Chernobyl : décryptage de la série entre fiction et réalité

Chernobyl : décryptage de la série entre fiction et réalité

C’est la série phénomène du moment : Chernobyl a surpassé tous les records depuis quelques jours jusqu’à devenir la série la mieux notée de tous les temps sur IMDB. Tout le monde, ou presque en parle, jusqu’aux grands médias internationaux. Cela touche tous les âges, jusqu’aux plus jeunes qui ignoraient l’histoire de la catastrophe, étant trop jeunes pour s’en souvenir (elle a eu lieu en 1986).

Saluée également par la critique, la série a également été recommandée par John Carpenter himself ! Le cinéaste, à qui l’on doit certains des films les plus culte du genre (La ChoseHalloween, Invasion Los Angeles) a déclaré tout son amour pour le show sur Twitter. « Chernobyl de HBO est géniale ! Terrifiante et réelle. Des performances audacieuses de Jared Harris et Stellan Skarsgård. Il ne faut pas passer à côté ! ».

L’horreur du mensonge

C’est par le biais du « mensonge » que la série est abordée dès le début. Le mensonge d’état qui a « couvert » la catastrophe et ses responsabilités, les « mensonges » de certains scientifiques, ceux des responsables de la centrale nucléaire de l’époque…
Et pour raconter l’enchaînement des faits qui a conduit à la catastrophe, la série a choisi un postulat audacieux : celui de remonter le temps, reprendre la chronologie, montrer les conséquences immédiates, avant d’aller rechercher les causes et pointer les éventuels coupables.

En cinq épisodes, la série de Craig Mazin relate donc ce que l’on sait aujourd’hui des minutes, des heures, des mois qui précèdent et suivent la catastrophe. Avec de faux airs de docu-fiction, Chernobyl met en scène la catastrophe de Tchernobyl, la ville martyr de Prypiat, ses habitants, les dirigeants de la centrale, les anonymes, les pompiers, mineurs, soldats sacrifiés…

Parfaitement interprétée, largement documentée, la série Chernobyl refuse tout spectaculaire pour ce concentrer sur les individus qui ont vécu la catastrophe de près ou de loin. La puissance de la série réside surtout dans ce qu’elle montre,  pour capter le spectateur et suggérer une peur que l’on ne mesurait pas à l’époque. Pour ce faire, Chernobyl jouit d’une photographie et d’une esthétique exceptionnelles : chaque séquence est réalisée avec une précision qui touche à la perfection. Les images de villes dépeuplées, de champs brûlés, les gros plans sur les mourants, les panoramiques sur la campagne ukrainienne, les huis-clos sont travaillés de manière exemplaire.

La série choisit parfois de montrer l’horreur de manière frontale (jusqu’à l’insoutenable) et d’autres fois, elle choisi de l’ignorer, pour mieux montrer ses conséquences.
Le final est un sommet de tension et d’émotion, avec minute par minute, le témoignage ultime du scientifique Legassov qui permet de recomposer le fil des événements, de mettre enfin des images sur des suppositions.

Réalisée et jouée par des anglophones, avec une vision forcément occidentalisée de la catastrophe, la série ne pourra jamais prétendre à une quelconque neutralité : les Soviétiques de Chernobyl s’expriment dans un anglais à l’accent so british plutôt déroutant.

Fidèle à la réalité ?

Si la série est globalement fidèle à la réalité des événements, les auteurs se sont aussi autorisé quelques libertés, à en croire certains témoins de la catastrophe. La série créé par Craig Mazin est inspirée de l’ouvrage La supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse publié en 1999, après dix ans d’enquête, par la journaliste biélorusse Svetlana Aleksievitch. Elle est donc, dans l’ensemble, assez exacte et elle a même été filmée, pour plus de réalisme, dans une centrale de Lituanie construite à la même époque que celle de Tchernobyl.

Mais quelques personnages ont été ajoutés, pour apporter plus de fluidité au récit. Le personnage de Zharkov, un apparatchik incarné par Donald Sumpter et obnubilé par le souci de ne pas ébruiter la gravité de l’accident est par exemple une fiction. Le sceau du secret sur la catastrophe, qui n’a, selon une invraisemblable version officielle toujours en cours, fait que 50 morts, était tel à l’époque qu’on ne sait aujourd’hui toujours pas quelle a été la position et la chaîne de décisions au sein du gouvernement soviétique.

Autre personnage inventé, celui de Ulana Khomyuk incarnée par Emily Watson. Ulana est, en fait, un personnage composite, créé à partir de plusieurs protagonistes réels pour « resserrer » la narration comme le stipule le générique de fin de la série.

Concernant les événements en eux-mêmes, quelques petits arrangements avec la réalité sont aussi à remarquer. Ainsi qu’on le voit dans le second épisode de Chernobyl, il y a effectivement eu un accident d’hélicoptère au-dessus du réacteur fracturé. Mais le crash n’a eu lieu peu après l’explosion du réacteur, mais des mois après l’accident, en octobre 1986, au moment de la pose d’un premier sarcophage.

En bref, Chernobyl est une série essentielle qui ne laisse pas indemne. Elle remet en perspective notre vision du monde en 2019 et elle pose beaucoup de questions. Comment serait gérée la catastrophe si elle avait lieu aujourd’hui ?

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