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Cycle « Après Hitchcock » à la Cinémathèque du 2 au 14 Mars


Rien de plus dérisoire que d’imaginer une programmation sur l’influence du cinéma d’alfred Hitchcock. quel film aujourd’hui pourrait ne pas revendiquer sa dette à l’auteur de Psychose ?
Il y a eu dans l’histoire de ce que l’on a appelé le cinéma classique américain, un moment où celui-ci, au sommet de sa plénitude esthétique, a produit des films voués à devenir des oeuvres-matrices, témoignant  d’une forme d’aboutissement formel qui allait déterminer en profondeur le cinéma des années qui suivront. Ne dira-t-on pas (trop  facilement peut-être ?) que tel film est « fordien », « langien », « hawksien  », ou bien sûr « hitchcockien ». Certes, si des oeuvres comme The  Searchers (La Prisonnière du désert)Rio BravoThe Big Heat (Règlement  de comptes) ont inévitablement servi d’inspiration à la génération  de cinéastes d’envergure qui allait suivre les grands maîtres, que  faudrait-il dire d’une grande partie des films qu’Hitchcock réalise au  moment de sa maturité professionnelle ? quel thriller d’aujourd’hui ne  continue t-il pas de payer sa dette à Vertigo (Sueurs froides) ou à North  by Northwest (La Mort aux trousses) ? quel film d’épouvante moderne ne descend-il pas, en ligne directe, de Psycho (Psychose) ou de The  Birds (Les Oiseaux) ?

C’est moins les « thèmes » abordés par le cinéaste que les  moyens mis en oeuvre par celui-ci pour mettre en condition le spectateur,  qui serviront de leçon, voire de méthode, à l’industrie du divertissement, quitte à perdre parfois en chemin toute la dimension  métaphysique, la noirceur du regard, le pessimisme philosophique qui  ont aussi caractérisé le cinéma de l’auteur de Frenzy. ainsi, envisager  une programmation sur le thème « Après Hitchcock » obligerait à mettre  sur pied une interminable rétrospective de films réalisés depuis un  demi-siècle, imprégnés de la lettre sinon de l’esprit hitchcockien. Il s’agira donc, plus modestement, de montrer une trentaine de titres  dont il est à peu près évident que la filiation hitchcockienne y est consciente, la volonté de relecture délibérée, la leçon parfois intégrée  en profondeur et non superficiellement.

Remakes conceptuels
Il y a bien sûr, dans un premier lieu, les remakes. Reprise d’un film  antérieur ou nouvelle transposition d’un roman déjà adapté par Hitchcock,  l’épreuve est souvent redoutable bien sûr pour ceux qui tentent  de refaire ses chefs-d’oeuvre. Mais il faudra plutôt voir ces films comme  un parcours ludique, s’amuser de la comparaison entre les titres,  s’étonner aussi, parfois, de la façon dont certains, adoptant des partis  pris totalement opposés à ceux du maître, sont parvenus à éviter le  danger d’une répétition forcément décevante. On verra ainsi, entre autres, deux autres adaptations du roman de Mary Belloc Lowndes, The  Lodger, par le méconnu John Brahm (1944) et par l’à peine moins  méconnu Hugo Fregonese (1953). En adoptant le principe de refaire  quasiment plan par plan Psycho, Gus Van Sant quant à lui est parvenu  en 1998 à produire un objet conceptuel, aiguisant encore davantage  notre appréhension critique du film d’origine par la découverte de ce  qui se joue, dans le rapport avec sa propre version, entre répétition  et différence, et surtout avec la distance du temps.

Plagiats et relectures

Un certain nombre de récits filmés par Hitchcock ont été repris, retravaillés,  « trivialisés » parfois par un cinéma d’exploitation inventif dans  le plagiat et peu inhibé. On retrouvera ainsi la structure de Vertigo dans  A doppia faccia (Liz et Helen) de Riccardo Freda en 1969, etUna sull’altra  (Perversion Story) réalisé la même année par Lucio Fulci.

Mais celui qui s’est le plus spectaculairement approprié le  cinéma d’Hitchcock pour en faire une relecture passionnante, à la fois  savante et romantique, est bien sûr Brian de Palma. Obsession reprend  en 1977 la structure de Vertigo pour en faire une méditation sur le  cinéma lui-même, l’impossibilité de retrouver un objet perdu à jamais  et la nécessité de le chercher quand même, horizon indépassable de  la génération hollywoodienne qui débute à la fin des années 60. Rear  Window (Fenêtre sur cour)Vertigo encore ou Psycho font l’objet d’un  traitement particulier dans Dressed to Kill (Pulsions) en 1980 ou Body  Double en 1984. De Palma entre dans les images d’Hitchcock non seulement  pour les décortiquer mais pour les faire exploser.

D’autres cinéastes ont témoigné d’une connaissance en profondeur  du cinéma d’Hitchcock. Mario Bava convoque travestissement  et OEdipe mal réglé en droite ligne d’un Psycho vers lequel il effectue,  en 1969, une sorte de retour maniériste dans son Rosso segno della  follia. Quant au thriller paranoïaque de Roman Polanski, Frantic, il est  facile de voir à quel point la subtilité de la mise en scène se met au  service de la peinture d’une réalité devenue étrangère au héros du  film. Par ailleurs, de grands cinéastes français ont eu de celui-ci une  connaissance intime, précise, juste. De Truffaut qui, dans La mariée était  en noir en 1967, utilise à bon escient quelques recettes hitchcockiennes,  à Chabrol qui, dans Masques en 1987, reprend, tout en en déplaçant  les enjeux, la structure de Notorious (Les Enchaînés), en passant par  Jean-Claude Brisseau et son magnifique Ange noir réalisé en 1992.

Quelques films entretiennent avec Hitchcock un rapport  original, introduisant celui-ci dans la fiction elle-même, comme Le  Confessionnalde Robert Lepage, imaginant un récit à partir du tournage  de I Confess (La Loi du silence) à Montréal, ou bien cet étrange  essai de réflexion sur le double et la Guerre froide dans lequel Hitchcock  apparait comme une figure récurrente, Double Take de Johan  Grimonprez réalisé en 2009. Non, le cinéma n’est pas prêt d’en avoir  fini avec Hitchcock.

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