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District 9

Affiche du film "District 9"

© 2009 TriStar Pictures − Tous droits réservés.

Quand Neill Blomkamp déboule sans prévenir avec sa pépite sud-africaine sous le bras, c’est pour foutre un grand coup de savatte dans la fourmilière de la SF. Le bonhomme devait initialement adapter le jeu vidéo Halo, mais le projet s’est lamentablement viandé dans les couloirs des studios. Pas démonté pour un sou, le producteur Peter Jackson lui glisse un lot de consolation de 30 millions de dollars pour faire joujou. Autant dire de l’argent de poche à l’échelle de Hollywood. Résultat ? Un braquage en règle du box-office mondial et une claque monumentale. Alors oui, on est sur un site de cinoche d’horreur, mais ce cauchemar anthropologique blindé de mutations organiques et de xénophobie crasse y a sa place légitime.

Le génie viscéral du film tient d’abord à son authenticité crue. L’équipe a posé ses valises et ses caméras à Tshiawelo, au cœur même des bidonvilles de Soweto. Pas de fonds verts numériques lavés à grande eau ou de décors hollywoodiens trop propres : le chef décorateur Philip Ivey a carrément racheté les matériaux des cabanes détruites pour reconstruire la zone de quarantaine. Ce réalisme crasseux saute aux yeux dès l’introduction, troublante et immersive, calibrée comme un faux documentaire télévisuel. Cette première demi-heure pose les bases d’un univers hybride ultra-crédible, fusionnant le pur divertissement de SF avec une charge géopolitique qui ne s’embarrasse d’aucune pincette.

Car District 9 utilise les codes des grands classiques des années 80, l’ADN d’Alien en tête, pour mieux les détourner. Ici, les extraterrestres ne sont pas des envahisseurs belliqueux aux technologies destructrices, mais des réfugiés parqués depuis vingt ans dans des camps de fortune. Surnommés affectueusement « les crevettes » par la population locale en raison de leur tronche de crustacés géants, ces aliens partagent pourtant le pire de notre humanité : l’instinct de survie brut, la détresse sociale et le besoin de connexions. Le parallèle avec l’Apartheid ou les crises migratoires contemporaines — impossible de ne pas y voir un miroir des bidonvilles d’exilés ou des politiques d’expulsion actuelles — évite le piège du prêche moralisateur grâce à une allégorie d’une efficacité redoutable. En distillant les infos au compte-gouttes sur les origines du vaisseau, le script laisse le spectateur faire le reste du travail cérébral.

 

Là où le film bascule définitivement dans le pur bonheur de cinéphile, c’est lorsqu’il croise la trajectoire de Wikus van de Merwe, un bureaucrate à côté de ses pompes chargé de gérer l’évacuation forcée des aliens. Contaminé par un mystérieux fluide extraterrestre, ce fonctionnaire lâche et antipathique commence à muter. On bascule alors en plein body horror rappelant La Mouche de David Cronenberg. Sauf qu’ici, la métamorphose physique colle parfaitement à sa déchéance sociale : plus le personnage devient un monstre aux yeux de l’humanité, plus il regagne en décence morale.

Avec les années, District 9 conserve toute sa fraîcheur et sa rage plastique. Le métrage n’est pas exempt de petits défauts d’écriture sur son dernier acte plus orienté action-blockbuster, mais le charme viscéral et la singularité de la proposition balayent tout sur leur passage. Un coup d’essai transformé en coup de maître qui fait toujours désespérément attendre une suite à la hauteur.

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