Jason est de retour… et cette fois, il troque ses bois boueux pour le vide intersidéral. Dixième étape d’un marathon entamé dans les années 80 (si on feint d’oublier son futur rencard avec Freddy et le reboot clinique de 2009), Jason X tente le grand écart ultime : greffer les codes usés jusqu’à la corde du slasher sur une carcasse de space opera fauchée.
On a tous eu le même réflexe : lever les yeux au ciel en soupirant face à ce qui ressemblait au énième baroud d’honneur d’une franchise en état de mort cérébrale. Pourtant, la surprise est là : ce voyage spatial est loin d’être le canard boiteux de la saga. Il faut dire que le cahier des charges de Vendredi 13 a toujours été un piège infernal pour les réalisateurs. Avec un tueur aussi loquace et expressif qu’un parpaing, la formule tournait en boucle depuis des décennies. Le script type ? Jason se réveille, découpe une poignée d’ados en chaleur qui fument des bédos, prend son chèque et retourne pioncer sous un tas de feuilles mortes. Efficace au début, gentiment lénifiant à la longue.
Propulser notre colosse mongoloïde en l’an 2455 a au moins le mérite de briser la routine. Le film recycle sans la moindre vergogne le design d’Alien, la technologie de Star Trek et les outrances visuelles de l’époque, le tout digéré par une série B qui s’assume à 200%. Évacuons tout de suite la question qui fâche : non, vous n’aurez jamais peur. Le frisson est resté à quai, remplacé par une bonne humeur gore assez communicative. C’est le genre de pelloche qui exige d’abandonner tout esprit sérieux à l’entrée pour embrasser un second degré total.
C’est d’ailleurs là que le film gagne ses galons de plaisir coupable. Non content de promener sa carcasse dans des couloirs de station spatiale en plastique, Jason s’offre un lifting nanotechnologique pour devenir « Uber-Jason ». Un relooking cybernétique chromé totalement crétin, mais terriblement jouissif, qui donne lieu à des exécutions d’une créativité folle. On pense notamment à cette pauvre scientifique dont le visage finit congelé à l’azote liquide avant d’être pulvérisé sur un plan de travail. C’est du cartoon qui tache, généreux et條décomplexé.
Le clou du spectacle revient pourtant à une séquence de pure méta-comédie. Pour tenter de ralentir le monstre, les survivants programment une simulation holographique recréant le Crystal Lake des années 80. On y voit deux campeuses en bikini, sorties d’un fantasme d’adolescent, supplier Jason de leur fessier ou de leur filer de la bière. La manière dont le tueur traite ce mirage, en revenant instantanément à ses mécanismes de puritain de la machette, est un grand moment de comédie absurde.
Jason X ne sauvera pas le cinéma de genre, mais sa totale absence de cynisme et son envie de simplement tordre la tronche de son icône dans un décor improbable en font une anomalie hautement fréquentable. Une mise en orbite débile mais divertissante.

