Prenez un mec, deux nanas, un vieux break pourri et des milliers de kilomètres de terre rouge à perte de vue. Sur le papier, le pitch de Wolf Creek ressemble au début d’une mauvaise blague ou à un énième slasher calibré pour ados décérébrés. Sauf que Greg McLean n’est pas là pour enfiler des perles ou copier le voisin américain. Pour son premier long-métrage, le réalisateur australien choisit de poser ses caméras pile là où ça fait mal, dans l’immensité écrasante de l’Outback, et signe un véritable traité de sadisme cinématographique qui va laisser plus d’un spectateur sur le carreau.
La première fulgurance du film, c’est son art du contre-pied. Le métrage oublie les codes du genre pendant près de cinquante minutes pour s’emballer comme un drame indépendant en mode road-trip. McLean prend le temps de filmer la banalité, les sourires timides et les flirts de ses trois touristes. Les acteurs sont d’une justesse désarmante, loin des stéréotypes de viande à boucherie habituels. On est littéralement subjugué par la beauté aérienne des plans, la pureté de la lumière et cette nature sauvage qui semble presque bienveillante. Puis, c’est le crash thermique. Sans prévenir, la carte postale idyllique s’effondre pour laisser place à un cauchemar à ciel ouvert : des pistes sans issue, une nuit d’encre et la rencontre avec Mick Taylor, un autochtone qui cache un monstre absolu derrière son rire de redneck jovial.
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Là où Wolf Creek gagne ses galons de classique instantané, c’est dans sa gestion de la bascule. En évitant les sursauts faciles et les jump scares frelatés, le film installe une terreur sourde, viscérale, presque physique. La mise en scène, d’une sobriété clinique, refuse le grand spectacle de la violence gratuite pour se focaliser sur la détresse psychologique de ses victimes. John Jarratt compose un tueur d’anthologie, sorte de prédateur méthodique qui règne sur un sanctuaire de tôle rouillée, de chaînes et de boue. On en viendrait presque à respirer l’odeur de sueur et d’humidité qui s’échappe de son atelier des horreurs.
Derrière ce jeu du chat et de la souris particulièrement éprouvant, le film dessine en creux une allégorie hyper sombre de notre monde. Cette jeunesse innocente et naïve se retrouve littéralement crucifiée par la perversion brute d’une figure maléfique indéboulonnable. Pas de héros, pas de rédemption facile, juste le triomphe d’un mal implacable. Wolf Creek ne fait pas que valoir le détour : c’est une plongée en apnée, poisseuse et radicale, qui rappelle qu’au cinéma, le vide et le silence sont parfois bien plus terrifiants que les monstres en CGI. Une sacrée baffe.
