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Crimson Peak

Affiche du film "Crimson Peak"

© 2015 Legendary Pictures − Tous droits réservés.

« Crimson Peak » (La Montagne Pourpre) un beau titre pour ce film qui marque le grand retour au fantastique d’un des maîtres du genre, Guillermo Del Toro, après la parenthèse science-fictionnelle, bourrine et rigolarde que constitue « Pacific Rim ».

Forgé dans le moule du comte gothique cher au cinéaste Mexicain, « Crimson Peak » renoue avec des thèmes et des images qui sont désormais immédiatement associés au réalisateur. Prenant place à la fin du XIXe siècle, les aventures d’Edith Cushing (Mia Wasikowska), jeune fille capable de voir les fantômes qui peuplent le monde, la mènent de la haute société New-yorkaise aux tréfonds de la campagne anglaise puisqu’elle tombe  amoureuse de Thomas Sharpe (Tom Hiddleston), un curieux ingénieur britannique qui partage un lourd secret avec sa sœur Lucille, brillamment interprétée par Jessica Chastain. L’évolution des relations entre ces trois-là est dictée par différentes apparitions spectrales, celles-ci poussant inexorablement l’héroïne, et les spectateurs  avec elle, à découvrir le macabre secret qui entoure les Sharpe et leur demeure familiale qui donne son nom au film.

© 2015 Legendary Pictures − Tous droits réservés.

Comme l’explique en début de film le personnage principale (elle-même artiste car auteure de romans horrifiques, devenant un alter ego du cinéaste), « ce n’est pas une histoire de fantômes, mais une histoire dans laquelle se trouvent des fantômes ». Et cela résume parfaitement la conception du fantastique de Del Toro : les esprits/créatures font partie de notre monde, c’est un fait, ils sont effrayants sans forcément être maléfiques et le cœur du film n’est pas tant leurs apparitions (pourtant fort réussies et parfois vraiment flippantes) que le message qu’ils délivrent. En cela le film rejoint « Le Labyrinthe de Pan » et « L’Echine du Diable », précédentes œuvres du cinéaste qui déjà présentaient les entités surnaturelles comme des personnages à part entière de l’intrigue et non de simples prétextes à des jump-scare faciles. Mais pour « Crimson Peak », Del Toro délaisse l’Espagne pour se plonger au cœur du pays où gothisme et cinéma ne font qu’un, l’Angleterre, terre natale de la Hammer, LE studio mythique ayant donné naissance au genre gothique fantastique dans les années 60.

© 2015 Legendary Pictures − Tous droits réservés.

Et sur le plan de l’esthétique, le film est une réussite absolue. Baigné d’une lumière saisissante qui met en valeur chaque infime détail des splendides décors, le métrage joue la carte du contraste entre les couleurs chaudes du cocon New-Yorkais des Cushing (dont le nom est un clin d’œil à l’emblématique acteur de la Hammer, Peter Cushing), et la froideur bleuté de la vieille bâtisse séculaire des Sharpe. Ce travail sur les couleurs trouve son apogée lors de l’apparition du fameux pourpre du titre qui renvoie à la couleur de l’argile liquide qui semble saigner de la montagne sur laquelle est bâti le château. La réalisation de Del Toro est à l’avenant, et le terme de gothique flamboyant trouve ici tout son sens, tant les mouvements de caméras et le découpage des plans magnifient le travail du chef op et impriment durablement la rétine comme rarement le cinéaste a su le faire. A ce titre, la scène de duel finale dans une brume fantomatique tachée de sang restera dans les annales.

© 2015 Legendary Pictures − Tous droits réservés.

Mais la virtuosité de la mise en scène est telle qu’elle prend le pas sur l’histoire. L’intrigue est simple, et bien que l’on sente la volonté du maitre Del Toro de rendre hommage aux classiques de la Hammer et leurs récits linéaires, les deux heures de métrage baissent parfois de rythme et les rebondissements sont trop prévisibles. Ce manque de finesse empêche dès lors le spectateur d’être totalement emporté par l’histoire et de s’attacher réellement aux personnages,  alors que l’on était happé par le bouleversant destin de la petite Ofelia dans le « Labyrinthe de Pan » qui touchait à des thèmes plus profonds et de manière plus aboutie. D’une ambition folle dans la forme, le film de Del Toro a délaissé le fond, un reproche que l’on pouvait déjà faire à « Pacific Rim »… Faut-il dès lors bouder son plaisir face à ce sublime écrin un peu creux ?

Surement pas, car avec « Crimson Peak » jamais le cinéma gothique n’avait été aussi beau. En attendant l’hypothétique adaptation des Montagnes Hallucinées de Lovecraft que Guillermo Del Toro est censé concrétiser.

Mad Sam

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