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[Dossier] Remakes or not remakes : Véritable travail de réécriture ou opportunisme ? 1/2

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PREMIERE PARTIE : SOUVIENS TOI, LE REMAKE DERNIER

A l’heure où on nous annonce toute une ribambelle de remakes – Jumanji et Les Griffes de la Nuit pour les derniers en date – retour sur ce phénomène qui ne cesse de s’accroître et qui touche tous les genres. Et oui, même Dirty Dancing pourrait bien y passer ! Vraie volonté de remettre au goût du jour des œuvres cultes ou opportunisme des studios en déficit d’imagination ?

Les remakes, ça ne date pas d’hier. En 1908 Segundo de Chomon sort son Excursion dans la Lune, remake – pour ne pas dire plagiat – de l’incontournable Voyage dans la Lune de George Méliès. Citons aussi Cecil B. DeMille et Alfred Hitchcock qui revisiteront leurs propres films en 1956, à savoir Les Dix Commandements et L’Homme qui en savait trop.

« Remake » en anglais signifie « refaire ». L’objectif est donc de prendre une œuvre et d’en proposer une nouvelle version. Refaire du neuf avec du vieux.
Il fait bien pour certains de dire que réactualiser un film passé de mode ou vieilli permet de lui donner une seconde chance : « Par définition, un remake est légitimé par le fait qu’il permet à une nouvelle génération de spectateurs, souvent réfractaire aux classiques, de découvrir des films essentiels ou non » (Logan, jeuxvideo.com).
Un bon nombre de spectateurs préfèrera par exemple la version 2006 de La Colline a des Yeux, passée des mains de Wes Craven à celles toute aussi expertes d’Alexandre Aja : « un remake meilleur que l’original [qui] gomme les défauts du premier film par une efficacité de mise en scène sans faille » (Jérôme Dittmar, fluctuat.net). Idem pour Piranha de Joe Dante transformé en gros délire jubilatoire avec Piranha 3D, toujours par monsieur Aja : « Piranha 3D vaut bien mieux que son scénario et son modèle pantouflard. Un excellent fleuron du cinéma dégénéré américain qui dépoussière l’original assez longuet » (Frédéric Mignard, avoir-alire.com)

Sujets à débats, les remakes offrent néanmoins la possibilité à certains cinéastes de développer une vision tout à fait personnelle d’un univers, d’une histoire.
Prenons Werner Herzog avec son Nosferatu, fantôme de la nuit (1979) : « Le Nosferatu de Murnau, réalisé en 1922, est le film le plus visionnaire de tout le cinéma allemand […] Mon film est une nouvelle version. Le contexte et les personnages sont différents, et l’histoire change un peu aussi […] Les deux films sont clairement inspirés du même roman, Dracula de Bram Stoker, qui n’est pas très bon selon moi […] Je n’ai pas connu les années 20, je n’ai donc pas les mêmes idées que quelqu’un qui les a vécues » (Werner Herzog, Ecran 77, février 1979)

« [Le Nosferatu de Herzog] n’est pas moins un film de son temps que celui de Murnau. Sans doute est-ce pourquoi leurs fins respectives diffèrent. Celle de Herzog est plus ambigüe, moins définitive, plus ouverte, mais pas plus optimiste pour autant » (Raphaël Millet, Positif n°460, juin 1999).

Abel Ferrara livrera en 1993 sa version personnelle de L’invasion des Profanateurs de Sépultures (Don Siegel, 1956 – déjà remaké par Philip Kaufman en 1978) sous le titre Body Snatchers. « Un sommet de série B postmoderne, d’une stylisation extrême (entre Carpenter et Antonioni) et un grand film paranoïaque et prophétique […] où le monde se transforme en immense terrain militaire » (Olivier Père, arte.fr).

Pour Gus Van Sant, le remake ce sera la possibilité de se livrer à un exercice de style épatant quoique risqué avec Psycho qui reproduit plans par plans et en couleurs le chef-d’œuvre de Sir Alfred Hitchcock. Une expérience unique et « pavlovienne [qui] met à plat tous les mécanismes (érotiques, fantasmatiques, dramatiques) d’Hitchcock, mais les reproduit en provoquant simplement quelques stimulis » (Jean-Marc Lalanne, Les Cahiers du Cinéma). Michael Haneke reproduira lui aussi en 2007 un film à l’identique, le sien, Funny Games. La version allemande étant difficile à vendre aux States, ce sera cette fois-ci en anglais et avec des stars hollywoodiennes.

Prendre un matériau existant pour en livrer une proposition n’incombe pas seulement au remake mais aussi à l’adaptation littéraire. Dans les deux cas s’impose le choix de rester fidèle ou de s’écarter de l’œuvre originale. Shining de Stanley Kubrick est l’exemple parfait du film qui a su capturer l’essence du roman de Stephen King tout en parvenant à se défaire complètement de l’intrigue d’origine et de ses intentions. « L’adaptation est tout à fait comparable à une technique très en vogue à Hollywood, et aujourd’hui plus que jamais : le remake » (cinéma et littérature, ac-nice.fr).

S’il est propice à des différences de traitement intéressantes, force est de constater que le remake est aussi un élément marketing édifiant et ça, Hollywood en particulier l’a bien compris. D’où cette vague de films on ne peut plus opportunistes qui misent leurs bénéfices uniquement sur la récupération d’une licence à succès. Pas étonnant dès lors que la qualité ne soit pas systématiquement au rendez-vous…

Par Sébastien Dm

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