En 2006, le cinéma de genre hexagonal est en pleine crise de foi, cherchant désespérément son messie à grands coups de machettes et de concepts chocs. C’est dans ce contexte que déboule Ils, premier long-métrage du duo David Moreau et Xavier Palud. Sur le papier, la note d’intention fait saliver : transposer un fait divers roumain absolument sordide en un home invasion poisseux et minimaliste, capable de rivaliser avec les péloches américaines. Sauf qu’à l’arrivée, le soufflé retombe plus vite qu’un cadavre dans une fosse commune.
Le premier clou dans le cercueil de cette tentative française, c’est son casting. Olivia Bonamy et Michaël Cohen campent un couple de profs expatriés dont on a strictement rien à foutre dès les premières minutes. Zéro alchimie, zéro charisme. Quand la menace pointe le bout de son nez, leur terreur sonne si faux qu’on peine à les prendre au sérieux, tuant dans l’œuf toute velléité d’empathie. Difficile de trembler pour des personnages qui ont l’air de réciter leur texte entre deux prises de Lexomil. Les dialogues sont d’une insipidité rare, et le jeu d’acteur, plombé par une direction aux abonnés absents,
Côté scénario, c’est le vide intersidéral. Si certains cinéastes parviennent à étirer un pitch de trois lignes sur deux heures en gérant leur tension de main de maître, le duo français se prend ici les pieds dans le tapis de l’ennui. La première demi-heure est une purge somnolente, uniquement meublée par une scène d’ouverture totalement déconnectée du reste et profondément inutile. Quand le cauchemar commence enfin, le film se transforme en un catalogue de clichés usés jusqu’à la corde. On a droit au sempiternel et ridicule « Y’a quelqu’un ? » lancé dans le noir, à la course-poursuite cliché au milieu de bâches en plastique transparent (parce que c’est bien connu, toutes les maisons en chantier en ont), et à une fuite dans les bois paresseusement calquée sur Le Projet Blair Witch. Les mecs accumulent les situations déjà-vues jusqu’à ce final ridicule au pied d’un grillage où l’on attend presque un « Cours, Forrest ! » pour dynamiser le truc.
Le plus rageant, c’est que le film passe totalement à côté de son sujet en se cachant derrière l’excuse de la suggestion. Instaurer la peur par le vide et l’invisible est un art que Moreau et Palud ne maîtrisent pas. Les agresseurs restent tellement flous, impalpables et désincarnés qu’ils n’évoquent rien d’autre qu’une bande de gamins jouant à chat perché dans les fourrés. On poiraute poliment pendant 1h15 en espérant un twist malin, une étincelle graphique, ou n’importe quoi qui sauverait le métrage du naufrage. Rien. À la place, le film s’achève de manière ultra-expéditive en nous balançant un panneau textuel « Inspiré d’une histoire vraie », comme si cette pauvre béquille contextuelle allait miraculeusement injecter de la crédibilité et de l’intérêt à ce qui vient de se passer à l’écran. Une occasion manquée de plus pour l’horreur à la française, qui accouche ici d’un pétard mouillé mâtiné de sursauts faciles.
