Six ans après la mort de Wes Craven, Paramount n’a pas résisté à l’appel du tiroir-caisse. Pour ressusciter la franchise, le studio a filé les clés au duo Matt Bettinelli-Olpin / Tyler Gillett (Wedding Nightmare). Deux fans appliqués, venus faire ce qu’on attendait d’eux : une opération dépoussiérage ultra-sécurisée.

Le principal défaut de cet opus réside dans son besoin permanent d’expliquer sa démarche. En introduisant le concept de « requel » — cet hybride entre suite et reboot —, le film passe un temps considérable à décortiquer ses propres mécanismes. Il ironise sur les tics du slasher contemporain et égratigne au passage l’horreur dite « exigeante ». Le problème, c’est qu’une fois ces théorisations expédiées, le scénario s’empresse d’appliquer à la lettre les schémas qu’il venait de moquer. Souligner les contraintes d’un genre ne suffit pas à s’en affranchir, surtout quand on finit par s’y soumettre gentiment. Tout le monde n’a pas la qualité d’écriture de Wes Craven.

Visuellement, le film n’est pas avare en brutalité. La scène d’ouverture portée par Jenna Ortega fonctionne très bien, et le découpage de certaines agressions retrouve une vraie efficacité mécanique. En revanche, le traitement des personnages laisse vraiment à désirer. Le nouveau groupe de jeunes peine à exister par lui-même, tandis que le retour des figures historiques — Neve Campbell et Courteney Cox en tête — relève davantage du passage de témoin poli que d’un véritable enjeu dramatique.

Côté scénario, il y avait pourtant une vraie bonne idée : l’héritage maudit de Sam, fille de Billy Loomis, et la frousse d’avoir le meurtre gravé dans l’ADN. Sur le papier, c’était mortel. Mais à l’écran, quelle drôle d’idée… Faire revenir Skeet Ulrich en fantôme rajeuni par CGI dans les miroirs, façon coach de l’enfer, c’est le faux pas assuré. Au lieu de nous coller la trouille, la mise en scène nous propulse direct dans une esthétique de série B du début des années 2000. Résultat : on sort complètement du film et la tension psychologique vole en éclats.

Même constat pour le final dans la maison de Stu Macher, qui étale définitivement les limites de la recette. Utiliser la toxicité des fans ultras pour motiver les tueurs, c’était un angle bien senti et très méta. Dommage que le dénouement s’enferme dans un concours de grimaces hystériques où plus personne n’est crédible.
En voulant à tout prix flatter la fanbase tout en sécurisant le tiroir-caisse, ce Scream 2022 loupe le coche. Privée du scalpel de Wes Craven et de sa précision clinique, la franchise perd son venin et se transforme en ce qu’elle combattait à l’origine : un produit de studio bien poli, sympa à regarder, mais incapable de faire vraiment mal.












