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Scream 4

Affiche du film "Scream 4"

© 2011 Dimension Films − Tous droits réservés.

10 ans se sont écoulés depuis les terribles meurtres commis par Ghostface. Sydney Prescott est parvenue à tourner la page mais c’est tout de même avec appréhension qu’elle retourne à Woodsboro pour le lancement de son premier roman. Ses retrouvailles avec sa cousine Jill ainsi qu’avec le duo de choc Dewey et Gale seront de courtes durées : Ghostface est de retour mais cette fois-ci les règles vont changer.

Déja plus de 10 ans après que Scream 3 ait laissé de nombreux fans de la franchise sur leur faim, Wes Craven a décidé de relancer une saga qui était jusqu’ici une trilogie. Pour tout recommencer sur de nouvelles bases tout en restant fidèle à l’esprit de la franchise, Craven s’est encore allié à Kevin Williamson pour construire son film avec un scénario solide.

C’est qu’il s’en est passé des choses en 10 ans de cinéma d’horreur : alors qu’a la fin des années 90, la vague du néo-slasher commençait à montrer ses limites, c’est du côté des remakes que les cinéastes en manque d’inspiration se sont tournés afin de donner à la jeunesse  d’aujourd’hui du sang frais tout en ne prenant pas trop de risques avec des histoires avant déjà fait leurs preuves il y a quelques dizaines d’années.
En parallèle, la mode des tortures-porn a aussi vu le jour depuis Saw et Hostel, et ces dernières années, les petits films gores ont pullulé dans les sorties DTV mais aussi avec la franchise Saw dont les 7 épisode sont TOUS sortis au cinéma. Enfin, depuis Paranormal Activity, les faux documentaires inspirés de Blair Witch ont voulu surfer sur le côté pseudo-réaliste et pas toujours avec réussite.

La force principale de Scream 4 (et à la manière du 1er épisode) est de reprendre à son compte une partie de l’histoire du cinéma d’horreur pour l’intégrer à son histoire de la plus belle des manières : non pas en en faisant une simple parodie mais en analysant ces divers phénomènes du cinéma avec un recul particulièrement saisissant. C’est ainsi que Craven passe au grill notamment la mode des remakes hollywoodiens et également les films tournés en caméra subjective.
Ce temps qui a passé, le réalisateur a choisi d’en faire une force : à nouvelle décennie, de nouvelles règles selon l’affiche. Scream se paye alors une véritable cure de jouvence et devient un slasher moderne et rafraîchissant. Le tueur est plus vif, plus sadique, les meurtres sont beaucoup plus sanglants et nombreux, ils rythment le film sans être non plus prévisibles.

Dans cet affrontement avec le passé, Craven a choisi de confronter les survivants de la 1ère génération (et donc avec les rides et le Botox en plus) à des petits jeunes d’aujourd’hui, bercés à l’Internet et aux Buzz en série. Toutes ces nouvelles têtes (à claques) ne sont pas fondamentalement différentes de celles de 1996 si ce n’est une soif de célébrité accrue qui justifie aujourd’hui tout et n’importe quoi.

Pas tout à fait une parodie, Scream 4 est malgré tout un film qui fait rire par son cynisme particulièrement bien développé : un cynisme face au constat des limites d’un certain cinéma, mais également d’un cinéaste face à ses propres erreurs qui sait en tirer parti pour mieux redémarrer. Car il en fallait de l’auto-critique pour oser revenir aux sources après un Scream 3 des plus mauvais, en nous servant sur un plateau un excellent divertissement.

De Scream 4 on retiendra particulièrement le tout début et la fin du film, tout simplement géniaux : la ( les ) scène d’ouverture hilarante semant le trouble dans les esprits des spectateurs; et le dernier quart d’heure du film surprenant et plein d’énergie. Scream 4 est en réalité un parfait épisode de transition dans la franchise de Craven, très fun et décomplexé, un peu lent par moments mais ça fait tellement plaisir de retrouver Scream au cinéma qu’on en redemande !

Critique par Alexa

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On l’attendait avec impatience, ça y est, le Scream nouveau est arrivé ! Partant d’un pitch pas vraiment original mais résolument fidèle aux trois opus précédents et réunissant de nouveau le célèbre casting qui aura fait rêver toute une génération de geeks dans le milieu des années 90 (le trio Neve CampbellCourteney CoxDavid Arquette), Scream 4 se montre tout à fait digne de ces « nouvelles règles » qu’il dépeint avec beaucoup de justesse et d’humour, malgré ses quelques petites imperfections scénaristiques. Wes Craven, maître incontesté de l’horreur new age pour les uns, cinéaste raté pour les autres, n’en finit pas de déchaîner les passions en proposant une œuvre « satirique » qui, tout revendiquant son côté 100% fun, en profite pour aborder quelques-uns de ces sujets d’actualité auxquels nous ne pouvons décidément pas échapper, tant ils imprègnent nos modes de vie au quotidien.

Avant toute chose, ce dont tient à nous parler Craven, c’est de cinéma, et de cinéma d’horreur, bien entendu. En effet, le réalisateur de soixante et onze ans nous livre, via quelques petites (piques ?) répliques bien senties, son point de vue plutôt pessimiste sur l’industrie cinématographique : celle qui ressasse encore et toujours les bonnes vieilles formules qui marchent et nous les envoie à la gueule en tentant de nous les faire passer pour révolutionnaires (et le pire, c’est que ça marche !) ; avec ses franchises qui ne se lassent pas de donner suite à des films sans intérêt mais dont le nom seul suffit à faire vendre (euh, qui est la mauvaise langue qui a dit Saw ?) ; ou encore sur cette incorrigible mode du remake, qui se targue bien souvent à tort d’apporter quelque fraîcheur et nouveauté à l’œuvre originale tout en s’en appropriant les mérites sans vergogne (La Colline A Des Yeux ? La Dernière Maison Sur La Gauche ? Au choix…).

Et, bien sûr, Craven de ne pas oublier de préciser que les règles horrifiques next gen ne sont décidément plus celles d’antan, perdant l’intégralité de leur charge corrosive, celle-là même qui faisait tout le génie des films d’horreur des années 70, de même que tout sens et toute consistance véritables. On sent derrière ces répliques à l’acide une certaine aigreur de la part de celui sur qui il était « hype » de cracher dans le milieu de la critique, passé un temps ; aigreur sans doute due à un manque de reconnaissance flagrant et à trop peu d’indulgence à l’égard de ses essais pas toujours très concluants dans des styles divers.

C’est aussi pour Craven l’occasion de réfléchir sur le développement fulgurant des nouveaux médias qui envahissent le marché depuis la dernière décennie, avec son lot de voyeurisme, d’exhibitionnisme et de valeurs morales revues à la baisse. Le monde part en vrille et le cinéaste a visiblement ressenti le besoin de le souligner tout au long de Scream 4, en nous donnant à voir une génération « multimédia » s’étant complètement perdue dans sa course frénétique à la nouveauté et son errance virtuelle à la recherche de sensations toujours plus fortes, entre Smartphones, Iphones, webcams, Facebook et Twitter. Vieux bougon rétrograde, Wes Craven ? Pas nécessairement. Car la société qu’il dénonce avec beaucoup d’humour a franchement de quoi faire peur, peut-être plus encore que le boggeyman au masque blanc grimaçant de son film. D’ailleurs, en parlant d’humour, nous tenons justement ce qui constitue à mon sens la principale faiblesse de Scream 4

C’est un fait avéré, la trilogie des Scream se distinguait des autres slashers de son époque grâce à son second degré marqué et sa dimension réflexive, aucune raison donc pour qu’il n’en soit pas de même pour ce quatrième opus… Seulement voilà, Craven en fait trop. Certes, il est très appréciable pour le spectateur qu’il y est autant de clins d’œil auto-référencés à sa propre trilogie ainsi que de très nombreuses références à d’autres films considérés par toute une génération de cinéphiles comme appartenant au panthéon des films cultes, mais, malheureusement, les dialogues pourtant souvent très savoureux de Scream 4 n’échappent pas à la lourdeur. D’ailleurs, la scène d’introduction, revendiquant ouvertement ne pas se prendre au sérieux, a quelque peu tendance à désamorcer d’emblée la tension que l’on peut attendre d’un tel film, nous invitant presque à assister à une comédie horrifique, voire une parodie à la Scary Movie. Ce ton exagérément ironique peut répondre à l’absurdité des comportements qui nous sont donnés à voir, avec leurs focalisations excessives sur la gloire et le besoin obsédant d’être vu, mais peut également s’avérer déstabilisant de prime abord.

Malgré tout, Scream 4 ne déçoit pas : le gore est (relativement) au rendez-vous, et il faut bien avouer que c’est un vrai plaisir que de retrouver Sid, Gale et Dewey, même vieillissants, subir les assauts d’un nouveau Ghostface aux motivations obscures. Sans oublier un final délicieusement jouissif où la violence éclate comme du C4, entre les clins d’œil au premier volet qu’apprécieront à coup sûr les fans de Scream depuis 96 et une démonstration d’autodestruction à la Tyler Durden fort réussie. On regrettera cependant que l’éternelle survivante Sidney Prescott ne soit pas au top de sa forme niveau interprétation… En effet, sa personnalité duelle, à la fois vulnérable et étonnamment coriace, ne bénéficie pas d’un traitement aussi efficace que dans les trois premiers : ici, elle semble un peu paumée voire inconsistante, son jeu se contentant d’alterner entre Superwoman et Miss Victime de manière peu subtile et surtout peu vraisemblable. Néanmoins, Scream 4 demeure bourré d’action, ne laissant jamais au spectateur au comble du bonheur le temps de souffler entre deux meurtres bien sanguinolents ou deux répliques tout simplement brillantes. L’action s’enchaîne donc  à la vitesse de la lumière, ce qui suffit largement à rattraper les quelques faiblesses de cette nouvelle résurgence du slasher made in Craven.

Quinze ans après le premier Scream, on constate que le réalisateur tant controversé n’a pas perdu de son mordant et n’hésite pas à s’attaquer ouvertement à ce qu’il considère comme de l’anti-cinéma, tout en s’inscrivant lui-même dans un système qu’il sait pertinemment régi par des « règles » auxquelles il n’adhère pas forcément… Piquant, drôle, violent et délicieusement érudit, Scream 4 ne fera certes pas l’unanimité (comme d’hab’…) mais a néanmoins le mérite d’être parvenu à se renouveler tout en restant fidèle à l’esprit de la trilogie qui aura relancé la carrière de Wes Craven.

Par Emmanuelle Ignacchiti

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