Scream 6

Transporter Ghostface de la banlieue bourgeoise de Woodsboro au béton humide de New York : sur le papier, l’idée avait de quoi réveiller une saga en perte de vitesse. Et au départ, faut reconnaître que le duo Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett maîtrise son sujet.

La scène d’ouverture, d’abord. Elle orchestre un vrai contre-pied qui prend de vitesse les habitués de la franchise. Sans gâcher la surprise pour ceux qui débarquent, le film s’amuse à retourner les règles du whodunit dès les dix premières minutes. C’est malin, c’est tendu, et ça redonne un vrai coup de jeune à la mécanique d’introduction.

Ce changement de décor profite d’ailleurs à toute la première moitié du métrage. Entre une traque claustrophobe dans la supérette du coin (option fusil à pompe pour Ghostface) et une séquence de métro bondé le soir d’Halloween particulièrement bien découpée, la ville offre un terrain de jeu organique. La violence monte d’un cran, les coups de lame sont plus secs, et la sensation de danger immédiat fonctionne franchement bien.

Malheureusement, passé ce premier tiers très enthousiasmant, la machine s’enraye. Le problème de ce sixième opus, c’est qu’il retombe exactement dans les travers de son prédécesseur : l’obsession du clin d’œil. À force d’empiler les références, le scénario s’enferme dans un musée de souvenirs où chaque meurtre devient un prétexte pour réciter le catalogue des films précédents.

Le nouveau groupe de survivants (la fameuse « Core Four ») accumule des blessures mortelles sans jamais vraiment cesser de courir, ce qui finit par entamer méchamment la crédibilité des enjeux. On comprend vite que la production garde ses pions à l’abri pour le prochain épisode, retirant au passage tout le suspense propre au slasher : si personne ne peut vraiment mourir, où est la menace ?

C’est dans son dernier acte que le naufrage devient total. Le climax, censé être le feu d’artifice final, se déroule dans un véritable sanctuaire dédié aux tueurs du passé — métaphore poussée jusqu’au grotesque d’une franchise qui s’auto-dévore. Les révélations s’enchaînent avec une théâtralité gênante, portées par un surjeu d’acteurs qui transforme la tension en comédie involontaire. Les motivations des assaillants frôlent le ridicule, balayant d’un revers de main le peu d’efficacité instauré au début.

Scream VI avait pourtant les cartes en main pour renouveler le genre et offrir un vrai vent de fraîcheur à la saga. En choisissant de sacrifier la peur sur l’autel de la nostalgie et du fan-service paresseux, le film finit par ressembler à la ville qui l’accueille : un grand décor bruyant, froid et désincarné. Un coup d’épée dans l’eau pour un Ghostface qui ferait bien de prendre, cette fois, une vraie retraite.

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