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	<title>Films-horreur.com &#187; Incontournables</title>
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	<description>News ... Critiques ... Rumeurs ... Bandes annonces : le meilleur des &#60;strong&#62; films d&#039;horreur &#60;/strong&#62;</description>
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		<title>Fido (Andrew Currie, 2006)</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Nov 2011 14:11:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Ignacchiti</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il y a bien longtemps, la Terre traversa un nuage stellaire de poussière radioactive qui sema le chaos sur notre planète en déclenchant un effroyable appétit de chair humaine. La terreur dura jusqu&#8217;à ce que la toute-puissante compagnie ZomCon mette au point un collier qui domestique littéralement les zombies. Devenues jardiniers, livreurs de lait ou [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.films-horreur.com/wp-content/uploads/2011/11/fido_ver4.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-13658" title="fido_ver4" src="http://www.films-horreur.com/wp-content/uploads/2011/11/fido_ver4.jpg" alt="" width="259" height="346" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Il y a bien longtemps, la Terre traversa un nuage stellaire de poussière radioactive qui sema le chaos sur notre planète en déclenchant un effroyable appétit de chair humaine. La terreur dura jusqu&#8217;à ce que la toute-puissante compagnie ZomCon mette au point un collier qui domestique littéralement les zombies. Devenues jardiniers, livreurs de lait ou même véritables animaux de compagnie, ces créatures sont désormais partout, sous le parfait contrôle de leur collier, dans un monde réglé comme du papier à musique. Pour le jeune Timmy, tout cela est aussi stupide qu&#8217;illusoire et lorsque sa mère achète l&#8217;un de ces zombies, Fido, pour l&#8217;aider dans les tâches ménagères, il va avoir l&#8217;occasion de mesurer à quel point. Parce que Fido va le sauver, une belle amitié va naître entre le jeune garçon et la créature, mais lorsque son collier tombe en panne, les voisins ne tardent pas à en faire les frais&#8230;</em></p>
<p style="text-align: justify;">S’il devait y avoir une suite alternative au mythique <strong><em>Day Of The Dead </em></strong>de <strong>George A. Romero</strong>, ce serait <strong><em>Fido</em></strong>. <strong>Andrew Currie</strong>, son réalisateur, a parfaitement su s’emparer des enjeux établis dans le troisième volet de la saga <strong><em>Of The Dead</em></strong> pour nous livrer une comédie horrifique assaisonnée de satire mordante diablement réussie qui prend des allures d’hommage vibrant à l’œuvre du Père des Morts-Vivants. Touchant, drôle, angoissant, pétillant et foutrement intelligent, <strong><em>Fido </em></strong>franchit les limites du politiquement correct en poussant à son paroxysme l’idée de domestication du zombie mangeur de chair telle qu’elle était pressentie il y a plus de vingt-cinq ans en arrière dans <strong><em>Day Of The Dead</em></strong>.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://www.apocalypticmovies.com/movie-index/images/jmovies/img_folders/fido/Fido-100.jpg" alt="" width="408" height="281" /></p>
<p style="text-align: justify;">Contrairement à <strong><em>Land Of The Dead </em></strong>dont il se veut l’alter ego positif,<em> </em>ce film nous présente un monde paisible dans lequel les morts-vivants, une fois « apprivoisés » à défaut d’être complètement éradiqués, constituent une main-d’œuvre précieuse au service du bien-être quotidien de ses habitants. Le lieu où se déroule l’histoire, Willard, ressemble à une petite bourgade des années 50 qui bénéficierait de tout le confort et le progrès de la vie moderne ; en cela, nous pouvons la qualifier d’uchronie car il demeure absolument impossible de déterminer l’époque de la narration avec certitude. Et c’est d’ailleurs tout ce qui fait le charme du film… La première belle surprise de <strong><em>Fido </em></strong>consiste justement à nous présenter le caractère docile et multitâche de ce parangon d’horreur qu’est le zombie avec un humour décalé absolument génial : ceux que l’on était jusqu’à présent habitués à voir déambuler sans but en vagissant continuellement, en quête perpétuelle de chair fraîche à se mettre sous la dent et terriblement dangereux en groupe, se livrent désormais aux tâches les plus humaines qui soient avec beaucoup d’implication malgré leur maladresse inhérente à la <em>rigo mortis</em>. Il faut bien l’avouer, c’est un vrai régal que de voir ces zombies, non plus horde mais semi-individus, patauds et quasi-inoffensifs, balancer le journal à l’arrache dans les jardins fleuris de Willard ; nettoyer des voitures d’époque à grands coups de gestes mécaniques absolument ridicules ; servir le dîner en arborant un air tout ce qu’il y a de plus ahuri, tous raides dans leurs costumes trois-pièces, etc. La démythification totale du zombie est sans aucun doute l’aspect le plus réussi du film et constitue un véritable rafraîchissement dans l’historicité de cette figure fantastique célébrée par le 7<sup>ème</sup> Art depuis le début des années 30.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://exclaim.ca/images/up-fido.jpg" alt="" width="460" height="350" /></p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est sans difficulté aucune que <strong>Currie </strong>parvient à nous plonger dès la séquence d’ouverture dans l’ambiance des Fifties revisitées version post-apocalypse zombie, notamment grâce à la bande-son incroyablement efficace passant des airs incontournables de l’époque et aux costumes à la fois prudes et colorés que portent les personnages. Coincés entre l’obligation de respecter les convenances – puritanisme oblige – et leur désir de fantaisie en conséquence bridé, les protagonistes de <strong><em>Fido</em></strong>, sous leurs apparences parfaitement conformes à la norme sociale établie, cachent tous des névroses que le film va peu à peu laisser se révéler sans toutefois trop nous en dévoiler ni tomber dans le piège du pathos qui désamorcerait complètement sa dimension fondamentalement humoristique et divertissante. Que ce soit le chef de la famille Robinson, Bill (<strong>Dylan Baker</strong> ; <strong><em>The Cell</em></strong>, <em><strong>Spiderman 2 </strong></em>et <strong><em>3</em></strong>), froussard détestable cumulant les défauts et traumatisé par la mort de son père transformé en mort-vivant ; ou le vétéran de la guerre zombiesque et directeur de ZomCon, <strong>Jonathan Bottoms</strong> (<strong>Henry Czerny</strong> ; <strong><em>Mission Impossible</em></strong>, <strong><em>L’Exorcisme d’Emily Rose</em></strong>),<em> </em>qui ne peut vivre sa vie qu’au-travers de son passé glorieux de massacres sanglants ; ou encore le petit Timmy Robinson, enfant chétif et solitaire, rejeté par ses camarades de classe et délaissé par son propre père ; les personnages bénéficient tous d’une profondeur scénaristique réellement convaincante qui nous amène à nous y identifier sans effort. Mention spéciale à l’actrice <strong>Carrie-Ann Moss</strong> (la trilogie <strong><em>Matrix </em></strong>; <strong><em>Memento</em></strong>) qui nous livre ici une prestation éblouissante de femme au foyer prisonnière de son couple malade et du besoin obsessionnel de sauver les apparences dans lequel elle s’est engluée. Elle est tout bonnement lumineuse dans ce rôle ambivalent de femme capable de s’effondrer à la simple perspective d’un jugement négatif de la part de ses voisins tout autant que de vider son chargeur sur un enfant fraîchement reconverti en zombie. Quoiqu’il en soit, les personnages, de même que les performances remarquables des acteurs, constituent l’un des atouts majeurs de <strong><em>Fido</em></strong>.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://i249.photobucket.com/albums/gg233/SteveAustinBookClub/MovieTime/SSZombieFestFido.jpg" alt="" width="450" height="300" /></p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce n’est pas le seul, le mélange des registres opérés par le film contribue également à lui conférer sa saveur si agréablement originale : tantôt vraiment drôle, tantôt émouvant, quelquefois même angoissant mais surtout fondamentalement réflexif, <strong><em>Fido </em></strong>réussit l’exploit de changer complètement de tonalité d’une scène à l’autre en faisant preuve d’une incroyable maîtrise stylistique. C’est ce qui permet au spectateur de ressentir, de <span style="text-decoration: underline;">vivre</span> le film plus encore que de simplement le voir, car c’est ainsi que nous suivons de très près la vie des habitants d’une petite ville idyllique peuplée à 50% de zombies domestiques, avec ses rebondissements, ses éclats, ses drames et ses joies. Pour vous dire,<strong> Andrew Currie</strong> est même parvenu à insérer du romantisme et de l’amour – du sexe ? – via les relations interpersonnelles entre morts et vivants ! Certes, cela avait déjà été vu dans <strong><em>Zombie Honeymoon</em></strong> de<strong> David Gebroe</strong> mais, là où <strong><em>Fido </em></strong>est parvenu à faire dans la juste mesure, le film de <strong>Gerbroe </strong>repose entièrement sur le concept de relation amoureuse à penchant nécrophile et le rendu est de nettement moins bonne qualité, il faut bien l’avouer… Chacune des situations de l’histoire est donc particulièrement riche en émotions en tout genre et tellement bien amenée que l’on ne peut s’empêcher de se prendre au jeu. S’il n’y avait pas ces quelques scènes de repas cannibales, indispensables à tout bon film de zombies, <strong><em>Fido </em></strong>pourrait presque se targuer d’être THE comédie familiale <strong><em>Of The Dead</em></strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Car, nous le savons depuis <strong><em>Shaun Of The Dead</em></strong>, le comique n’exclut pas nécessairement l’horreur, et c’est même tout à fait le contraire : l’arrivée soudaine de celle-ci au sein d’un contexte humoristique bien établi, alors que le spectateur n’est plus du tout sur ses gardes, a pour conséquence de maximiser l’impact horrifique sur ce dernier. L’horreur est d’autant plus puissante qu’elle survient brutalement, sans aucun préliminaire. C’est à peu près ce qui se passe pour <strong><em>Fido</em></strong>, si ce n’est que l’impact se voit considérablement diminué par la sobriété des scènes gore, qui d’ailleurs n’en sont pas vraiment. Tout n’est qu’une question de proportions, et l’horreur se trouve ici davantage suggérée qu’exhibée. Et c’est très bien ainsi, car à vrai dire la surenchère grand-guignolesque serait tout à fais hors de propos dans un film se voulant accessible au plus grand nombre afin de faire partager sa vision radicale et hautement corrosive de la société moderne, ici travestie par l’ambiguïté concernant l’époque de l’histoire. Si le style très « années 50 » du film pousse l’auteur à grossir les traits de chacun des vices qu’il dénonce par l’intermédiaire du second degré, ceux-ci n’en restent pas moins retranscriptibles à l’ère dans laquelle nous vivons actuellement… Par exemple, l’attitude conditionnée consistant à se référer systématiquement à la norme établie pour tous les aspects de l’existence dans l’espoir d’être accepté et reconnu par un groupe social standardisé ; le recours excessif aux services en tout genre, quitte à se créer de nouveaux besoins aussi inutiles qu’encombrants et à sombrer dans l’assistanat le plus vil ; la propagande télévisée, qui vend du rêve et propage la désinformation par la lobotomie subliminale ; le fragile équilibre d’une communauté basé sur le mensonge, qui n’attend qu’un seul tressaillement de vérité pour éclater en mille morceaux ; etc. Cette dimension analytique accompagne l’intégralité du métrage de manière très subtile, presque latente, et s’offre en seconde lecture venant prendre le contrepied de celle qui consisterait à ne voir en <strong><em>Fido</em> </strong>qu’un simple divertissement.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://www.bloodygoodhorror.com/bgh/files/reviews/caps/fido_3.jpg" alt="" width="425" height="349" /></p>
<p style="text-align: justify;">Bien plus qu’une simple petite comédie horrifique sans prétention, le film d’<strong>Andrew Currie</strong> est en réalité une véritable bombe de cynisme grinçant qui a su poursuivre l’idée première de son modèle <strong>George A. Romero</strong> – <strong>Currie </strong>avait déjà réalisé un court-métrage intitulé <strong><em>Night Of The Living </em></strong>dans lequel un enfant assiste à la transformation en zombie de son père alcoolique – pour livrer une satire brillante sur la société contemporaine. Mais, fort heureusement, le point de vue purement social ne prend jamais le pas sur l’humour, ce qui permet à <strong><em>Fido</em> </strong>de prendre place parmi les meilleures comédies de zombies des années 2000. Si vous vous êtes toujours demandés à quoi pourrait bien ressembler le monde si les choses n’avaient pas aussi mal tourné que dans <strong><em>Land Of The Dead</em></strong>, la réponse est ici !</p>
<p><em>Par Emmanuelle Ignacchiti</em></p>
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		<title>Land Of The Dead (George A. Romero, 2004)</title>
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		<pubDate>Mon, 31 Oct 2011 16:39:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Ignacchiti</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans un avenir pas si lointain, une poignée de survivants barricadés dans une ville bunker vit encore dans le souvenir de l&#8217;ancien monde&#8230; Des zombies, qui désormais pensent et communiquent, s&#8217;organisent pour prendre d&#8217;assaut la ville bunker. Kaufman, autoproclamé chef des vivants, engage un commando de mercenaires pour contrer les attaques de ces morts-vivants d&#8217;un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.filmovore.com/base/imgpromo/land_of_the_dead.jpg" alt="" width="220" height="300" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Dans un avenir pas si lointain, une poignée de survivants barricadés dans une ville bunker vit encore dans le souvenir de l&#8217;ancien monde&#8230; Des zombies, qui désormais pensent et communiquent, s&#8217;organisent pour prendre d&#8217;assaut la ville bunker. Kaufman, autoproclamé chef des vivants, engage un commando de mercenaires pour contrer les attaques de ces morts-vivants d&#8217;un genre nouveau&#8230;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Sorti en 2005, <strong><em>Land Of The Dead</em></strong> signe le retour fracassant au cinéma de ce bon vieux George qui, il faut bien l’avouer, connut sa petite traversée du désert artistique entre 1992 et 2005 avec seulement un film en presque quinze ans (<strong><em>Bruiser</em></strong>)… Il revient donc sur sa légendaire saga des morts-vivants qu’il avait laissée en suspens exactement vingt ans auparavant avec <strong><em>Day Of The Dead</em></strong> (1985) pour en produire la suite directe qui cette fois clora définitivement le quadriptyque <strong><em>Of The Dead</em></strong> entamé en 1968 avec le chef-d’œuvre incontesté <strong><em>Night Of The Living Dead</em></strong>. On pouvait légitimement craindre le pire concernant ce soudain retour aux sources, mais <strong>Romero </strong>n’a pas son pareil pour nous surprendre : ainsi livre t-il avec <strong><em>Land Of The Dead</em></strong> une œuvre extrêmement sombre d’une puissance de frappe ahurissante, sorte de croisement hybride entre l’univers post-apocalyptique de <strong><em>Mad Max</em> </strong>de <strong>George Miller</strong> ou de <strong><em>New York 1997 </em></strong>de <strong>John Carpenter</strong> et la lignée de mangas fin-du-mondistes des années 90 tels que <strong><em>Ken Le Survivant </em></strong>de <strong>Tetsuo Hara</strong> et <strong>Buronson</strong> ou encore l’excellent <strong><em>Gunnm </em></strong>de <strong>Yukito Kishiro</strong>.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://www.filmotv.fr/elts/programmes/316/gallerie/Land_of_the_dead_photo1_w_450.jpg" alt="" width="450" height="293" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Land Of The Dead</em></strong> revendique sa filiation avec les trois précédents volets de la saga dès son générique d’introduction dont les premières images ont la particularité de nous en mettre plein la vue. Par l’intermédiaire d’un montage très esthétisé d’extraits d’émissions radio ou télévisées, le début du film nous situe d’emblée dans un contexte fin-du-mondiste désespéré : il s’est apparemment déroulé un certain temps depuis que les morts se sont mis à marcher et à attaquer les vivants dans <strong><em>Night Of The Living Dead</em></strong>, et la situation est loin de s’être arrangée depuis&#8230; Il se dégage de ce générique véritablement impressionnant une aura d’une noirceur à faire froid dans le dos ; le caractère morbide des propos tenus couplé à une musique angoissante et à des images bien glauques (des visages de zombies grimaçants) annonçant d’entrée de jeu que le film ne compte pas faire dans la dentelle ; et c’est tant mieux. Mais attardons-nous davantage sur cette vision dantesque d’un univers ravagé par une espèce sur le point de s’éteindre, en proie à la folie et au chaos…</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://s3.amazonaws.com/auteurs_production/stills/13579/original.jpg?1289463704" alt="" width="448" height="252" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Land Of The Dead</em></strong> se présente en réalité comme une uchronie dystopique mettant en scène une population de plus en plus réduite qui s’efforce de survivre dans une sorte de ghetto où meurtres et pillages vont bon train. En plus de devoir quotidiennement affronter une horde de zombies affamés de chair vivante et chaque jour un peu plus nombreux, les survivants doivent avant tout lutter contre eux-mêmes, contre leur penchant naturel à sombrer dans la décadence en l’absence de tout cadre sécurisé. C’est donc en quelque sorte la lie de l’humanité que nous présente <strong>Romero </strong>dans <strong><em>Le Territoire des Morts</em></strong>, à l’instar des films de <strong>Miller </strong>et <strong>Carpenter </strong>précédemment évoqués : une espèce corrompue par le vice, perdue entre les jeux, l’alcool, la drogue et le sexe facile qui tente de s’organiser au mieux pour ralentir le processus d’extinction qui la menace depuis un temps indéterminé. Une humanité en pleine régression aussi, comme le suggère le concept de « l’arène aux zombies » dans laquelle est jetée la <em>so sexy </em>Slack (<strong>Asia Argento</strong>, fille du réalisateur et vieil ami de <strong>Romero Dario Argento</strong>) qui n’est pas sans rappeler les arènes aux lions ou aux gladiateurs de l’Époque Ancienne. Et lorsque la caméra s’attarde quelque peu sur les visages au comble du bonheur de vieilles dames en manteaux de fourrure qui applaudissent et trépignent d’impatience à l’idée de voir la jeune femme se faire dévorer vivante, on se heurte de plein fouet au message alarmiste que cherche à véhiculer <strong>Romero</strong>. C’est en grande partie grâce à ce genre d’images-chocs mais tout en subtilité que le cinéaste a forgé sa réputation d’artiste « engagé » au discours virulent (même si l’intéressé s’en défend).</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://vladimirlebrun.free.fr/blog/public/Land_of_the_dead/.land_12_m.jpg" alt="" width="448" height="302" /></p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce monde en complète perdition, un rêve subsiste cependant : l’espoir de pouvoir un jour s’installer au cœur du luxueux gratte-ciel Fiddler’s Green, espace utopique réservé aux riches et aux puissants et dirigé d’une main de fer par Kaufman (le regretté <strong>Dennis Hopper</strong>, dont la prestance unique bouffe littéralement tout l’écran). Pour illustrer le clivage existant entre ces deux couches de population que tout oppose, les images associées à la « décharge » où évoluent Riley (<strong><em>The Mentalist</em></strong><em> </em><strong> Simon Baker</strong>) et Cholo (<strong><em>Phénomènes </em>John Leguizamo</strong>) demeurent toutes ternes et sombres, dans les tons froids de bleu et de gris ; tandis que celles associées à Fiddler’s Green sont au contraires lumineuses et chatoyantes. Par ailleurs, on peut aisément ressentir l’empreinte post-11 septembre 2001 qui imprègne l’œuvre toute entière, déjà par la figure de la menace terroriste que représente Cholo, mais aussi et surtout par l’intermédiaire du comportement de Kaufman (<em>« On ne négocie pas avec les terroristes ! »</em>), avatar hyperbolique (ou pas) d’un <strong>George W. Bush</strong> qui à cette époque venait tout juste d’être élu pour un second mandat. Cholo incarne quant à lui la cristallisation de la profonde désillusion des américains concernant &laquo;&nbsp;The American Dream&nbsp;&raquo; ; sa tristesse et sa déception lorsqu’il réalise que malgré tous ses efforts il ne pourra jamais jouer dans la cour des grands sont telles, qu’il ne s’en remettra pas et décidera d’employer les grands moyens pour parvenir à ses fins. En dépit de son pessimisme ambiant, <strong><em>Land Of The Dead</em></strong> lance néanmoins des messages d’espoir en représentant une humanité qui cherche malgré tout à s’élever grâce aux rêves qu’elle nourrit et aux ressources qu’elle est capable d’employer pour les concrétiser.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://www.k2filmfest.com/wp-content/uploads/2007/07/lotd.jpg" alt="" width="488" height="284" /></p>
<p style="text-align: justify;">Mais abordons à présent un sujet un plus fun, les zombies ! Pour ma part, et même si cela reste plus que ponctuel, je regrette un peu l’emploi des CGI pour le maquillage des morts-vivants et les scènes gore (vous l’aurez compris depuis le temps, je ne suis pas fan des effets spéciaux numériques), mais je dois néanmoins reconnaitre que le talent de <strong>Greg Nicotero</strong>, éminent disciple du maître du trucage <strong>Tom Savini</strong>, a encore réalisé des merveilles…  Même si à mes yeux le travail de <strong>Savini </strong>sur <strong><em>Day Of The Dead</em></strong> reste LA référence en matière de films de zombie, celui de <strong>Nicotero </strong>sur<strong> <em>Land Of The Dead</em> </strong>reste absolument remarquable sur tous les points. Par ailleurs, le film va plutôt loin dans le gore (c’est d’ailleurs étrange qu’il n’ait écopé que d’une interdiction aux moins de 12 ans en France…) et réussit même à s’approprier les tendances actuelles de la mode pour innover dans ses mises à mort toujours plus originales et dégueulasses (miam, le piercing au nombril…). <strong>Romero </strong>se régale donc à nous en mettre plein la gueule sans complexe à grands coups de décapitations à mains nues, de démembrements, d’éviscérations et d’égorgements excessivement sanglants qui confèrent à son film cette dimension ultra-agressive pour les yeux qu’on lui connait si bien. Le sang gicle de tous les côtés, des cadavres jonchent le sol par milliers, les doigts et les dents des zombies arrachent, explorent et déchiquètent des kilos de lambeaux de chair et des kilomètres de viscères humaines sans interruption. A ce stade du film, les vivants ne sont plus qu’un tas de bidoche sanguinolente à la merci des morts-vivants, une sorte de gigantesque fast-food humain « service à volonté 24/7 ». Le design des zombies est quant à lui plus particulièrement bien réussi, certains d’entre eux comme « Big Daddy » (<strong>Eugene Clark</strong>, vraiment très impressionnant), proclamé leader des morts-vivants car exceptionnellement intelligent, sont vraiment du plus bel effet… Comme dans <strong><em>Day Of The Dead</em></strong>, l’oncle George semble s’être bien amusé à mettre en situation des zombies condamnés à répéter jusqu’à la nuit des temps des gestes qui ont conditionné leur existence passée (les zombies-musiciens ; le zombie-boucher, le zombie-clown – peut-être en clin d’œil à<strong> <em>Day Of The Dead</em></strong>, justement ?) et certaines scènes ne sont pas dénuées d’un certain sens de l’humour (noir). En définitive, les maquillages constituent une très belle réussite mais, encore une fois, l’utilisation bien que parcimonieuse de CGI vite dépassés aurait largement pu être évitée à mon sens.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://www.freneticarts.com/files/illustration/cinema/FA_illustration_00029.jpg" alt="" width="462" height="260" /></p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est également fort intéressant dans <strong><em>Land Of Dead</em></strong>, c’est le concept d’une potentielle évolution comportementale des zombies déjà soulevé dans<strong> <em>Day Of The Dead</em></strong>, ici poursuivi et poussé à son paroxysme avec un sens du détail très rigoureux. Non seulement les zombies ont appris à se méfier des « fleurs célestes » (feux d’artifice destinés à détourner leur attention), mais ils deviennent également capables de communiquer entre eux et d’accomplir certaines actions de base (comme se servir d’un fusil mitrailleur), ou encore des tâches qui avaient leur importance dans la vie qu’ils menaient avant leur contamination. Les zombies constituent donc non plus un ensemble dispersé mais une communauté soudée, unie par l’instinct d’appartenance au groupe et le désir de se placer sur un pied d’égalité par rapport aux vivants. Car c’est bel et bien de cela dont il s’agit en réalité : plus encore que dans les précédents volets de la saga, <strong>Romero</strong> estompe les frontières qui séparent les morts des vivants, jusqu’à les confondre carrément (<em>« Ils sont nous. Nous sommes eux. » </em>; <em>«Ils cherchent un endroit où aller… Tout comme nous. »</em>). Le parallèle entre ces deux espèces à la fois si différentes et si proches est permanent, de sorte que l’on ne puisse véritablement pencher pour l’un ou l’autre des deux camps. Le sentiment d’empathie envers les zombies est ainsi quasi-inévitable, notamment lors de moments spécifiques durant lesquels <strong>Romero </strong>dénonce la cruauté intrinsèquement humaine des vivants à l’égard des morts (les zombies utilisés comme des cibles mouvantes par des tireurs chevronnés, idée que l’on trouvait déjà dans<strong> <em>Night Of The Living Dead</em> </strong>et que le cinéaste réutilisera ensuite dans <strong><em>Diary </em></strong>et <strong><em>Survival Of The Dead</em></strong>). Dénué de tout manichéisme simpliste et handicapant,<strong> <em>Land Of The Dead</em></strong> déploie ainsi tout son potentiel de réflexion en privilégiant une certaine ambiguïté morale au piège des facilités scénaristiques.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://deadlymovies.files.wordpress.com/2010/08/protectedimage-php.jpg" alt="" width="499" height="212" /></p>
<p style="text-align: justify;">Pour finir, il me semble amusant de préciser que l’oncle George a eu la bonne idée d’offrir une petite apparition au réalisateur <strong>Edgar Wright</strong> et à l’acteur-scénariste <strong>Simon Pegg</strong> pour les &laquo;&nbsp;remercier&nbsp;&raquo; de leur hommage rendu avec le film <strong><em>Shaun Of The Dead</em></strong>. Nous les retrouvons donc dans les rôles de deux zombies enchaînés, aux côtés de qui les habitants ont la possibilité de se faire prendre en photo en simulant la terreur… Idem pour le cascadeur-maquilleur <strong>Tom Savini</strong>, qui apparait sous les traits d’un zombie à grosses moustaches et en perfecto de cuir noir faisant un carnage à la machette, en référence à son rôle de biker fou dans<strong> <em>Dawn Of The Dead</em></strong>. Bien que relativement brèves et pas nécessairement évidentes (surtout pour les créateurs de <strong><em>Shaun Of The Dead</em></strong>), ces scènes restent néanmoins fort agréables pour les fans de films de zombies qui y verront là une intertextualité tout ce qu’il y a de plus rafraîchissant.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://s.excessif.com/mmdia/i/36/5/landofthedeadimg11-3911365ybsgn.jpg?v=1" alt="" width="500" height="325" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Land Of The Dead</em></strong> peut donc à juste titre être considéré comme une réussite totale qui, si elle ne parvient pas pour autant à s’élever au niveau d’excellence des trois chefs-d’œuvre constitutifs de la saga <strong><em>Of The Dead </em></strong>(d’où la note de 4/5), parvient sans problème à pleinement atteindre ses objectifs tout en clôturant la quadrilogie en beauté. Un film incontournable à voir ou à revoir sans modération pour mesurer toute l’envergure du gigantesque talent de conteur de <strong>George A. Romero</strong>. Fan d’horreur post-apocalyptique, ce film est fait pour vous !</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Par Emmanuelle Ignacchiti </em></p>
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<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><em><span>Dans un avenir pas si lointain, une poignée de survivants barricadés dans une ville <span>bunker</span> vit encore dans le souvenir de l&#8217;ancien monde&#8230; Des zombies, qui désormais pensent et communiquent, s&#8217;organisent pour prendre d&#8217;assaut la ville bunker. Kaufman, autoproclamé chef des vivants, engage un commando de mercenaires pour contrer les attaques de ces morts-vivants d&#8217;un genre nouveau&#8230;</span></em></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Sorti en 2005, <em>Land Of The Dead</em> signe le retour fracassant au cinéma de ce bon vieux George qui, il faut bien l’avouer, connut sa petite traversée du désert artistique entre 1992 et 2005 avec seulement un film en presque quinze ans (<em>Bruiser</em>)… Il revient donc sur sa légendaire saga des morts-vivants qu’il avait laissée en suspens exactement vingt ans auparavant avec <em>Day Of The Dead</em> (1985) pour en produire la suite directe qui cette fois clora définitivement le quadriptyque <em>Of The Dead</em> entamé en 1968 avec le chef-d’œuvre incontesté <em>Night Of The Living Dead</em>. On pouvait légitimement craindre le pire concernant ce soudain retour aux sources, mais Romero n’a pas son pareil pour nous surprendre : ainsi livre t-il avec <em>Land Of The Dead</em> une œuvre extrêmement sombre d’une puissance de frappe ahurissante, sorte de croisement hybride entre l’univers post-apocalyptique de <em>Mad Max</em> de George Miller ou de <em>New York 1997 </em>de John Carpenter et la lignée de mangas fin-du-mondistes des années 90 tels que <em>Ken Le Survivant </em>de Tetsuo Hara et Buronson ou encore l’excellent <em>Gunnm </em>de Yukito Kishiro.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><em><span>Land Of The Dead</span></em><span> revendique sa filiation avec les trois précédents volets de la saga dès son générique d’introduction dont les premières images ont la particularité de nous en mettre plein la vue. Par l’intermédiaire d’un montage très esthétisé d’extraits d’émissions radio ou télévisées, le début du film nous situe d’emblée dans un contexte fin-du-mondiste désespéré : il s’est apparemment déroulé un certain temps depuis que les morts se sont mis à marcher et à attaquer les vivants dans <em>Night Of The Living Dead</em>, et la situation est loin de s’être arrangée depuis&#8230; Il se dégage de ce générique véritablement impressionnant une aura d’une noirceur à faire froid dans le dos ; le caractère morbide des propos tenus couplé à une musique angoissante et à des images bien glauques (des visages de zombies grimaçants) annonçant d’entrée de jeu que le film ne compte pas faire dans la dentelle ; et c’est tant mieux. Mais attardons-nous davantage sur cette vision dantesque d’un univers ravagé par une espèce sur le point de s’éteindre, en proie à la folie et au chaos…</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><em><span>Land Of The Dead</span></em><span> se présente en réalité comme une uchronie dystopique mettant en scène une population de plus en plus réduite qui s’efforce de survivre dans une sorte de ghetto où meurtres et pillages vont bon train. En plus de devoir quotidiennement affronter une horde de zombies affamés de chair vivante et chaque jour un peu plus nombreux, les survivants doivent avant tout lutter contre eux-mêmes, contre leur penchant naturel à sombrer dans la décadence en l’absence de tout cadre sécurisé. C’est donc en quelque sorte la lie de l’humanité que nous présente Romero dans <em>Le Territoire des Morts</em>, à l’instar des films de Miller et Carpenter précédemment évoqués : une espèce corrompue par le vice, perdue entre les jeux, l’alcool, la drogue et le sexe facile qui tente de s’organiser au mieux pour ralentir le processus d’extinction qui la menace depuis un temps indéterminé. Une humanité en pleine régression aussi, comme le suggère le concept de « l’arène aux zombies » dans laquelle est jetée la <em>so sexy </em>Slack (Asia Argento, fille du réalisateur et vieil ami de Romero Dario Argento) qui n’est pas sans rappeler les arènes aux lions ou aux gladiateurs de l’Époque Ancienne. Et lorsque la caméra s’attarde quelque peu sur les visages au comble du bonheur de vieilles dames en manteaux de fourrure qui applaudissent et trépignent d’impatience à l’idée de voir la jeune femme se faire dévorer vivante, on se heurte de plein fouet au message alarmiste que cherche à véhiculer Romero. C’est en grande partie grâce à ce genre d’images-chocs mais tout en subtilité que le cinéaste a forgé sa réputation d’artiste « engagé » au discours virulent (même si l’intéressé s’en défend). </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Dans ce monde en complète perdition, un rêve subsiste cependant : l’espoir de pouvoir un jour s’installer au cœur du luxueux gratte-ciel Fiddler’s Green, espace utopique réservé aux riches et aux puissants et dirigé d’une main de fer par Kaufman (le regretté Dennis Hopper, dont la prestance unique bouffe littéralement tout l’écran). Pour illustrer le clivage existant entre ces deux couches de population que tout oppose, les images associées à la « décharge » où évoluent Riley (<em>The Mentalist </em>Simon Baker) et Cholo (<em>Phénomènes </em>John Leguizamo) demeurent toutes ternes et sombres, dans les tons froids de bleu et de gris ; tandis que celles associées à Fiddler’s Green sont au contraires lumineuses et chatoyantes. Par ailleurs, on peut aisément ressentir l’empreinte post-11 septembre 2001 qui imprègne l’œuvre toute entière, déjà par la figure de la menace terroriste que représente Cholo, mais aussi et surtout par l’intermédiaire du comportement de Kaufman (<em>« On ne négocie pas avec les terroristes ! »</em>), avatar hyperbolique (ou pas) d’un George W. Bush qui à cette époque venait tout juste d’être élu pour un second mandat. Cholo incarne quant à lui la cristallisation de la profonde désillusion des américains concernant <em>The American Dream </em>; sa tristesse et sa déception lorsqu’il réalise que malgré tous ses efforts il ne pourra jamais jouer dans la cour des grands sont telles, qu’il ne s’en remettra pas et décidera d’employer les grands moyens pour parvenir à ses fins. En dépit de son pessimisme ambiant, <em>Land Of The Dead</em> lance néanmoins des messages d’espoir en représentant une humanité qui cherche malgré tout à s’élever grâce aux rêves qu’elle nourrit et aux ressources qu’elle est capable d’employer pour les concrétiser.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Mais abordons à présent un sujet un plus <em>fun</em>, les zombies ! Pour ma part, et même si cela reste plus que ponctuel, je regrette un peu l’emploi des CGI pour le maquillage des morts-vivants et les scènes <em>gore </em>(vous l’aurez compris depuis le temps, je ne suis pas fan des effets spéciaux numériques), mais je dois néanmoins reconnaitre que le talent de Greg Nicotero, éminent disciple du maître du trucage Tom Savini, a encore réalisé des merveilles…<span> </span>Même si à mes yeux le travail de Savini sur <em>Day Of The Dead</em> reste LA référence en matière de films de zombie, celui de Nicotero sur <em>Land Of The Dead</em> reste absolument remarquable sur tous les points. Par ailleurs, le film va plutôt loin dans le <em>gore </em>(c’est d’ailleurs étrange qu’il n’ait écopé que d’une interdiction aux moins de 12 ans en France…) et réussit même à s’approprier les tendances actuelles de la mode pour innover dans ses mises à mort toujours plus originales et dégueulasses (miam, le piercing au nombril…). Romero se régale donc à nous en mettre plein la gueule sans complexe à grands coups de décapitations à mains nues, de démembrements, d’éviscérations et d’égorgements excessivement sanglants qui confèrent à son film cette dimension ultra-agressive pour les yeux qu’on lui connait si bien. Le sang gicle de tous les côtés, des cadavres jonchent le sol par milliers, les doigts et les dents des zombies arrachent, explorent et déchiquètent des kilos de lambeaux de chair et des kilomètres de viscères humaines sans interruption. A ce stade du film, les vivants ne sont plus qu’un tas de bidoche sanguinolente à la merci des morts-vivants, une sorte de gigantesque fast-food humain « service à volonté 24/7 ». Le design des zombies est quant à lui plus particulièrement bien réussi, certains d’entre eux comme « Big Daddy » (Eugene Clark, vraiment très impressionnant), proclamé leader des morts-vivants car exceptionnellement intelligent, sont vraiment du plus bel effet… Comme dans <em>Day Of The Dead</em>, l’oncle George semble s’être bien amusé à mettre en situation des zombies condamnés à répéter jusqu’à la nuit des temps des gestes qui ont conditionné leur existence passée (les zombies-musiciens ; le zombie-boucher, le zombie-clown – peut-être en clin d’œil à <em>Day Of The Dead</em>, justement ?) et certaines scènes ne sont pas dénuées d’un certain sens de l’humour (noir). En définitive, les maquillages constituent une très belle réussite mais, encore une fois, l’utilisation bien que parcimonieuse de CGI vite dépassés aurait largement pu être évitée à mon sens.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Ce qui est également fort intéressant dans <em>Land Of Dead</em>, c’est le concept d’une potentielle évolution comportementale des zombies déjà soulevé dans <em>Day Of The Dead</em>, ici poursuivi et poussé à son paroxysme avec un sens du détail très rigoureux. Non seulement les zombies ont appris à se méfier des « fleurs célestes » (feux d’artifice destinés à détourner leur attention), mais ils deviennent également capables de communiquer entre eux et d’accomplir certaines actions de base (comme se servir d’un fusil mitrailleur), ou encore des tâches qui avaient leur importance dans la vie qu’ils menaient avant leur contamination. Les zombies constituent donc non plus un ensemble dispersé mais une communauté soudée, unie par l’instinct d’appartenance au groupe et le désir de se placer sur un pied d’égalité par rapport aux vivants. Car c’est bel et bien de cela dont il s’agit en réalité : plus encore que dans les précédents volets de la saga, Romero estompe les frontières qui séparent les morts des vivants, jusqu’à les confondre carrément (<em>« Ils sont nous. Nous sommes eux. » </em>; <em>«Ils cherchent un endroit où aller… Tout comme nous. »</em>). Le parallèle entre ces deux espèces à la fois si différentes et si proches est permanent, de sorte que l’on ne puisse véritablement pencher pour l’un ou l’autre des deux camps. Le sentiment d’empathie envers les zombies est ainsi quasi-inévitable, notamment lors de moments spécifiques durant lesquels Romero dénonce la cruauté intrinsèquement humaine des vivants à l’égard des morts (les zombies utilisés comme des cibles mouvantes par des tireurs chevronnés, idée que l’on trouvait déjà dans <em>Night Of The Living Dead</em> et que le cinéaste réutilisera ensuite dans <em>Diary </em>et <em>Survival Of The Dead</em>). Dénué de tout manichéisme simpliste et handicapant, <em>Land Of The Dead</em> déploie ainsi tout son potentiel de réflexion en privilégiant une certaine ambiguïté morale au piège des facilités scénaristiques.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span>Pour finir, il me semble amusant de préciser que l’oncle George a eu la bonne idée d’offrir une petite apparition au réalisateur Edgar Wright et à l’acteur-scénariste Simon Pegg pour les remercier de leur hommage rendu avec le film <em>Shaun Of The Dead</em>. Nous les retrouvons donc dans les rôles de deux zombies enchaînés, aux côtés de qui les habitants ont la possibilité de se faire prendre en photo en simulant la terreur… Idem pour le cascadeur-maquilleur Tom Savini, qui apparait sous les traits d’un zombie à grosses moustaches et en perfecto de cuir noir faisant un carnage à la machette, en référence à son rôle de biker fou dans <em>Dawn Of The Dead</em>. Bien que relativement brèves et pas nécessairement évidentes (surtout pour les créateurs de <em>Shaun Of The Dead</em>), ces scènes restent néanmoins fort agréables pour les fans de films de zombies qui y verront là une intertextualité tout ce qu’il y a de plus rafraîchissant.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><em><span>Land Of The Dead</span></em><span> peut donc à juste titre être considéré comme une réussite totale qui, si elle ne parvient pas pour autant à s’élever au niveau d’excellence des trois chefs-d’œuvre constitutifs de la saga <em>Of The Dead </em>(d’où la note de 4/5), parvient sans problème à pleinement atteindre ses objectifs tout en clôturant la quadrilogie en beauté. Un film incontournable à voir ou à revoir sans modération pour mesurer toute l’envergure du gigantesque talent de conteur de George A. Romero. Fan d’horreur post-apocalyptique, ce film est fait pour vous !</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><em><span>Par Emmanuelle Ignacchiti </span></em></p>
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		<title>Shaun Of The Dead (Edgar Wright, 2003)</title>
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		<pubDate>Fri, 07 Oct 2011 12:19:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Ignacchiti</dc:creator>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[Incontournables]]></category>
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		<description><![CDATA[À presque 30 ans, Shaun ne fait pas grand-chose de sa vie. Entre l&#8217;appart qu&#8217;il partage avec son pote Ed et le temps qu&#8217;il passe avec lui au pub, Liz, sa petite amie, n&#8217;a pas beaucoup de place. Elle qui voudrait que Shaun s&#8217;engage, ne supporte plus de le voir traîner. Excédée par ses vaines [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://zakath-nath.joueb.com/images/shaun4.jpg" alt="" width="250" height="353" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>À presque 30 ans, Shaun ne fait pas grand-chose de sa vie. Entre l&#8217;appart qu&#8217;il partage avec son pote Ed et le temps qu&#8217;il passe avec lui au pub, Liz, sa petite amie, n&#8217;a pas beaucoup de place. Elle qui voudrait que Shaun s&#8217;engage, ne supporte plus de le voir traîner. Excédée par ses vaines promesses et son incapacité à se consacrer un peu à leur couple, Liz décide de rompre. Shaun est déterminé à tout réparer, et tant pis si les zombies déferlent sur Londres, tant pis si la ville devient un véritable enfer. Retranché dans son pub préféré, le temps est venu pour lui de montrer enfin de quoi il est capable&#8230;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Premier gros succès du jeune réalisateur et scénariste britannique <strong>Edgar Wright </strong>(<strong><em>Hot Fuzz</em></strong> ; <strong><em>Scott Pilgrim vs. The World</em></strong>), <strong><em>Shaun Of The Dead</em></strong> peut à juste titre être considéré comme l’un des meilleurs films de zombie de la décennie, si ce n’est le meilleur, mais aussi comme le digne descendant de la lignée zombiesque initiée par le &laquo;&nbsp;Master of Horror&nbsp;&raquo; <strong>George A. Romero</strong>.  Se présentant comme un authentique hommage à l’oncle George et à sa saga <strong><em>Of The Dead</em></strong> mais aussi comme une parodie foutrement réussie des films de morts-vivants, cette petite bombe à l’humour décapant reste LA référence en matière de comédie horrifique de ce siècle.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cdn.screenrant.com/wp-content/uploads/shaun-of-the-dead-still2.jpg" alt="" width="570" height="276" /></p>
<p style="text-align: justify;">Qu’on se le dise, ce film est une réussite absolue sur tous les points, et qui doit son efficacité autant à son scénario parfaitement abouti qu’à l’incroyable énergie qui s’en dégage. En effet, difficile de faire plus drôle que <strong><em>Shaun Of The Dead</em></strong>, et nombreux sont les films ratés qui s’y sont essayés sans jamais parvenir à lui arriver ne serait-ce qu’à la cheville (<strong><em>Mad Zombie</em></strong> ; <strong><em>Last Of The Living</em></strong> ; <strong><em>Black Sheep</em></strong> ; <strong><em>Undead Or Alive</em></strong>, et j’en passe et des meilleurs). D’autres encore, comme <strong><em>Fido </em></strong>et <strong><em>Bienvenue à Zombieland</em></strong>, ont réussi à surfer sur la vague <strong><em>Shaun Of The Dead </em></strong>avec plus ou moins de succès, mais il demeure évident que ces films-là n’auraient jamais pu se faire si leur précurseur n’avait pas dégagé la voie au préalable. Par de petits détails qui font toute la différence, <strong>Edgar Wright</strong> clame haut et fort son amour pour le cinéma d’horreur en multipliant les clins d’œil aux films cultes du genre (<em>« On vient vous chercher, Barbara ! »</em>) et en détournant les codes habituellement usités pour un effet humoristique des plus brillants. L’histoire de Shaun, jeune trentenaire un peu à la ramasse ayant tout du parfait <em>looser </em>qui déteste profondément sa vie et pour qui la bière est la réponse à tous ses problèmes, offrait d’emblée une excellente occasion de traiter l’apparition du phénomène zombie de manière loufoque et originale. Le fait que lui et son ami Ed ne percutent que très tardivement qu’autour d’eux le monde est en train de dangereusement changer en prenant  au départ les zombies pour des poivrots (<em>« Oh mon dieu… Elle est ivre morte ! »</em>) confère au film une dimension grotesque imparable et d’un niveau de subtilité rarement atteint au cinéma (comparé à <strong><em>The Return Of The Living Dead 1</em> </strong>et <strong><em>2</em></strong>, par exemple… mais je dis ça, je dis rien, hein !). De plus, la simplicité et la sincérité des scènes qui sont données à voir fournissent au spectateur l’impression authentique que « ça se passerait vraiment comme ça dans la vraie vie » et que le premier réflexe ne consisterait pas forcément à s’armer d’une mitraillette et à se barricader avec vivres et munitions à foison en prévoyance de l’apocalypse qui va suivre.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/exclus-cinema/dossiers-cinema/zombie-story/shaun-of-the-dead-edgar-wright-2005/15265583-1-fre-FR/shaun_of_the_dead_edgar_wright_2005_image_article_paysage_new.jpg" alt="" width="469" height="314" /></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, c’est littéralement en se tordant de rire que nous suivons les mésaventures de ce pauvre Shaun qui tente de faire face le plus dignement possible à l’invasion zombie à grands coups de bières et de cacahuètes bon marché de son pub favori, le Winchester. Le voir lui et son meilleur ami Ed repousser les morts-vivants en leur balançant à la tête des vieux vinyles ou de la vaisselle sans nécessairement réussir à toucher leurs cibles, ou encore imiter la population zombie pour se fondre dans la masse reste un réel plaisir pour les yeux, autant pour les fans que pour le spectateur lambda. Les acteurs sont tous impeccables, surtout le duo <strong>Simon Pegg</strong> – <strong>Nick Frost</strong> (que l’on retrouvera par la suite dans <strong><em>Hot Fuzz </em></strong>et <strong><em>Paul</em></strong>) dont il se dégage une complicité intrinsèquement comique, un peu à la <strong><em>Laurel &amp; Hardy</em></strong>. Tous les personnages ont été suffisamment creusés (sauf le couple de faire-valoirs insipides David et Dianne, dont l’absence de personnalité est bien évidemment volontaire) pour que le spectateur puisse s’y identifier et les dialogues sont absolument remarquables et pétillent d’inventivité. <strong>Simon Pegg</strong>, qui est également coscénariste de <strong><em>Shaun Of The Dead</em></strong>, est absolument génial dans le rôle principal, ses mimiques tordantes et sa gestuelle un peu gauche lui donnant l’allure impayable d’une véritable loque humaine que les circonstances vont vite métamorphoser en petite boule de nerfs surexcitée. <strong>Nick Frost</strong> s’en sort aussi plus que bien en gros balourd désinvolte au regard torve, et la relation d’amitié qui lie ces deux personnages antithétiques est décrite de manière très juste et profondément attachante.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://s1.e-monsite.com/2010/06/19/01/shaunofthedead_wideweb__430x307.jpg" alt="" width="430" height="307" /></p>
<p style="text-align: justify;">Mais assez parlé de comédie, abordons maintenant le côté horrifique du film. L’un des points forts de <strong><em>Shaun Of The Dead </em></strong>est avant tout son savant mélange des registres qui s’opère tout naturellement selon un glissement imperceptible à un moment donné. En effet, vers la fin du film, la comédie laisse brusquement place à l’horreur pure et dure, avec scène d’éviscération et de démembrement à la clé. Ce qui nous faisait jusqu’à présent sourire ou franchement rigoler se meut tout à coup en un huis-clos oppressant, quoiqu’encore légèrement ponctué d’humour, lorsque Shaun et son équipe de bras cassés se retrouvent coincés au Winchester et envahis par une population entière de zombies affamés. Là, plus trop de quoi rire, le sang et les larmes coulent à flot (merveilleuse interprétation de <strong>Simon Pegg</strong>, au passage), les personnages meurent les uns après les autres et les survivants réfugiés dans la cave du pub envisagent même le suicide. Néanmoins certains éléments diégétiques  (Ed à l’article de la mort qui lâche un dernier pet ; Dianne qui s’agrippe aux jambes fraîchement arrachées du corps de son amoureux, etc.) contribuent à maintenir la dimension parodique qui continue à se jouer en parallèle de l’horreur. Que ce soit en portée comique ou dramatique,<strong> <em>Shaun Of The Dead </em></strong>réussit toujours son coup et parvient d’un plan à l’autre à susciter en nous des émotions diamétralement opposées. Cette virtuosité scénaristique, en plus d’être servie par d’excellents acteurs, constitue indéniablement la recette du succès de<strong> <em>Shaun Of The Dead </em></strong>; <strong>Edgar Wright</strong> faisant preuve d’un incroyable talent pour saisir l’essence même de ce qui porte à rire dans ce genre de film et à le retranscrire de manière pertinente par l’intermédiaire d’une mise en scène infaillible et parfaitement maîtrisée.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://www.celluloid-dreams.de/content/images/kritiken-filmbilder/shaun-of-the-dead/shaun-of-the-dead-2.jpg" alt="" width="450" height="296" /></p>
<p style="text-align: justify;">Le montage est également un vecteur important de cette énergie colossale qui signe le film tout entier et fait montre de prouesses esthétiques qui contribuent à alimenter la narration excentrique de ce petit bijou de comédie horrifique. Pour exemple, certaines scènes sont résumées par un enchaînement de plans rapides un peu à la manière de <strong><em>Requiem For A Dream </em></strong>de <strong>Darren Aronofsky</strong>, mais dans un registre différent ; d’autres encore bénéficient d’une vitalité des plus rafraîchissantes qui semblent parodier les spots télévisés (le moment où Shaun énumère les différentes possibilités qui s’offrent à eux pour se réfugier dans un endroit sûr). La musique du film est elle aussi très présente et capable de produire une ambiance aussi bien légère et drôle qu’angoissante. Par ailleurs, certaines sonorités « chaotiques » de la bande-son rappellent beaucoup celles de <strong><em>Dawn Of The Dead</em></strong> (par exemple, la musique de la séquence d’ouverture qui est carrément empruntée au film de <strong>Romero</strong>), créant ainsi un effet d’étrangeté proprement inquiétant.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://www.best-horror-movies.com/image-files/shaun-of-the-dead-zombie-group.jpg" alt="" width="450" height="296" /></p>
<p style="text-align: justify;">Pour ce qui est des zombies, ils sont absolument parfaits et fidèles au folklore initié par <strong>George A. Romero</strong> : ils ne courent pas mais se traînent lentement ; ils ne se contaminent pas instantanément mais reviennent à la vie une fois décédés de leurs blessures ; ils ne parlent ni ne poussent des hurlements de tigres enragés mais de simples vagissements gutturaux ; ils n’ont ni masques en silicone à la<strong> <em>Buffy Contre Les Vampires </em></strong>ni terre cuite ridicule sur la gueule mais un maquillage soft beaucoup plus crédible, etc. En outre,<strong> Edgar Wright</strong> décide d’emprunter la même voie que <strong>Romero </strong>en laissant planer le doute sur les origines du phénomène ; ainsi, aucune explication vaseuse ne sera proposée à aucun moment du film, et c’est tant mieux ! Au contraire, chaque fois que cela est sur le point de se faire via la télé ou la radio qui diffusent des informations capitales sur la situation, les personnages changent de chaînes ou préfèrent écouter de la musique rock. Les scènes gore sont également très réussies et vraisemblables (mention spéciale à la fameuse scène d’éventration digne des meilleures de <strong>Savini </strong>!), certaines sont même véritablement effrayantes tant la menace que constituent les morts-vivants est retranscrite de manière plus que palpable par une mise en scène audacieuse.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Shaun Of The Dead</em></strong> est donc un pur chef-d’œuvre, un vrai, auquel je ne trouve aucun élément négatif à pointer du doigt ni même une éventuelle petite faiblesse à signaler. Grâce à un scénario en béton, une interprétation irréprochable des acteurs, une réalisation léchée assaisonnée d’un humour à s’en broyer les côtes, le film d’<strong>Edgar Wright</strong> se place en tête des films les plus originaux des années 2000 et relance un genre qui n’a pas fini de nous étonner (et de nous décevoir, aussi…). Quel que soit le contexte, vous passerez toujours un excellent moment avec <strong><em>Shaun Of The Dead</em></strong>… Alors, ne vous en privez sous un aucun prétexte !</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Par Emmanuelle Ignacchiti</em></p>
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		<title>Dawn Of The Dead (Zack Snyder, 2003)</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Oct 2011 12:53:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Ignacchiti</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ana se réveille un beau matin et se retrouve en plein cauchemar : les morts sont mystérieusement sortis de leur sommeil éternel et attaquent les vivants. Après avoir miraculeusement échappé au carnage qui sévissait dans son quartier, Ana rencontre d’autres rescapés : André et sa femme Luda qui est enceinte, Kenneth, un officier de police, et Michael, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.films-horreur.com/wp-content/uploads/2011/10/dotd_2004_affiche.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-12769" title="dotd_2004_affiche" src="http://www.films-horreur.com/wp-content/uploads/2011/10/dotd_2004_affiche.jpg" alt="" width="254" height="378" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Ana se réveille un beau matin et se retrouve en plein cauchemar : les morts sont mystérieusement sortis de leur sommeil éternel et attaquent les vivants. Après avoir miraculeusement échappé au carnage qui sévissait dans son quartier, Ana rencontre d’autres rescapés : André et sa femme Luda qui est enceinte, Kenneth, un officier de police, et Michael, vendeur de télés de son état. Ils décident de s’unir et de rejoindre le centre commercial le plus proche pour s’y réfugier quelques temps. Ils vont alors devoir faire face à une horde de zombies assoiffés de sang et de plus en plus nombreux tout en s’efforçant de cohabiter…</em></p>
<p style="text-align: justify;">En 2003, le célèbre publicitaire américain <strong>Zack Snyder</strong> (<strong><em>300</em></strong> ; <strong><em>Watchmen</em> </strong>; <strong><em>Le Royaume de Ga’Hoole</em></strong>) s’essaye au cinéma pour la toute première fois et livre un remake des plus réussis du chef-d’œuvre <strong><em>Dawn Of The Dead </em></strong>(<strong><em>Zombie</em></strong>)<em> </em>réalisé en 1978 par <strong>George A. Romero</strong>. Avec ce film, <strong>Snyder </strong>contribue à relancer la popularité jusqu’à présent en berne du créateur du zombie mangeur de chair, qui d’ailleurs en profitera pour sortir un an plus tard le quatrième volet de sa saga des morts-vivants, <strong><em>Land Of The Dead</em></strong>. Tout en conservant la trame principale de l’œuvre originale dont il s’inspire, ce remake réussit à se réapproprier le script original de <strong><em>Dawn Of The Dead</em></strong> de manière très personnelle, pour produire un film qui au final n’a plus grand-chose à voir avec son prédécesseur. En plus du fait d’avoir totalement rejeté le folklore zombiesque établi plus de trente ans auparavant par <strong><em>Night Of The Living Dead</em></strong>, l’on peut également observer que la dimension pamphlétaire qui faisait toute la puissance de frappe de l’œuvre de <strong>Romero </strong>est ici complètement éclipsée, <strong>Snyder</strong> préférant l’action pure et dure à la critique sociopolitique. Je précise que cet article traite de la version <em>director’s cut</em>, plus longue mais aussi légèrement plus gore que la version cinéma, et dont le principal atout consiste à avoir fourni davantage de détails sur les personnages et leurs vécus respectifs.</p>
<p><img class="aligncenter" src="http://gorillafilmmagazineblog.files.wordpress.com/2011/08/dawn-of-the-dead.jpeg" alt="" width="501" height="274" /></p>
<p style="text-align: justify;">Tout commence avec une séquence d’introduction hallucinante qui frappe très fort, l’accent étant mis sur l’état de panique qui secoue un petit quartier américain soudainement mis à feu et à sang et qu’Ana (<strong>Sarah Polley</strong>,<strong> <em>Mister Nobody</em></strong> ; <strong><em>Splice</em></strong>), qui a vu son mari mourir et ressusciter sous ses yeux, tente de fuir malgré les obstacles qui se dressent sur sa route. Fourmillant de détails d’une indéniable efficacité, cette séquence apocalyptique annonce que le film tout entier s’efforcera de véhiculer une terreur brute et instinctuelle qui, en prenant ses racines dans un quotidien admis comme étant sécurisé et contrôlé par notre inconscient collectif, explosera l’ensemble de nos défenses psychiques pour produire un choc audiovisuel dont même les plus blindés d’entre nous ne pourront réchapper. Suivant cette même idée directrice, le générique du début bénéficie d’un montage particulièrement nerveux qui accumule les scènes d’informations télévisées sur un fond de musique country qui agissent comme une sorte d’ellipse visant à faire comprendre au spectateur que la situation a déjà dégénéré et que, tout comme dans le <strong><em>Dawn Of The Dead </em></strong>original, les autorités américaines demeurent impuissantes pour enrayer ce phénomène de contamination collective qui prend de plus en plus d’ampleur. Le contraste généré par cette curieuse association d’images violentes à une musique cool et décontractée, ainsi que les plans semi-subliminaux de visages de zombies sanguinolents et toutes dents sorties, en plus de produire une atmosphère ironique et légèrement mélancolique, opère un processus de distanciation qui nous maintient confortablement dans notre position spectatorielle. En effet, nous sommes sur le point d’assister à l’élaboration d’une histoire, celle de cinq rescapés qui vont tenter le tout pour le tout pour survivre à cet Enfer…</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://calitreview.com/wp-content/uploads/2010/06/dawn-of-the-dead-snyder-e1276215338565.jpg" alt="" width="500" height="333" /></p>
<p style="text-align: justify;">Anoblis d’une superbe photographie qui privilégie les tons froids (bleu, vert, etc.) pour retranscrire l’ambiance désertique et impersonnelle du centre commercial infesté de zombies accros au shopping, les décors de <strong><em>Dawn Of The Dead</em> </strong>s’avèreront être le théâtre de scènes glauques et malsaines somme toute assez dérangeantes et sublimées par un montage très esthétisant. Par exemple, la scène du monstrueux accouchement de Luda dans un magasin pour bébé rempli de peluches et de jouets assure un impact considérable sur nos convictions de ce que sont la famille et l’acte de donner la vie&#8230; Le film comporte ainsi de nombreuses scènes purement horrifiques (la vieille femme dégueulasse qui décède de ses blessures puis se relève, plus vorace que jamais ; le père contaminé et voué à attendre la mort ; le tragique épisode du voisin armurier Andy ; etc.) qui maintiennent la cohésion de l’ambiance oppressante et la sensation de menace imminente instaurées dès la séquence d’introduction. Mais <strong><em>Dawn Of The Dead</em></strong> sait aussi faire preuve d’humour pour nous permettre de relâcher un peu la pression, notamment en mettant en scène les personnages principaux qui s’amusent à tirer sur des zombies choisis parmi la foule agglutinée devant les portes du centre commercial en fonction de leur ressemblance toute relative avec des personnalités connues.</p>
<p><img class="aligncenter" src="http://uppix.net/5/0/e/0228db48436cc568695b6e4e0f30d.jpg" alt="" width="480" height="320" /></p>
<p style="text-align: justify;">Les scènes d’action sont quant à elles très bien réalisées en dépit du fait que le film ait maintenant quelques années ; les effets spéciaux restent tout à fait corrects pour l’époque et sont loin de lésiner sur le gore, sans pour autant atteindre le niveau extrême de l’original… Giclées de cervelles, gorges arrachées, crânes transpercés, yeux perforés, le film ne nous épargne rien et fait fi de la suggestion au profit d’un véritable déballage de scènes trash toutes visuellement très bien rendues. Le maquillage des morts-vivants est lui aussi très convainquant et esthétiquement très réussi ; certains d’entre eux sont vraiment impressionnants (le manchot asiatique du début, ou encore le décharné qui fait face à André derrière l’une des vitres blindées du centre commercial, etc.). On regrettera néanmoins qu’ils soient capables de courir (et la <em>rigor mortis</em> alors ?!), caractéristique légèrement incohérente compte tenu de leur état de cadavres ambulants mais qui ne dessert cependant en rien le récit et l’action du film. Les hurlements de bêtes sauvages qu’émettent les zombies lorsqu’ils attaquent sont eux aussi quelque peu ridicules et illogiques (pourquoi diable les humains changeraient-ils de voix une fois morts ?!), mais bon, tout ceci fait partie des choix stylistiques du réalisateur, tout comme le processus de contamination quasi-instantanée par morsure, d’ailleurs (les morts-vivants de <strong>Romero </strong>ne le devenaient qu’une fois décédés de leurs blessures, ici ce phénomène s’opère dès lors qu’ils sont mordus). En revanche, les yeux blancs et la gestuelle saccadée des morts-vivants de <strong>Snyder </strong>constituent une très bonne initiative au mythe zombiesque, surtout lorsqu’il nous en est donné à voir des « ratés », dont le cerveau ne se serait pas complètement réactivé, et qui se contentent d’être secoués de spasmes incontrôlables (dans la VO, ils sont d’ailleurs appelés des <em>« spasmo »</em>).</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://www.filmweb.no/bilder/multimedia/archive/00004/Dawn_of_The_Dead_4700b.jpg" alt="" width="450" height="300" /></p>
<p style="text-align: justify;">Côté narration, le rythme reste très soutenu, en grosse partie grâce à la vigueur extrême du montage ; de ce fait, le film ne souffre d’aucune longueur et bénéficie d’une excellente mise en scène renforcée par une interprétation crédible de la part des acteurs. On notera également les caméos fort réjouissants de <strong>Tom Savini</strong>, qui n’est désormais plus à présenter, dans le rôle d’un flic à lunettes noires et grosses moustaches qui déclare le plus sérieusement du monde qu’<em>« il faut leur tirer dans la tête… » </em>; et de<strong> Ken Foree</strong> en télévangéliste qui donne son opinion légèrement intégriste sur l’apparition des morts-vivants et qui en profite d’ailleurs pour ressortir sa phrase-culte du <strong><em>Dawn Of The Dead</em> </strong>original<em> </em>: <em>« Quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur la Terre… »</em>. Cette petite attention de <strong>Snyder </strong>pour faire plaisir aux fans a de fait pour conséquence de nous rendre un peu plus tolérants vis-à-vis de lui pour ses zombies coureurs de fond…</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://mimg.ugo.com/201105/8/1/7/188718/cuts/dawn-of-the-dead-3_480_poster.jpg" alt="" width="480" height="201" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Dawn Of The Dead</em></strong> est donc un excellent film de zombie qui, en plus de remettre sur le devant de la scène le chef-d’œuvre de 1978, nous offre une relecture personnelle et divertissante du mythe légendaire instauré par <strong>Romero </strong>avec sa saga des morts-vivants. Grâce à l’originalité de son scénario et à l’efficacité de sa mise en scène produite dans les règles de l’art du cinéma horrifique, <strong><em>Dawn Of The Dead </em></strong>s’érige comme l’un des meilleurs films de zombie des années 2000.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Par Emmanuelle Ignacchiti</em></p>
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		<title>Night Of The Living Dead (Tom Savini, 1990)</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Sep 2011 13:44:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Ignacchiti</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Barbara et son frère Johnny viennent fleurir la tombe de leur mère récemment décédée. Alors que Johnny s’amuse à effrayer sa sœur, un homme étrange surgit du cimetière et attaque Barbara. Johnny court au secours de sa sœur mais, dans la bagarre, il tombe et se brise la nuque contre une pierre tombale. Désormais seule, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://1.bp.blogspot.com/_kRuD6zV4Fqs/SuN1O2y07GI/AAAAAAAAAiU/r0ANXhF6tMo/s320/night_of_the_living_dead-savini.jpg" alt="" width="214" height="320" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Barbara et son frère Johnny viennent fleurir la tombe de leur mère récemment décédée. Alors que Johnny s’amuse à effrayer sa sœur, un homme étrange surgit du cimetière et attaque Barbara. Johnny court au secours de sa sœur mais, dans la bagarre, il tombe et se brise la nuque contre une pierre tombale. Désormais seule, Barbara court se réfugier dans une maison de campagne isolée où elle rencontre d’autres survivants. Ils essaient tant bien que mal de se barricader, mais les assaillants sont de plus en plus nombreux et semblent vouloir à tout prix pénétrer dans la maison. Ils vont alors comprendre à leurs dépens la terrible vérité : les morts se relèvent pour attaquer les vivants…</em></p>
<p style="text-align: justify;">Célèbre spécialiste du maquillage et des effets spéciaux au talent reconnu, <strong>Tom Savini</strong> passe derrière la caméra pour la première et dernière fois avec ce remake du célèbre film <strong><em>Night Of The Living Dead</em></strong> réalisé en 1968 par son vieil ami <strong>George A. Romero</strong>, avec qui il a par ailleurs longtemps collaboré. Loin de ressembler aux multiples daubes pestilentielles qui ont maintes fois tenté de s’approprier un peu de l’aura du film de l’oncle George, ce remake, produit par le papa des morts-vivants en personne, réussit l’exploit de se hisser à la hauteur de l’œuvre originale, et peut-être même de la dépasser…</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://3.bp.blogspot.com/-iqCHoj4Iokc/TcFl5ZwDrnI/AAAAAAAAAKE/YT-18o1dtd0/s1600/Night%25252Bof%25252Bthe%25252BLiving%25252BDead.jpg" alt="" width="512" height="361" /></p>
<p style="text-align: justify;">Bien que l’histoire de cette nouvelle version de <strong><em>Night Of The Living Dead</em></strong> suive à peu près le même déroulement narratif que l’œuvre de <strong>Romero</strong>, <strong>Tom Savini</strong> a néanmoins pris soin de glisser quelques variations scénaristiques et stylistiques qui ne sont pas pour nous déplaire. En effet, les fans du film original adoreront se laisser piéger par les feintes du réalisateur qui prend un malin plaisir à se jouer de nos attentes pour mieux nous surprendre. Subtiles et efficaces, ces quelques nuances permettent à <strong>Savini </strong>d’innover tout en restant fidèle à l’œuvre culte dont il offre une relecture pour le moins intéressante et originale.  Par exemple, la Barbara version 1990 (interprétée par la superbe <strong>Patricia Tallman</strong>) n’a absolument plus rien à voir avec la Barbara de 1968, la mollesse caractéristique de cette dernière ayant tout bonnement été remplacée par une niaque virulente qui en surprendra plus d’un. De même, le personnage de <strong>Tony Todd</strong> (<strong><em>Candyman</em></strong>, <em><strong>Destination Finale</strong></em>), Ben, tient ici le second rôle principal et non plus le premier : même si son comportement et son statut de leader restent identiques à celui du Ben jadis interprété par <strong>Duane Jones</strong>, c’est tout de même Barbara que le spectateur suit du début à la fin du film. Quant aux personnages secondaires, ils restent à peu près les mêmes, si ce n’est Judie Rose, l’épouse de Tom, qui s’est entre-temps métamorphosée en hystérique criarde qu’il nous tarde de voir périr dans les flammes.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://www.coldfusionvideo.com/n/nightoflivingdead-e.jpg" alt="" width="400" height="219" /></p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, le film regorge de clins d’œil qui constituent un véritable régal pour les fans. Citons en exemple la boîte à musique au travers de laquelle le spectateur pouvait apercevoir le visage décomposé de Barbara dans le film original qui se retrouve ici brisée en milles morceaux lors d’un moment d’extrême agitation, ou encore le sang qui gicle sur la truelle lors de la mort d’Alice Cooper, cette même truelle qui avait servi trente ans plus tôt à la jeune Karen Copper (ici rebaptisée Sarah) pour opérer le matricide qui avait bouleversé une génération toute entière de cinéphiles. Ce ne sont là que quelques exemples parmi beaucoup d’autres qui témoignent de la complicité qui existe entre ces deux grands artistes réunis pour le trentième anniversaire de <strong><em>Night Of The Living Dead </em></strong>par la motivation commune de produire un film authentique et de qualité certaine.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://abortionsforall.files.wordpress.com/2010/11/notld3.jpg" alt="" width="480" height="265" /></p>
<p style="text-align: justify;">Les zombies sont quant à eux très réussis et véritablement effrayants, les maquillages de <strong>John Vulich</strong> et <strong>Everett Burrell</strong> ayant produit des merveilles de laideur <em>post-mortem</em>. Appliquant presque à la lettre l’ensemble des codes initiés par le réalisateur fétiche du cinéma zombiesque, <strong>Savini </strong>nous donne à voir des morts-vivants de tous horizons, extrêmement lents et qui attaquent « en meute » jusqu’à ce que leur faim gargantuesque soit assouvie. Brutal mais pas vraiment <em>gore</em>, ce nouveau <strong><em>Night Of The Living Dead</em></strong> nous prive de « repas » (des zombies, j’entends) mais nous offre en compensation une diversité des corps absolument jouissive pour tout amateur de zombies. Obèses ou squelettiques, clochards ou costards-cravates, sortis du cimetière ou fraîchement décédés puis revenus à la vie, les morts-vivants forment un groupe terrifiant autant par son hétérogénéité qui n’est pas sans manquer de vraisemblance que par les balafres béantes qu’ils exposent sans aucune pudeur. La violence est donc principalement suggérée, même si <strong>Savini</strong>, généreux, nous balance de temps en temps de franches giclées de sang ou de bons petits transperçages de crânes juste exactement comme on les aime.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://cps-static.rovicorp.com/2/Open/Sony%20Pictures/Night%20of%20the%20Living%20Dead%20%281990%29/_derived_jpg_q90_410x410_m0/NightoftheLivingDead1990-Still3.jpg?partner=all.rovi@rovicorp.com" alt="" /></p>
<p style="text-align: justify;">La fin du film diffère largement de celle du scénario de 1968, d’une part parce que, contre toute attente, la rousse et non plus blonde Barbara se sort indemne de ce qui pourrait bien être la plus longue nuit de toute se vie ; mais aussi pour le message que le vétéran du Vietnam tente de nous faire passer par l’intermédiaire d’images aussi explicites que cruelles. En effet, le film s’attarde à nous montrer des chasseurs <em>rednecks </em>qui profitent de l’anarchie de la situation pour se décharger de leurs pulsions sadiques en se livrant à des jeux morbides sur les zombies (concours de force, stand de tir et autres attractions de fête foraine) tandis que l’héroïne observe la scène et déclare <em>« Ils sont nous. Nous sommes eux »</em>. Ce concept supposant que les monstres ne sont finalement pas ceux que l’on croit était déjà mis en avant de manière implicite par Romero dans son <strong><em>Night Of the Living Dead</em></strong> et perdurera dans toute sa saga des morts-vivants (notamment à la fin de <strong><em>Diary Of The Dead</em></strong>). <strong>Tom Savini</strong> clôt ensuite son film de la même manière que l’œuvre originale, par le montage de photos illustrant la fameuse scène finale du bûcher des morts-vivants, traînés et entassés dans leur « fosse commune » comme de la vulgaire bidasse avariée.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://www.coldfusionvideo.com/n/nightoflivingdead-c.jpg" alt="" width="400" height="222" /></p>
<p style="text-align: justify;">Le seul et unique long-métrage du très charismatique « Sex Machine » (voir <strong><em>Une Nuit En Enfer</em></strong> de <strong>Robert Rodriguez</strong>) peut donc être légitimement considéré comme un véritable remake digne de ce nom et faisant honneur au chef-d’œuvre ultime de ce très cher George ; mais aussi comme un excellent film de zombies comme on en voit que trop rarement, original et captivant, et qui livre ici un hommage majestueux aux films de genre.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Par Emmanuelle Ignacchiti</em></p>
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		<title>[Critique] The Loved Ones</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Sep 2011 09:01:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alexandre</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Et si le meilleur film d’horreur de l’année 2010 venait d’Australie et était le parfait croisement entre teen movie indie (c&#8217;est-à-dire plus Larry Clark qu’ « American Pie ») et « Massacre à la Tronçonneuse » ? Sensation forte des récents festivals, « The Loved Ones » ne trahit pas les attentes et va même beaucoup plus loin. Le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://uppix.net/c/1/7/f96fc68e881f461424e1466e0b53e.jpg" alt="the loved ones poster" width="225" height="300" /></p>
<p style="text-align: justify;">Et si le meilleur film d’horreur de l’année 2010 venait d’Australie et était le parfait croisement entre teen movie indie (c&#8217;est-à-dire plus <strong>Larry Clark</strong> qu’ « <strong>American Pie</strong> ») et « <strong>Massacre à la Tronçonneuse </strong>» ? Sensation forte des récents festivals, « <strong>The Loved Ones </strong>» ne trahit pas les attentes et va même beaucoup plus loin. Le réalisateur australien <strong>Sean Byrne</strong> y mélange adroitement trois genres &#8211; drame psychologique, teen movie et film gore – pour un résultat gagnant sévèrement en intensité à mesure que les styles se chevauchent.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://uppix.net/4/f/f/1cfe60d16d49a56323bdb6f26245e.jpg" alt="the loved ones" width="463" height="197" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Ambiance conte de fées mais typo heavy metal, l&#8217;ouverture annonce déjà les contrastes à venir</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Xavier Samuel</strong> (« <strong>Twilight : Eclipse</strong> ») incarne Brent Mitchell, jeune lycéen faisant difficilement le deuil de son père décédé dans un accident de voiture. Coincé entre le quasi-mutisme de sa mère et l’amour que lui voue sa petite amie et auquel il ne peut répondre, Brent fuit sa culpabilité – il était au volant du véhicule &#8211; dans la fumette et le heavy metal. Le jour du bal de son lycée, le calvaire de l’adolescent tourne au cauchemar. Kidnappé par le père d’une jeune fille qu’il a refusé d’accompagner au bal, Brent se retrouve séquestré dans la maison d’une famille complètement psychotique pour une soirée de lycée revisitée dans la douleur.</p>
<p style="text-align: justify;">« <strong>The Loved Ones</strong> » rompt ici avec les clichés du survival à l’australienne et ses bushmen enragés harcelant les touristes paumés en plein désert (voir « <strong>Wolf Creek</strong> », dernier grand frisson d’Oz Land, ici mentionné sur l’affiche). Sa partie horrifique se rapproche d’ailleurs plus de « <strong>Mum &amp; Dad </strong>», petit film british sorti en 2009 et mêlant lui aussi comédie familiale noire voire très glauque et film de séquestration. Mais sa plus grande qualité reste d’avoir compris les grandes articulations des différents genres ici mis en scène pour proposer au final un métrage assez unique.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://uppix.net/0/0/1/0289009efe5c520f6f81d06a811c8.jpg" alt="the loved ones" width="400" height="268" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Sean Byrne réinvente le calvaire du repas chez les beau-parents</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ses images d’adolescents confrontés dans la douleur au monde des adultes et l’hypocrisie des bienséances sociales peuvent ainsi évoquer le film « <strong>Virgin Suicide</strong> » et autres clichés du cinéma indie naturaliste étiqueté encore récemment Sundance. La maitrise de ces codes et la beauté du film en général se révèle finalement plutôt déstabilisante. Car à cette douceur trompeuse  répond la brutalité des actes perpétrés par la suite, pour la plus grande surprise de ceux qui auraient été appâté par l’aspect teen movie classieux du film et qui se prendront sûrement en pleine face tout ce qui va suivre (et qui se chargeront sûrement ensuite de parler de «bon film même si gâché par trop de violences inutiles »).</p>
<p style="text-align: justify;">Car <strong>Sean Byrne</strong> ne se retient pas dès qu’il s’agit de rentrer dans la partie film d’horreur, l’empathie créée jusque là pour Brent et ses proches  décuplant la terreur et la violence des effets. Le réalisateur montre une habilité certaine à faire grimper subitement la tension, que ce soit au cours de l’ascension quasi-suicidaire d’une falaise ou lors de séances de bricolage qui en traumatiseront sûrement plus d’un. Le réal’ saupoudre toutes ces parties les plus dures d’un humour noir pour créer des instants de folie furieuse digne du « <strong>Massacre à la Tronçonneuse</strong> » original, où le loufoque le dispute au malsain, et qui culminera dans un final grand-guignolesque dénotant d’un vrai amour du genre. Certains éléments du début comme l’accident de voiture où les marques d’automutilations de Brent trouvent alors dans ces instants leurs échos déformés, &laquo;&nbsp;<strong>The Loved Ones</strong>&nbsp;&raquo; arrivant à déployer une structure narrative aussi maitrisée que complètement vicelarde.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://uppix.net/9/4/b/64e8e7d22a957c6f623e7edb11de1.png" alt="the loved ones" width="450" height="184" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Un cour de danse dans la douleur</em></p>
<p style="text-align: justify;">En plus d’être plutôt fin dans son scénario en ne dévoilant qu’au fur et à mesure l’ampleur de la folie de la famille, le réalisateur ménage ses effets en alternant scènes du calvaire subi par Brent et une ligne narrative parallèle, d’apparence plus légère, suivant la soirée d’un de ses potes avec une adolescente gothique quasi-mutique. Les deux histoires se révéleront connectées, asseyant un peu plus le spleen traversant tout le film. Un sentiment de déprime adolescente générale conférant une personnalité forte à  «<strong>The Loved Ones </strong>» où les teenagers semblent beaucoup moins à la masse que les adultes ici soit impuissant et dépressif ou psychotique et incestueux..</p>
<p style="text-align: justify;">On pensera inévitablement à  « <strong>Tous les garçons aiment Mandy Lane</strong> » mais en place des faiblesses scénaristiques et du final mal foutu de <strong>Jonathan Levine</strong>, « <strong>The Loved Ones</strong> » déploie une intrigue maitrisée de bout en bout, le tout porté par des interprétations et une réalisation de haut vol. Immanquable</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://uppix.net/0/8/9/11cd2b3d31cd924680c86ff17a57a.jpg" alt="the loved ones" width="432" height="231" /></p>
<p style="text-align: justify;">DVD sorti en UK chez StudioCanal.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Par Alex B</em></p>
<p style="text-align: justify;">BONUS<em>:</em></p>
<p style="text-align: center;"><em><img class="aligncenter" src="http://uppix.net/a/c/f/2f16376e4637b4891530c74d57537.jpg" alt="the loved ones" width="356" height="238" /></em></p>
<p style="text-align: center;"><em>Entre Twilight et The Loved Ones il y a un peu plus qu&#8217;une coupe de cheveux&#8230;</em></p>
<p style="text-align: center;"><em><br />
</em></p>
]]></content:encoded>
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		<title>[Critique] Dellamorte Dellamore (Michele Soavi, 1994)</title>
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		<pubDate>Thu, 23 Jun 2011 08:38:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Ignacchiti</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Francesco Dellamorte, mélancolique gardien de cimetière, flanqué de son fidèle compagnon, Gnaghi, a depuis quelque temps du pain sur la planche. Les morts enterrés dans son cimetière reviennent à la vie et cette mystérieuse épidémie se propage de tombe en tombe, de nuit en nuit. Curieux ovni que ce Dellamorte Dellamore dans le paysage cinématographique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://www.films-horreur.com/wp-content/uploads/2011/06/Dellamorte-dellamore_42560_1288890782.jpg"><img class="size-medium wp-image-11564 alignnone" title="Dellamorte-dellamore_42560_1288890782" src="http://www.films-horreur.com/wp-content/uploads/2011/06/Dellamorte-dellamore_42560_1288890782-294x400.jpg" alt="" width="235" height="320" /></a><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Francesco Dellamorte, mélancolique gardien de cimetière, flanqué de son fidèle compagnon, Gnaghi, a depuis quelque temps du pain sur la planche. Les morts enterrés dans son cimetière reviennent à la vie et cette mystérieuse épidémie se propage de tombe en tombe, de nuit en nuit.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Curieux ovni que ce <strong><em>Dellamorte Dellamore </em></strong>dans le paysage cinématographique d’horreur contemporaine… <strong>Michele Soavi</strong>, connu surtout pour avoir été l’assistant-réalisateur d’éminents cinéastes tels que <strong>Dario Argento</strong> (sur <strong><em>Tenebre</em></strong>, <strong><em>Phenomena </em></strong>et <strong><em>Opera</em></strong>), <strong>Lamberto Bava</strong> (<strong><em>Demons</em></strong>) et <strong>Terry Gilliam </strong>(<strong><em>Les Aventures du Baron de Münchhausen</em></strong>, <em>L<strong>es Frères Grimm</strong></em>) ; atteint la consécration avec cette allégorie poético-baroque d’une condition humaine condamnée depuis ses origines jusqu’à sa disparition future à demeurer sous le signe de la vacuité et de la répétition cyclique.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://s.tf1.fr/mmdia/i/23/5/3917235yowcr.jpg?v=1" alt="" width="500" height="291" /></p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui caractérise le plus <strong><em>Dellamorte Dellamore</em></strong>, c’est indéniablement sa dimension complètement décalée : absurdité des dialogues, des personnages et des situations ; mais aussi de la mise en scène, du jeu des acteurs et même de la bande-sonore. Le spectateur ne s’étonnera donc pas de voir un jeune zombie-biker sortir de sa tombe pour faire du cross dans le cimetière de Buffalora (parce qu’il a été enterré avec sa bécane, logique) ; ou encore une tête coupée qui parle et qui « marche » (et qui saute, par extension), pour n’en citer que deux. De plus, le film mélange allègrement plusieurs registres différents avec une fluidité épatante : humour noir, drame, horreur, gore et romantisme s’entremêlent le plus naturellement du monde pour produire une œuvre fondamentalement atypique qui parvient à susciter en chacun de nous une kyrielle de sentiments aussi variés que contradictoires. Le tandem étrangement assorti Franceso Dellamorte (<strong>Rupert Everett</strong>, habitué des comédies romantiques avec en tête <strong><em>Le Mariage de mon Meilleur Ami</em></strong>)<em> </em>et son fidèle assistant Gnaghi (le <strong>Garçon Boucher </strong>de gauche <strong>François Hadji-Lazaro</strong>) constitue en lui-même un ensemble d’oppositions assez cocasses : l’un est un philosophe du dimanche dépressif et misanthrope dont la principale distraction consiste à lire et à relire encore et encore le bottin de sa chère petite ville natale, et l’autre ressemble à un enfant de cinq ans prisonnier dans un corps d’adulte obèse qui voue une passion sans bornes aux feuilles d’automne et aux fifilles à papa… Ce couple comique à la <strong><em>Laurel et Hardy </em></strong>est le noyau dur de l’histoire, le vecteur principal de toute action, le seul point de vue diégétique auquel nous devrons nous rattacher du début à la fin du film.</p>
<p><img class="aligncenter" src="http://lunkiandsika.files.wordpress.com/2011/04/dellamorte-dellamore-aka-cemetery-man-1994-rupert-everett-as-francesco-dellamorte-and-sidekick-gnaghi.png" alt="" width="496" height="363" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Dellamorte Dellamore </em></strong>multiplie également les phrases-chocs aux allures d’aphorisme Nietzschéens qui ont vraiment tout ce qu’il faut pour devenir cultes auprès des cinéphiles un brin blasés de la vie… Ainsi le ténébreux Dellamorte ponctue t-il les tristes évènements de son quotidien par quelques déclarations délicieusement ironiques qui font pétiller l’esprit : <em>« Je donnerais ma vie pour mourir… » </em>; <em>« Parfois il arrive un moment dans la vie où l’on connait plus de morts que de vivants… » </em>; <em>« J’aurais du m’en douter, le Monde ne peut pas exister… » </em>; et la liste serait encore longue tant chaque chose, même la plus infime, est pour Dellamorte l’occasion de se livrer à des exercices de sarcasme désabusé qui font tout son charme. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la femme de sa vie s’avère être une gérontophile assumée que la vue d’un ossuaire suffit à rendre chaude comme la braise  (<em>« Waaah… C’est ce dont j’ai toujours rêvé ! »</em>)… Les autres personnages ne sont pas en reste non plus : <em>« On ne vit que pour mourir ! »</em> s’écrie le Maire qui craint que la mort prématurée de sa fille ne le désavantage pour les élections ; <em>« Mêlez-vous de vos affaires, je me fais manger par qui je veux ! »</em> se défend la jeune fille éplorée à la mort de son cher Claudio revenu d’entre les morts avec une faim de loup ; etc. Les dialogues ne se prennent donc que très rarement au sérieux, et c’est ce qui fait toute l’originalité de ce long-métrage marqué par le contraste et le décalage permanent.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://content8.flixster.com/photo/10/74/11/10741154_gal.jpg" alt="" width="462" height="281" /></p>
<p style="text-align: justify;">Les effets spéciaux sont également vecteurs d’un second degré très prégnant : souvent outranciers (les effusions de sang démesurées), parfois volontairement ridicules (tiens ?! on voit les fils, ha ha…), les scènes gore ou d’action sont dans l’ensemble plutôt fun et suivent toutes une logique humoristique empreinte d’un cynisme très fort. Le jeu des acteurs, et surtout de l’excellent <strong>Rupert Everett</strong>, va dans le sens de cette profonde ironie qui élève <strong><em>Dellamorte Dellamore</em></strong> au rang d’œuvre magistralement subtile et réflexive. Même la bande-son s’accorde à merveille à cette profusion d’images carnavalesques, notamment de par la présence improbable d’<strong>Ozzy Osbourne </strong>pour la chanson <strong>&laquo;&nbsp;Hellraiser</strong>&laquo;&nbsp;. Tantôt grotesque, tantôt dramatique, la musique a bénéficié d’une réelle recherche esthétique pour apporter au film une force supplémentaire dans l’absurdité tragique qu’il s’efforce de retranscrire à l’image. Il est également à noter que <strong><em>Dellamorte Dellamore</em> </strong>contient de nombreuses références à des artistes peintres et sculpteurs appartenant aux mouvements symboliste et surréaliste. Ce parti-pris artistique confère quant à lui une ambiance sombre et poétique à cette œuvre véritablement unique en son genre, un caractère triste et infiniment pessimiste qui se retrouve dans presque chaque plan du film.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://content7.flixster.com/photo/11/37/46/11374605_gal.jpg" alt="" width="462" height="285" /></p>
<p style="text-align: justify;">L’autre point fort du film reste son ambiance baroque inimitable en grande partie due au choix de faire se dérouler l’action principalement dans l’enceinte du cimetière de Buffalora… Brouillard omniprésent, statues gothiques imposantes, catacombes enténébrées, pierres tombales massives et  recouvertes de végétation mortuaire, prédominance de l’obscurité et absence quasi-totale de lumière, feu follets, chrysanthèmes, pleine lune envoûtante ; le style de <strong><em>Dellamorte Dellamore</em></strong> prend parfois des allures Burtoniennes et peut même faire penser à l’atmosphère à la fois angoissante et étrangement chaleureuse de <strong><em>L’Étrange Noël de Mr Jack</em></strong>. La présence ponctuelle de la Faucheuse, le mystère impénétrable qui entoure le brusque réveil des morts (et qui ne sera d’ailleurs jamais explicité) ainsi que les phénomènes inexpliqués qui surviennent dans l’entourage de Francesco Dellamorte enrichissent le film d’une dimension surnaturelle, voire même surréaliste, qui corrobore parfaitement le message que cherche à transmettre le scénario de Gianni Romoli, d’après l’œuvre de Tiziano Sclavi. L’œuvre toute entière est ainsi auréolée d’une forte sensation d’étrangeté, d’illogisme et d’inconnu, et c’est d’ailleurs ce qui lui permet de tirer son essence magique de fable fantastico-mélancolique…</p>
<p><img class="aligncenter" src="http://27.media.tumblr.com/tumblr_ky48m6cLpS1qa3nkyo1_500.jpg" alt="" width="500" height="281" /></p>
<p style="text-align: justify;">De manière générale, l’esthétique du film reste très soignée :<strong> <em>Dellamorte Dellamore </em></strong>regorge de plans somptueux bénéficiant d’une mise en scène extrêmement pointilleuse. Jouant sur la superposition (Dellamorte se retrouve quelquefois affublé des ailes de la Faucheuse statufiée via un savant travail sur la disposition des corps), le ralentissement d’images et le contraste, le film affirme son originalité dans le genre zombiesque en affichant un goût très prononcé pour le Beau de « L’Art pour l’Art ». Enfin, je souhaiterais parler du dénouement final (tout en prenant bien garde de ne pas spoiler) car il demeure réellement indispensable à toute approche analytique du film. C’est un fait, le film ne prend de véritable sens qu’au vu de la fin, car c’est alors que le message allégorique que <strong><em>Dellamorte Dellamore </em></strong>s&#8217;applique à véhiculer par l’intermédiaire des divers éléments que nous avons énoncés précédemment peut enfin se déployer entièrement. C’est donc un final inattendu, difficilement saisissable au premier abord mais dans tous les cas hautement symbolique que nous propose cette histoire à très forte portée dramatique dont tous les composants s’unissent vers une seule et même orientation : délivrer un point de vue, aussi subjectif soit-il, sur le sens de l’existence humaine. Ou plutôt l’absence totale de sens, en démontrant le caractère vain et répétitif d’une vie qui nous enferme et dont on ne peut s’échapper, quoi que nous tentions et quelles que soient les illusions avec lesquelles nous nous persuadons du contraire. C’est donc en grande partie grâce à cette fin à l’opacité mystérieuse que le caractère absurde du film dans son intégralité revêt tout son sens, et c’est seulement alors que nous pouvons entrapercevoir les intentions véritables de l’auteur.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://3.bp.blogspot.com/_n35PfUpWyak/S2Ag2nNel2I/AAAAAAAATaU/OMXM0Y4Ta5o/s400/Dellamorte+Dellamore+5.JPG" alt="" width="400" height="247" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Dellamorte Dellamore </em></strong>reste donc une œuvre intrinsèquement étrange, tantôt drôle, tantôt désespérée, plus sceptique et pessimiste qu’un <strong>Schopenhauer</strong> mais qui parvient néanmoins à allier l’utile à l’agréable en nous proposant un excellent divertissement qui porte en son sein une matière à réflexion indéniablement intéressante et originale. Pour ceux qui apprécient l’absurdité sous toutes ses formes et qui ont tendance à se perdre dans des méandres d’interrogations existentielles vaines et obscures, à l’image du film lui-même…</p>
<p><em>Par Emmanuelle Ignacchiti</em></p>
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		<title>[Critique] Scream (Wes Craven, 1996)</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Apr 2011 12:02:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alexandre</dc:creator>
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		<description><![CDATA[1996, période creuse pour le cinéma de genre. Personne n’attend grand-chose de Wes Craven depuis un Vampire de Brooklyn donnant des crocs à un Eddie Murphy déjà en pleine crise de transformisme. Déboule alors sans crier gare Scream, petit bombe horrifique remettant brièvement au goût du jour le frisson en salle obscure. Pour un premier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img title="scream 1 critique wes craven" src="http://uppix.net/8/1/4/43c3c63a02c42286e11c5fed82ff2.jpg" alt="scream 1 critique wes craven" width="238" height="324" /></p>
<p style="text-align: justify;">1996, période creuse pour le cinéma de genre. Personne n’attend grand-chose de <strong>Wes Craven</strong> depuis un <strong>Vampire de Brooklyn </strong>donnant des crocs à un <strong>Eddie Murphy</strong> déjà en pleine crise de transformisme. Déboule alors sans crier gare <strong>Scream</strong>, petit bombe horrifique remettant brièvement au goût du jour le frisson en salle obscure.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour un premier scénario, <strong>Kevin Williamson</strong> ne réinvente pas la roue et pond un whodunnit efficace tournant autour de l’identité d’un tueur masqué perturbant la quiétude de Woodsboro. Après le meurtre d’une  étudiante, le tueur s’en prend à Sydney, jeune vierge effarouchée dont la mère est décédée il y a pile poil un an et pour un motif encore brumeux. A grand renfort de détails intriguant mis en avant de façon ludique par <strong>Wes Craven</strong>, le casting entier finit par éveiller les soupçons, du gentil flic un peu niais au père de Sydney mystérieusement disparu en passant par le petit ami ténébreux. Cela pour une révélation finale d’un machiavélisme sanglant plutôt bien amené. Question slasher, on est donc une coudée au-dessus de toutes les séquelles inutiles et navets cheap qui avaient jusqu’alors contribué à la décadence puis à l’extinction du genre dans les salles sombres.</p>
<p style="text-align: center;"><img title="scream 1 critique wes craven" src="http://uppix.net/6/6/2/6019a7153bcfe3f91f0ca0c704676.jpg" alt="scream 1 critique wes craven" width="339" height="226" /></p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui aura finalement assez mal vieilli dans <strong>Scream </strong>c’est cette déconstruction permanente du slasher qui s’opère dans ses dialogues et certaines situations. Tous les protagonistes ont vu à plusieurs reprises les <strong>Halloween</strong>, <strong>Vendredi 13</strong> ou <strong>Freddy</strong>, en connaissent les répliques par cœur et font immédiatement le rapprochement entre les événements frappant Woodsboro et ces standards du genre. L’occasion de dialogues savoureux apportant une touche comique dans un film globalement sombre. <strong>Wes Craven</strong>, jamais le dernier pour se rendre hommage à lui-même, en profite pour lâcher quelques clins d’œil bien appuyés, allant jusqu’à apparaître déguisé en <strong>Freddy Krugger</strong> dans une scène calquée sur l’un des rêves du  premier <strong>Nightmare On Elm Street</strong>. Ce côté méta et réflexif sur le film d’horreur et ses énormes poncifs, original à l’époque dans le cadre d’un film de genre, pourra paraître un peu daté maintenant qu’une multitude de films et séries affichent leurs modèles et références cinématographiques, cela quand les personnages principaux ne sont pas des geeks remettant en permanence l’action en perspective de leurs films cultes.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" title="scream 1 critique wes craven" src="http://uppix.net/b/d/b/76fbe49d1aa3d2cf238e49af72655.jpg" alt="scream 1 critique wes craven" width="385" height="257" /></p>
<p style="text-align: justify;">Niveau casting et pour le rôle principal, <strong>Wes Craven</strong> nous présente <strong>Neve Campbell</strong>, jeune actrice parfaite dans son rôle de jeune femme à l’ossature familiale et sentimentale fragilisée (une constante chez <strong>Craven</strong>) et rapidement obligée de sortir de son rôle de victime désignée, seule contre tous. A ce premier rôle beaucoup plus fort que la moyenne du genre (prenez en comparaison la <strong>Jennifer Love Hewitt </strong>de <strong>Souviens toi l’été dernier</strong>, encore sur un scénario de <strong>Williamson</strong>), <strong>Wes Craven </strong>brosse des seconds rôles attachant et dépassant le stade de cliché sur patte. Geek de service secrètement amoureux de Sidney, journaliste en quête de scoop et meilleure amie sexuellement très active (<strong>Rose McGowan</strong> et un pull qui décrochera les rétines de plus d’un teenager)… Évidemment, ces archétypes ont conscience du sort que leur réserverait un film d’horreur lambda et, de la direction d’acteur à la mise en scène, le film leur accorde le temps de s’épanouir un minimum pour développer l’attache émotionnel nécessaire pour rendre les scènes d’attaques encore plus stressante. Wes Craven trouve même avec <strong>Skeet Ulrich </strong>un proto-<strong>Johnny Depp</strong> en version bad boy pour incarner le petit ami de Sydney et boucler ainsi la boucle des références aux<strong> Griffes de la Nuit</strong>.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" title="scream 1 critique wes craven" src="http://uppix.net/e/7/1/a19d336e9dc4520d8e5502cb9a490.jpg" alt="scream 1 critique wes craven" width="380" height="250" /></p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau des effets sanglants, <strong>Wes Craven </strong>y va franco dans l’horreur et réveillera même à l’époque le vieux débat sur la violence au cinéma à coup de teenageuse pendue les tripes à l’air. C’est sanglant, les coups de couteau sont douloureux, les jump-scares sont nombreux et le réalisateur se permet même une séquence d’ouverture d’anthologie. Un vrai modèle de tension grimpant crescendo et bardé de détails angoissant- bruit de popcorn et sonnerie de téléphone incessante &#8211; avec en bonus le court retour de <strong>Drew Barrymore</strong> devant une caméra. Pour le reste, le film aligne les jeux de chat à la souris aussi jouissifs (le tueur s’en prend plein la gueule) que flippant entre un Ghostface charismatique et ses victimes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Scream </strong>reste donc un classique et modèle du genre slasher. Vu la qualité du film et le plaisir ressenti même une fois le twist éventé, difficile d’accorder du crédit à certaines critiques percevant le second degré du film uniquement comme la preuve du cynisme d’un <strong>Wes Craven</strong> crachant dans la soupe et, par extension, sur son public. Ce serait oublier que <strong>Scream </strong>est l&#8217;un des très rares films à avoir su gérer l&#8217;équilibre entre satire du genre et vrai film de flippe. Enfin, du côté du spectateur dégouté du genre après ses dernières séquelles ultra-prévisibles et mercantiles, il était difficile à l&#8217;époque de nier le plaisir à s&#8217;identifier aux personnages mis en scène et à ce cynisme mordant face aux conventions du slasher.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Critique par Alex B</em></p>
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		<title>[Critique] Shutter Island (Martin Scorsese, 2010)</title>
		<link>http://www.films-horreur.com/2011/02/critique-shutter-island/</link>
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		<pubDate>Wed, 23 Feb 2011 09:57:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Ignacchiti</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En 1954, le Marshall Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés sur l&#8217;île de Shutter Island pour enquêter dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. Ce qui s’avérait être une enquête de routine prend rapidement un tournant surprenant. Au fur et à mesure du déroulement de l’enquête, Teddy dévoile des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://i.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L283xH400/Shutter_Island_Di_Caprio_Head-dbbfb.jpg" alt="" width="283" height="400" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>En 1954, le Marshall Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés sur l&#8217;île de Shutter Island pour enquêter dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. Ce qui s’avérait être une enquête de routine prend rapidement un tournant surprenant. Au fur et à mesure du déroulement de l’enquête, Teddy dévoile des vérités sur l’île de plus en plus choquantes et terrifiantes, et découvre qu’il existe certains endroits d’où on ne vous laisse jamais repartir…</em></p>
<p style="text-align: justify;">Adaptation cinématographique du roman éponyme de <strong>Dennis Lehane</strong>, <em><strong>Shutter Island</strong> </em>réunit de nouveau deux grands noms bien connus à Hollywood : <strong>Martin Scorsese</strong>, éminent réalisateur de <strong><em>Taxi Driver</em></strong>, <em><strong>Raging Bull</strong> </em>ou encore<em> <strong>Les Affranchis</strong> </em>; et <strong>Leonardo DiCaprio</strong>, avec qui <strong>Scorsese </strong>avait déjà collaboré sur <strong><em>Gangs Of New York</em></strong>, <strong><em>Aviator </em></strong>et <strong><em>Les Infiltrés</em></strong>. Exploitant à fond les codes du thriller psychologico-dramatique, <em><strong>Shutter Island</strong> </em>est une expérience unique dont on ressort profondément bouleversé, un véritable traumatisme audiovisuel qui doit son intensité autant à sa mise en scène d’une efficacité implacable qu’à l’interprétation exceptionnelle de <strong>Leonardo DiCaprio</strong> qui livre ici l’une des meilleures performances de sa carrière d’acteur.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://petit-ecran.org/wp-content/uploads/2010/03/shutter-island-ruffalo-dicaprio2.jpg" alt="" width="464" height="240" /></p>
<p style="text-align: justify;">Les deux-tiers du film sont consacrés au déroulement de l’enquête rigoureusement menée par le Marshall Teddy Daniels (<strong>DiCaprio</strong>) et son nouveau coéquipier Chuck Aule (<strong>Mark Ruffalo</strong>), qui investissent les pavillons lugubres de l’hôpital psychiatrique d’Ashecliffe en vue de percer le secret de la disparition de l’une des patientes, une certaine Rachel Solando, qui semble s’être littéralement volatilisée. C’est donc avec un réel émerveillement que l’on se laisse transporter par l’intrigue tortueuse à souhait du Maître <strong>Scorsese </strong>qui tisse sa toile avec une virtuosité stylistique qui n’est désormais plus à démontrer. Tout est ici mis en œuvre pour conférer au film un suspense particulièrement riche en tension dramatique et ainsi pousser le mystère au maximum de ses potentialités. Chacun des personnages de l’histoire est donc détenteur d’une aura énigmatique au possible (en particulier le docteur Cawley, <em>alias </em><strong>Ben Kingsley</strong>, tout simplement bluffant) tandis que se succèdent sur un rythme très soutenu des situations pour le moins ambiguës et de nombreux dialogues à l’opacité déconcertante. Pour lever le voile sur les sombres arcanes d’Ashecliffe, le Marshall Daniels devra sonder jusqu’aux tréfonds de son propre subconscient et découvrir une part de lui-même à laquelle il aurait préféré ne jamais devoir faire face…</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://www.mindoverflow.fr/wp-content/uploads/2010/03/ShutterIsland2.jpg" alt="" width="486" height="323" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>[attention SPOILER!]</strong> En effet, dans <strong><em>Shutter Island</em></strong>, il s’agit avant tout d’explorer les démons intérieurs d&#8217;un être pensant ; le personnage principal étant dès le début du film hanté par la mort tragique de sa femme qu’il n’a malheureusement pas pu sauver. Rongé par la culpabilité, celui-ci n’a de cesse de la voir en rêves, sous des représentations hautement symboliques et remarquablement bien retranscrites à l’écran. L’espace onirique tient ainsi une place très importante au sein de l’intrigue, le spectateur étant confiné à la fois derrière les murs gris des cellules de l’hôpital ainsi qu’au plus profond de la psyché tourmentée d’un Teddy Daniels assailli de souvenirs cauchemardesques. <strong>[Fin du SPOILER!]</strong> Ce va-et-vient permanent entre rêve et réalité donne parfois l’impression d’assister à une histoire irréelle, d’ordre fantasmagorique ; effet accru par travail très subtil sur la photographie mais aussi par l’amplitude des mouvements de caméra qui ont tendance à nous perdre de par l’absence de repères spatio-temporels qu’ils suscitent. Le formidable dédale que constitue Ashecliffe s’apparente ainsi à un véritable labyrinthe mental au cœur duquel s’engouffre Daniels sans aucun fil d’Ariane pour l’empêcher de se perdre définitivement… Cette analogie se manifeste tout au long du film par l’intermédiaire de nombreux détails de mise en scène qui confèrent à <em><strong>Shutter Island</strong> </em>sa force d’impact ainsi que l’impressionnante subtilité qui le caractérise.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://www.crowsnbones.com/wp-content/uploads/2010/04/shutter-island-leonardo-dicaprio.jpg" alt="" width="500" height="300" /></p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons évoqué précédemment, la puissance dramatique du film doit beaucoup à l’interprétation grandiose de son acteur principal,<strong> Leonardo DiCaprio</strong>, dont les émotions extrêmement intenses se lisent sur son visage ravagé par la détresse comme dans un livre ouvert. Adoptant un jeu d’une ambivalence troublante, l’acteur semble littéralement « habité » par son personnage à l’âme torturée et parvient sans mal à nous faire ressentir de manière authentique le tourbillon d’affects qui le portera jusqu’aux limites sibyllines de la folie. De ce fait, <strong>Mark Ruffalo</strong>, volontairement mis en retrait pour des besoins narratifs et scénaristiques, semble quelque peu éclipsé par l’immense talent de son partenaire. <strong>Ben Kingsley</strong>, bien au contraire, honore le film de <strong>Scorsese </strong>de son inégalable prestance et affiche une fois de plus son flegme légendaire typiquement British. Personnage obscur aux intentions incertaines et à l’amabilité déroutante, le Dr Cawley est sans conteste l’un des personnages les plus insaisissables de l’histoire de <strong><em>Shutter Island</em></strong>. Jusqu’à la fin du film, celui-ci ne cessera de nous surprendre, autant par les agissements suspects qui lui sont prêtés par Daniels que par ses brusques changements d’attitude, passant sans transition aucune d’un état chaleureux à froid comme la glace. Vous l’aurez compris, tous les protagonistes de <em><strong>Shutter Island </strong></em>semblent dissimuler leur véritable nature derrière un masque brouillardeux d’apparences plus que trompeuses, jusqu’à ce que le jeu de dupes soit terminé et que les masques en question finissent par tomber…</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://nivrae.fr/wp-content/uploads/2010/03/shutter-island09-6-11.jpg" alt="" width="456" height="254" /></p>
<p style="text-align: justify;">Les décors du film sont également propices à instaurer un climat d’étrangeté qui n’aura de cesse de remettre en doute les pseudo-certitudes qu’aura acquises le spectateur au fil de l’intrigue. Outre la dimension particulièrement glauque que véhiculent les étroites cellules de l’hôpital d’Ashecliffe, supposant que de terribles évènements ont eu lieu derrière ces barreaux tétaniques, l’île de Shutter Island<em> </em>se caractérise par la sensation omniprésente de danger imminent qu&#8217;inspire sa végétation très dense, synonyme de perdition. Escarpée de rochers mortels, soumise tantôt aux caprices des ouragans, tantôt aux remontées d’eau, l’île s’avère être un lieu moins sûr encore que ce sinistre hôpital pourtant peuplé des plus dangereux criminels du sol Américain et apparait à l’écran comme une menace à part entière. L’île de Shutter Island ressemble ainsi à un complexe infranchissable aux pouvoirs surnaturels qui signerait la condamnation immédiate et inéluctable du malheureux qui aurait eu l’insouciance de pénétrer dans son enceinte. L’enfermement spatial du Marshall, même relativement gérable compte tenu de l’espace dont il dispose (l’île toute entière), accuse cependant une teneur claustrophobique au moins aussi virulente que l’enfermement mental dans lequel les circonstances l’ont englué.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://www.filmjunk.com/images/weblog/2010/05/shutter-island.jpg" alt="" width="440" height="253" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Shutter Island </em></strong>constitue donc un chef-d’œuvre éblouissant qui réussit à s’approprier les codes très spécifiques du thriller psychologique tout en s’en éloignant sensiblement pour surprendre là où l’on s’y attend le moins. Soyez prévenus, voici un film qui sait faire très mal (émotionnellement parlant) et que vous ne risquez pas d’oublier de si tôt… La faute à un dénouement final réellement perturbant qui s’inscrit au cœur d’un scénario original et parfaitement abouti, ainsi qu’à la présence envoûtante d’un <strong>DiCaprio </strong>au sommet de son art.</p>
<p style="text-align: justify;">Par Emmanuelle Ignacchiti</p>
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		<title>[Critique] The Chaser</title>
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		<pubDate>Thu, 06 Jan 2011 11:36:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Ignacchiti</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Joong-ho, ancien flic devenu proxénète, reprend du service lorsqu&#8217;il se rend compte que ses filles disparaissent les unes après les autres. Très vite, il réalise qu&#8217;elles avaient toutes rencontré le même client, identifié par les derniers chiffres de son numéro de portable. Joong-ho se lance alors dans une chasse à l&#8217;homme, persuadé qu&#8217;il peut encore [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.films-horreur.com/wp-content/uploads/2011/01/3651994hovgt.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-8905" title="3651994hovgt" src="http://www.films-horreur.com/wp-content/uploads/2011/01/3651994hovgt.jpg" alt="" width="257" height="354" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Joong-ho, ancien flic devenu proxénète, reprend du service lorsqu&#8217;il se rend compte que ses filles disparaissent les unes après les autres. Très vite, il réalise qu&#8217;elles avaient toutes rencontré le même client, identifié par les derniers chiffres de son numéro de portable. Joong-ho se lance alors dans une chasse à l&#8217;homme, persuadé qu&#8217;il peut encore sauver Mi-jin, la dernière victime du tueur.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Décidément, la nouvelle vague montante du thriller sud-coréen, avec Park Chan-wook (<em>Sympathy For Mr Vengeance</em>,<em> Old Boy</em>, <em>Lady Vengeance</em>) et Bong Joon-ho (<em>Memories Of Murder</em>, <em>The Host</em>,<em> Mother</em>) en tête, n’a pas fini de nous surprendre… Na Hong-jin, jeune cinéaste prometteur de trente-six ans, réalise avec <em>The Chaser </em>son tout premier long-métrage qui s’avère être d’une redoutable efficacité. Faisant preuve d’une étonnante maîtrise aussi bien stylistique que narrative, Na Hong-jin s’impose comme l’une des meilleures révélations de la décennie avec ce polar d’une noirceur sans égal, violent, nerveux et magistralement interprété.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://s.excessif.com/mmdia/i/98/5/3651985mjuaw.jpg?v=1" alt="" width="530" height="353" /></p>
<p style="text-align: justify;">Et, en effet, ce qui caractérise le plus <em>The Chaser </em>est indubitablement sa violence inouïe qui crève l’écran du début à la fin de l’intrigue. C’est en réalité une violence abrupte, sèche, cruelle et barbare que le film met en avant par l’intermédiaire de plans sublimes qui nous donnent à voir sans concession aucune toute la brutalité dont peut être capable l’être humain. Mais le film de Na Hong-jin se complait également à nous pousser dans nos derniers retranchements en se livrant à un véritable déballage exutoire de violence fondamentalement ambiguë, à l’instar de ses deux protagonistes principaux : Young-min, dont le visage angélique et la timidité presque attendrissante cachent en vérité un dangereux détraqué sexuel ; et Joong-ho, son exact opposé, proxo endurci dont la gueule cassée et les méthodes brutales protègent en réalité un cœur gros comme ça. Pas manichéen pour un sou, <em>The Chaser</em> se plait à jouer sur les contraires pour progressivement en effacer les frontières, de telle sorte que le Bien et le Mal ne soient non plus distincts mais intimement entremêlés, amalgamés. Chaque personnage est ainsi profondément ambivalent, imprévisible, en un mot humain, et surtout capable de faire surgir des tréfonds de ses entrailles une violence bestiale qui ne demande qu’à exploser à la face du premier coupable désigné. C’est donc en grande partie grâce au réalisme saisissant dont il est empreint  que ce thriller tire sa puissante force de frappe pour infliger un maximum de dommages collatéraux à son public.</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://images.allocine.fr/medias/nmedia/18/66/47/10/18936924.jpg" alt="" width="600" height="400" /></p>
<p style="text-align: justify;">La tension entretenue tout au long de <em>The Chaser </em>atteint ainsi son paroxysme lors de scènes de course-poursuites haletantes (deux en tout, absolument grandioses et qui font plus qu’honneur au titre de l’œuvre) superbement filmées et dont on ressort presque aussi éprouvé que le « chaser » lui-même (en réalité Joong-ho). En effet, Na Hong-jin n’a pas son pareil pour nous faire suivre de très près et avec beaucoup d’intensité cette chasse à l’homme sans répit doublée d’une impitoyable course contre la montre. Et c’est avec un véritable soulagement (et même une sorte de plaisir sadique) que le spectateur, presque en sueur et le souffle court, assiste enfin à l’arrestation effective (après cinq bonnes minutes de course effrénée) de cet enfant de salaud de Young-min sur lequel Joong-ho défoule toute sa colère et sa tristesse sans ménagement. Car c’est un fait qui en deviendrait presque drôle s’il n’était pas aussi pathétique : même si quelque part il le mérite bien, le pauvre Young-min s’en prend plein la gueule du début à la fin du film, Joong-ho n’y allant pas de main morte et semblant avoir bon nombre de chimères à exorciser par ce geste… C’est par là même toute la brutalité d’une société coréenne moderne en chute libre (et surtout de son système judiciaire) qui est ici visée par le jeune réalisateur, un système malade qui s’efforce de masquer son incompétence à faire éclater la vérité sous des méthodes abusives et une tendance avouée à lécher les bottes des plus grands (la priorité étant donnée au « lanceur de merde » qui a humilié le maire plutôt qu’au meurtrier avéré de douze femmes). Ce petit côté pamphlétaire peut faire penser à <em>Memories Of Murder</em> de Bong Joon-ho (et même à <em>The Host</em>), en bien moins percutant toutefois puisque le film s’attarde beaucoup moins sur l’enquête policière que sur les interactions pures et (surtout) dures entre les personnages.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://s.tf1.fr/mmdia/i/99/3/3651993motic.jpg?v=1" alt="" width="530" height="353" /></p>
<p style="text-align: justify;">D’ailleurs parlons-en des personnages, car ils valent le détour et même bien plus que cela… L’acteur Ha Jung-woo, connu surtout pour ses rôles dans les <em>dramas </em>coréens, fait ici preuve d’un charisme incroyable et n’hésite pas à saboter son image BCBG pour ce rôle extrêmement sombre et même carrément flippant. Dans <em>The Chaser</em>, il est la bête noire, le mal incarné tapi derrière une façade maladroite et souriante, une bombe à retardement susceptible de péter au visage de quiconque aurait le malheur de lui plaire ou de le contrarier. A la fois attachant et repoussant, il est ce personnage que l’on adore détester mais pour qui l’on déteste ressentir de l’empathie ou de la compassion. Troublant au possible, doté d’une prestance naturelle ahurissante et d’un jeu atypique irréprochable, Ha Jung-woo opère un véritable coup de maître avec ce rôle qui lui va comme un gant… Quant à Kim Yoon-suk (<em>L’Ile</em>, <em>Running Wild</em>), il a ce petit quelque chose en plus qui fait que l’on s’y attache progressivement malgré ses airs de <em>bad ass </em>sans cœur et sans reproches pour qui ne compte que sa petite personne ; mais lorsque celle qu’il a aimée disparait, le spectateur comprend pourquoi il était autrefois un bon flic. Déterminé, instinctif, avec un fort sens de la loyauté (et aussi des affaires) et à l’énergie inépuisable, Joong-ho est un personnage complexe que l’acteur Kim Yoon-suk a su parfaitement cerner pour conférer à son interprétation une crédibilité tout simplement bouleversante. Il crie comme il respire, frappe tout ce qui bouge comme un forcené, mais est aussi capable d’humour et de dévotion sans bornes notamment envers  les plus faibles et les enfants. A eux deux, ces personnages forment la pierre angulaire de <em>The Chaser</em>, le noyau dur de tout un gigantesque réseau d’émotions fluctuantes et contradictoires qui rendent le visionnage du film inoubliable.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="aligncenter" src="http://s.excessif.com/mmdia/i/97/9/3651979dtnmb.jpg?v=1" alt="" width="530" height="353" /></p>
<p style="text-align: justify;">Esthétiquement, le film est vraiment très beau et bénéficie là encore d’un réalisme époustouflant. Les décors sont tous admirablement glauques et poisseux et nous montrent l&#8217;autre visage de Séoul, beaucoup moins reluisant : une capitale du crime qui baigne dans la débauche et la crasse les plus sordides. De têtes patibulaires en sourires charmeurs de prostituées squelettiques, Na Hong-jin nous fait pénétrer au cœur d’une mécanique du sexe bien huilée qui se propose à la population oppressée comme le meilleur remède au mal du siècle. De la même manière, certaines scènes sont tout aussi choquantes que magnifiquement esthétisées (par le jeu des ralentis, notamment) et resteront très longtemps gravées dans la rétine du spectateur tant leur impact s’avère colossal. Avec <em>The Chaser</em>, le jeune réalisateur coréen nous prouve par son immense talent qu’il détient même le pouvoir de nous faire adorer la répulsion…</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://french.korea.net/image/news/today/20090330011S.jpg" alt="" width="575" height="385" /></p>
<p style="text-align: justify;">Touchant, puissant, angoissant et diablement grisant, <em>The Chaser </em>est une véritable bombe <em>made in Korea,</em> réussie sur toute la ligne et atteignant des sommets de pessimisme et de cruauté. Un incontournable de plus à l’actif de Pays du Matin Calme…</p>
<p>Par Emmanuelle Ignacchiti</p>
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