Blood Island (2010)

  • Titre original: 김복남 살인사건의 전말
  • Note
    8/10
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    Hae-won est une jolie trentenaire célibataire. Contrainte à partir en congés, elle se rend à Moodo, une petite île sur laquelle elle passait ses vacances étant plus jeune. Elle y retrouve Bok-nam, son amie d’enfance, soumise à la volonté tyrannique de ses habitants et à des humiliations quotidiennes.Bok-nam supplie Hae-won de l’aider à s’échapper, mais celle-ci refuse de s’impliquer dans une situation qui s’apprête à basculer dans l’horreur…

    Grand prix du dernier Gérardmer, Bedevilled (renommé Blood Island pour sa sortie DVD) est un film de vengeance atypique qui taille à coup de serpe dans une ruralité particulièrement malveillante.

    Réalisé par le Sud-Coréen Jang Cheol-soo, « Bedevilled » est reparti grand gagnant du dernier festival de Gérardmer. Difficilement classable, le film débute sur une chronique sociale cruelle et teintée d’humour noir pour virer ensuite dans le thriller horrifique avec quelques effusions gores dignes du slasher le plus hardcore. Assistant de Kim Ki-Duk sur « L’île », Jang Cheol-soo revient à ce cadre insulaire propice à une atmosphère de petit théâtre cruel fermé sur lui-même et régi par ses propres lois primitives. Le réalisateur croque habilement la topographie de ce lieu aussi magnifique que traversé d’événements d’une noirceur un peu trop absolue.

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    Présenter « Bedevilled » comme un simple revenge flick à la coréenne serait diminuer la part atypique du métrage, cela même si, à la manière de la trilogie de la vengeance de Park Chan-Wook – soit « Old Boy », « Sympathy with Mr Vengeance » et « Sympathy with lady Vengeance » – « Bedevilled » éprouve et manipule la sensibilité du spectateur sur toute une longue mise en place pour mieux pouvoir ensuite questionner ses partis pris et leur moralité une fois la furie vengeresse enclenchée.

    Une manipulation du spectateur effective dès la description – en apparence quelque peu binaire – de ses personnages principaux : le film s’ouvre ainsi sur Hae-Won, jeune trentenaire présentée dans son quotidien citadin comme une femme d’affaires impitoyable aux limites de la dépression et dénuée de toute compassion pour son prochain. Suite à une série d’événements la mettant en porte à faux avec ses collègues, des délinquants ultra-violents et la police de Séoul, Hae-Won part rejoindre pour une semaine une amie d’enfance sur Moo-Do, l’île de sa jeunesse. Bok Nam, son amie et jeune mère de famille, n’a jamais quitté l’île, élevant son enfant sous les brimades, humiliations physiques et morales de sa famille et des autres insulaires. Tout semble opposer ces deux jeunes femmes et la direction des actrices accentue encore un peu plus cet écart : Jin Sung-won qui interprète Hae Won est ici une figure toute en rigueur et frigidité, le regard dur et le visage fermé. A l’opposé, pour le rôle de Bok NamYeong-hie Seo redouble de regards candides, d’innocence un peu pataude alors que l’entière communauté insulaire semble se déchaîner sur elle. Déstabilisé par l’impossibilité de s’identifier à Hae-Won, seul regard « extérieur » mais personnage complétement antipathique, le spectateur va voir son empathie décupler à l’égard de l’innocente opprimée. Un parti pris dont la moralité ne cessera par la suite d’être remis en question. Car une fois le temps du déni achevé dans une séquence de révélation littéralement solaire, les meurtres d’une grande sauvagerie s’enchaînent sur un rythme frénétique.

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    Pour pouvoir fonctionner à plein régime, cette construction narrative n’est pas exempt de lourdeurs : en plus d’un acharnement un peu trop excessif sur Bok Nam, cumulant jusqu’au surréalisme toutes les humiliations possibles et imaginables, le scénario tombe dans le travers d’une présentation quasi-uniforme des autres insulaires, véritable concentré de méchanceté crasse et peu subtile. Les hommes sont tous des violeurs ou pédophiles en puissances, les vieilles sont aigries et manipulatrices et le seul policier intervenant sur l’île accepte de bon cœur les pots de vin des habitants. L’île se présente comme un catalyseur de toutes les tares de la société et l’accumulation peut paraître par moment un peu grossière. « Bedevilled » arrive cependant à sortir de ses positions quelque peu manichéennes via quelques originalités scénaristiques et l’utilisation de flashbacks apportant une complexification bienvenue des relations entre certains personnages, amenant plusieurs relectures et interprétations possibles quant aux raisons du comportement de certains.

    On regrettera aussi que l’intensité du final soit un peu trop diluée sur son climax en deux temps. Malgré ses quelques défauts, ce premier film reste quand même une belle surprise. Un pic du genre mené sur un rythme infernal qui propulse Jang Cheol-soo au rang des réalisateurs à suivre…

    Par Alex B

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