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Horsehead

Affiche du film "Horsehead"

© 2014 HorseHead Pictures − Tous droits réservés.

Tirer un film de genre du “cauchemar” de Füssli, cette peinture de 1781 qui n’a cessé jusqu’à ce jour de fasciner artistes et psychanalystes, l’idée avait de quoi séduire. La déception s’avère pourtant proportionnelle à la hauteur de nos attentes. Pour son premier long-metrage, Romain Basset choisit de raconter l’histoire de Jessica, souffrant depuis l’enfance de cauchemars récurrents. Afin de trouver un sens à ses rêves, la jeune femme suit les cours de psychophysiologie du sommeil dispensés à l’université par un certain Sean L. Rutledge, auteur d’un livre sur le rêve lucide. Lorsque sa grand-mère, Rose, décède, Jessica retourne sur les lieux de son enfance, une maison de maître aux airs de manoir gothique, perdue dans la campagne française. L’ambiance y est délétère : une mère psycho-rigide aussi chaleureuse qu’un maton sibérien, un beau-père brave mais insipide, un homme à tout faire à la voix gutturale, et grand-maman qui repose sur son lit de mort, dans la chambre voisine de celle de Jessica. Lorsque celle-ci découvre les carnets laissés par Rose après son suicide (vu son coup de crayon, grand-mère aurait dû faire carrière dans le graphisme) il ne fait plus grand doute que l’origine de ses tourments nocturnes se trouve dans l’histoire familiale, et celle de sa mère en particulier.

Dès lors, pour mener l’enquête, Jessica se réfugie dans son sommeil, s’étourdissant avec de l’éther ou succombant à une torpeur maladive. Parfaitement coiffée et rarement dépourvue de son gloss à lèvres, Jessica erre de scène en scène, parfois revêtue d’une cape de petit chaperon rouge, dans un dédale aussi soporifique pour elle que pour le spectateur qui assiste, impuissant, à cette débâcle. Cherchant à dénouer un secret de famille dont elle porte l’héritage et à se libérer de la figure d’un patriarche violent (son grand-père abusif), Jessica doit se confronter à ses démons, tour à tour incarnés par un jeune prêtre doté d’une voix d’outre-tombe (oui, ça fait redite) et qui se veut menaçant, ou par la figure démoniaque du “Cardinal”, créature au faciès équin, tout droit sortie du tableau de Füssli.

L’un des premiers écueils du réalisateur est de créer des personnages caricaturaux, incapables de susciter la moindre empathie, et dont les liens sont si peu crédibles. Trop occupé à soigner ses effets, Basset ne s’attarde pas non plus sur la cohérence narrative : que devient le corps de la grand-mère ? pourrit-il à l’etage durant les jours sur lesquels s’étale la narration ? quid de l’enfance, à peine suggérée, de Jessica ; de l’absence de son père ? Enfin, et quand bien même la mère veut préserver ses secrets, pourquoi une indifférence si poussive à l’égard de sa fille ? On peut invoquer Lynch, le giallo, Cronenberg, plaider l’etrangeté… quand celle-ci n’est qu’un prétexte pour masquer la vanité du propos ou la faiblesse du scénario et des dialogues, elle devient malheureusement une purge. Là où “A nightmare on Elm Street”, ou même le mauvais “Silent Hill” (comment ne pas penser à la figure de Pyramid Head ) parvenaient a créer des ambiances de rêve baroques et anxiogènes, “Horsehead” enchaîne en vain des séquences oniriques jouant sur les symboles tirés d’un mauvais livre de psychanalyse (le loup, la scène de l’inceste, l’eau, la religion…), le tout enrobé d’une esthétique de vidéo clip privilégiant des plans déjà usés jusqu’à la corde par le cinéma de genre sans jamais parvenir à les transgresser ni à les sublimer.

Même le fameux Cardinal, lorsqu’il surgit, peine à nous faire sourciller, avec son masque figé. Les comédiens se débattent tant bien que mal dans ce marasme (mention spéciale au beau-père qui pense sans doute à ses prochaines vacances au Cap-Ferrret dans la scène finale) ; l’occasion cependant de voir le génial Philippe Nahon cabotiner brillement en anglais, langue choisie par le réalisateur malgré un tournage français. Questionné au sujet de ce choix, Romain Basset dit avoir préféré le rythme au côté “trop intellectuel” des dialogues français. Loin s’en faut, les dialogues de Horsehead sonnent creux et ne contrebalancent pas la prétention de la mise en scène. Le choix de l’anglais apparaît alors comme symptomatique d’un cinéma de genre hexagonal qui peine à trouver ses marques et reste prisonnier de ses références. Coquille vide et toc, Horsehead n’est définitivement pas le film tant attendu.

JB

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