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Frontière(s)

Affiche du film "Frontière(s)"

© 2007 Chemin Vert − Tous droits réservés.

En 2007, la France a cru qu’elle tenait son ticket pour la cour des grands de l’horreur extrême avec la vague de la « French Extremity ». C’est dans cette brèche sanglante que s’est engouffré Xavier Gens avec Frontière(s). Vendu à grands coups de buzz et de promesses de traumatismes durables, le film a pourtant réussi un tout autre tour de force : diviser la toile et laisser une partie des spectateurs complètement sidérés face à l’ampleur du naufrage. Un coup d’œil aux forums de l’époque suffit pour voir que le vernis a vite craqué.

© 2007 Chemin Vert − Tous droits réservés.

Le pitch tente de mélanger opportunisme politique et survival poisseux. Alors que l’extrême droite est aux portes du pouvoir sur fond d’émeutes, une bande de jeunes banlieusards commet un braquage foireux. Traqués par les flics, ils fuient vers la frontière luxembourgeoise et font l’erreur fatale de faire étape dans une auberge de campagne. Manque de bol, les gérants ne font pas franchement dans le tourisme vert : c’est une famille de dégénérés néo-nazis et consanguins, bien décidés à transformer les nouveaux venus en charcuterie fine.

L’affiche annonçait déjà la couleur : de la barbaque brute pour amateurs de rayons boucherie. Le problème, c’est qu’on attendait un film de cinéma, pas un inventaire chez l’équarrisseur. Xavier Gens débarque avec des sabots tellement énormes qu’on les repère à trois kilomètres de distance. La toile de fond politico-sociale transpire le cliché par tous les pores. La peinture de la banlieue y est d’une lourdeur confondante, alignant les caricatures de « racailles » avec moins de finesse que le déjà très border Sheitan. Quant au parallèle politique, il est traité avec la subtilité d’un 38 tonnes lancé sur l’autoroute.

© 2007 Chemin Vert − Tous droits réservés.

Une fois les protagonistes enfermés dans l’auberge maudite, le grand n’importe quoi commence. Le casting ressemble à une blague de fin de soirée : Samuel Le Bihan et Estelle Lefébure en rednecks version choucroute-ghetto, il fallait oser. Rien ne fonctionne. Le côté dramatique s’effondre sous le poids de répliques lunaires (« on s’en bat les couilles de tes parents, Rachida ») et le versant horrifique sombre dans le ridicule lors de fulgurances nanardesques à base de « dans ta gueule, sale nazi de merde ».

© 2007 Chemin Vert − Tous droits réservés.

Les personnages sont des fonctions sur pattes. On devine dès sa première nausée que la fille enceinte sera la final girl attitrée. Les autres membres de la bande meurent dans l’indifférence générale, tant leur jeu d’acteur donne envie d’accélérer le travail des bourreaux. Chez les méchants, ce n’est pas brillant non plus. Estelle Lefébure en harpie lubrique ne croit pas une seconde à ce qu’elle joue, Le Bihan en fait des tonnes dans le registre psychopathe braillard, et le patriarche nazi est un monument de comique involontaire. Pour tenter de le rendre terrifiant, le réalisateur a cru bon de lui faire hurler des répliques traduites à la va-vite en allemand. Effet « méchant de cartoon » garanti.

Au-delà de ses tares d’écriture, Frontière(s) souffre d’un syndrome de boulimie cinéphile mal digérée. Le métrage pille sans vergogne les classiques du genre, oscillant entre le plagiat pur et simple et le copier-coller paresseux. On y retrouve la cave de Massacre à la tronçonneuse, la dynamique familiale de La colline a des yeux (les nazis veulent récupérer le bébé de la survivante pour assurer la descendance, l’ironie biologique ne reculant devant rien), le tout saupoudré de morceaux de Saw, Détour Mortel, The Descent ou Haute Tension. Privé d’idées originales passé son premier quart d’heure, le film se contente de recycler les propositions des autres en augmentant juste le pot de peinture rouge. Un pastiche hystérique et boursouflé à éviter de toute urgence si vous cherchez de la vraie terreur de cinéma.

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