’était le début, à ce moment-là ! Je suis arrivé juste après Massacre à la Tronçonneuse et L’Armée des Morts. Je n’aime pas du tout le premier, mon amour total pour le film de Tobe Hooper est trop important, c’est tellement un de mes films préférés que je n’arrive pas à voir au-delà de l’aspect artistique clippé, la modernisation du style a perdu un truc en cours de route qui faisait toute la force du film de 74. Par contre, j’aime beaucoup L’Armée des Morts, j’avais passé un super moment. J’étais sceptique sur La dernière Maison sur la Gauche aussi, à l’époque j’étais plutôt proche de Wes Craven et je lui avais demandé comment il pouvait lancer un remake de ce film-là… Mais finalement, j’ai été très surpris, c’était un film prenant, intéressant.

Et juste pour rire un peu, que pensez-vous de la suite de La Colline a des Yeux ?

Hé bien… je ne l’ai pas vu intégralement… J’ai beaucoup de mal parce qu’en bossant sur La Colline…, j’avais vraiment une idée très précise de ce que j’aurais pu envisager pour une suite, on était pas d’accord avec Wes Craven et il est parti sur son idée. Ça m’avait un peu énervé à l’époque parce que j’avais vraiment envie de faire la suite, j’avais le sujet, je savais comment je voulais le filmer et Wes voulait faire le truc classiquement attendu par le public pour une suite, c’est-à-dire, dans 80% des cas, faire débarquer les militaires. Avec la subtilité qui va avec, donc… (un rire collectif et entendu conclura la réponse).

Ce manque de curiosité du public allié à la tendance des producteurs à aller à la facilité, ça vous laisse quelle impression, en tant que réalisateur de genre qui en veut ?

Il y a un côté démotivant, clairement. Ça va faire 10 ans que j’ai réalisé Haute Tension, et à ce moment-là, c’était le désert en terme de cinéma de genre et il y a eu un engouement de la génération de metteurs en scène dont on parlait tout à l’heure, qui avait envie de faire du cinéma de genre premier degré et aujourd’hui, ça s’est démocratisé, l’horreur est devenue light et bankable, avec la série des Paranormal Activity et autres et du coup, le contexte a changé. Il y a 5 ou 6 ans, il y aurait eu une possibilité de sortir Maniac sur 3000 écrans aux États-Unis, par exemple. Aujourd’hui, vu les productions qui fonctionnent, c’est devenu impossible d’avoir une telle exposition. Et puis à l’époque, le marché du DVD se portait bien, les producteurs avaient aussi l’assurance que si le film se plantait en salle, il se rattraperait en vidéo. Aujourd’hui, ce n’est plus envisageable de cette façon donc on est forcé de trouver, comme pour Maniac, d’autres manières de produire ces films.

Et pour en revenir justement à Maniac, étant donné son statut de film français, pensez-vous qu’il aurait été différent s’il avait été tourné à Paris ?

On en a parlé. Personnellement, je n’avais jamais envisagé les choses comme ça. Des films de tueurs en série à Paris, il y en a très très peu et je pense que ce n’est pas vraiment une coïncidence. Il y a presque une sorte de mythologie américaine concernant le thème du tueur en série, avec ce côté un peu crade, glauque, qui vient mettre à mal le concept de rêve américain. L’autre problème, c’est qu’il faut aussi avoir des producteurs ouverts sur le reste du monde, ce qui, malheureusement, a tendance à invalider un tournage sur le sol français.

Allez-vous retravailler avec Frank Khalfoun dans le futur et notamment en France ?

Ah oui, c’est certain ! On a plusieurs projets ensemble, dont je ne peux pas vraiment parler maintenant. Après, pour ce qui est de travailler en France avec des acteurs français, malheureusement je n’ai par lu de scénarios suffisamment satisfaisants à mes yeux…

Quelques mots sur votre très attendu Cobra ?

On en est à la très difficile étape de recherche de financements depuis plusieurs mois… Si tout se passe bien, ça devrait aboutir à l’horizon 2014, ce qui me laisse 2 ans. Mais vraiment, il reste beaucoup de travail pour mener le projet à terme…

Ce qui conclut notre interview. Croisons les doigts pour qu’Alexandre Aja trouve les fonds nécessaires et le contexte de production adéquat qui lui permettront de concrétiser sa vision de Cobra, que l’on imagine déjà comme un space-opéra dantesque. Horns, sa dernière réalisation avec Daniel Radcliffe et Juno Temple dans les rôles principaux, devrait sortir dans le courant de l’année.

Propos recueillis et mis en forme par Nicolas Dehais

2 commentaires »

  1. DrZ 4 janvier 2013 at 13:18 -

    Excellente interview !

  2. NicoD 9 janvier 2013 at 11:56 -

    Merci DrZ :)

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