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Atrocious

Affiche du film "Atrocious"

© 2010 Nabu Films − Tous droits réservés.

En avril 2010, la police espagnole fait un rapport suite à la découverte de 37 heures d’enregistrement vidéo qui éclairent d’une lumière nouvelle une affaire de meurtre particulièrement atroce. Sur les images, on découvre une famille dans sa maison de vacances, où les jumeaux Cristian et July Quintanilla enquêtent sur une légende urbaine locale. Alors que leur investigation avance, des événements étranges se produisent jusqu’au point de non-retour…

Quel pari plus osé que celui de réaliser un found-footage de nos jours ? Surtout lorsque l’on passe derrière les franchises à succès que sont REC et Paranormal Activity. L’Espagnol Fernando Barreda Luna, qui livre son premier long-métrage, a relevé le défi et ne s’en sort pas si mal. Atrocious n’est certes pas irréprochable, loin de là, mais le final est tellement bon qu’on en oublierait presque les multiples défauts de ce documenteur légèrement apathique.

La principale qualité d’Atrocious est sa crédibilité. Le spectateur se laisse facilement porter par l’histoire de cette gentille petite famille partie se ressourcer dans sa maison de vacances. Évidemment, on se demande (toujours !) pourquoi la plupart des gens ont cette fâcheuse tendance à s’isoler dans un trou paumé et de surcroît, à la lisière d’une forêt. S’ajoute à cet environnement hostile l’inquiétante légende locale d’une mini « Dame Blanche » un brin lunatique. Si l’apparition est serviable – indiquant le bon chemin aux promeneurs qui l’ont perdu, il semble qu’elle puisse parfois se montrer franchement moins sympathique. Le réalisateur nous sert donc un postulat de départ assez ordinaire : la famille – retrouvée massacrée – aurait-elle été victime de phénomènes paranormaux ?

À part ce précieux indice, Fernando Barreda Luna mise sur la puissance du rien. Les décors sont minimalistes, le scénario tient sur une feuille de papier à cigarette et les scènes d’action se comptent sur les doigts d’une main ; mais, ce qui peut apparaître comme un gros défaut (surtout pour ce genre de films) s’avère être le point fort d’Atrocious dont l’esthétique et l’intelligence prennent sens et se révèlent dans un final digne de ce nom. Pour faire simple : on se prend une bonne et vraie claque !

Faute d’images explicites, le spectateur fait constamment appel à son propre imaginaire, il se représente, inévitablement, ses peurs les plus profondes et finit par se mettre la pression tout seul, comme un grand. Le metteur en scène joue énormément sur l’autosuggestion et prouve à quel point on peut parfois voir ce que l’on a envie de voir dès l’instant où l’on est conditionné. Le labyrinthe dans lequel les deux adolescents se perdent figure parfaitement la mauvaise route qu’empruntent les spectateurs. Une chose est sûre : la forme soutient le fond. Il est question de silence, de latence, d’un problème que l’on tait et qui est la cause du drame. Mais évitons les détails, Atrocious est de ces films sur lesquels on se doit de rester discret, au risque d’en dire trop.

Hormis ces indéniables qualités, ce film compte de nombreuses carences. On regrette d’abord sa tiédeur : Fernando Barreda Luna ne se mouille pas vraiment et ne va pas au bout de ses choix. Pourquoi installer l’action dans une forêt – tellement pleine de promesses – pour ne pas l’exploiter ? Pourquoi insinuer une légende et ne rien en faire, si ce n’est s’en servir comme alibi ? À trop chercher le réalisme et le minimalisme, le film échoue dans sa fonction première : faire peur, car à part quelques moments vaguement angoissants, Atrocious tient davantage du drame un peu dégueu que d’un movie bien flippant. En outre, le réalisateur emprunte beaucoup trop au BWP, qui fut certes une révolution en son temps, mais dont il serait justement temps de se démarquer. En outre, Atrocious souffre d’un gros problème de rythme, une lenteur qui pourrait avoir raison de la patience du spectateur. Fans de sensations fortes s’abstenir !

Ce film mérite tout de même un petit 3/5, moyenne qu’il doit à sa chute et à la facilité avec laquelle il nous manipule. Ceux qui seront séduits le visionneront, à coup sûr, une seconde fois, chose que l’on ne fait pas avec tous les found-footage.

Adèle.

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