Si vous cherchez encore une bonne excuse pour annuler votre prochain week-end rando, Neil Marshall vous l’apporte sur un plateau de roche froide. Il y a un avant et un après pour quiconque a posé les yeux sur cette plongée en apnée, qui reste l’un des sommets de la terreur des années 2000.
Le film s’offre le luxe d’une mise en route qui prend son temps. Cette introduction un peu étirée, où le scénario meuble gentiment entre deux séances de marche en forêt pour installer un drame intime post-traumatique, pourra en impatienter certains. L’écriture y est parfois un peu minimaliste, mais cette mise en place s’avère payante : elle permet d’éviter l’habituel syndrome des ados décérébrés interchangeables. Ici, on a affaire à un casting 100 % féminin composé de sportives aguerries, avec de vraies personnalités distinctes, ce qui rend le processus d’identification immédiat et viscéral.
La film est une leçon magistrale de mise en scène claustrophobe. Bien avant que la menace ne montre le bout de son nez aplati, le réalisateur parvient à faire de la roche elle-même le pire des bourreaux. Le film joue avec brio sur le confinement, le vertige et cette peur primitive du noir absolu. L’obscurité totale devient un personnage à part entière, simplement découpée par la lueur blafarde de quelques bâtons de cyalume. On se surprend à respirer au rythme des héroïnes, coincées dans des boyaux microscopiques où le moindre craquement de pierre file des sueurs froides.
Quand les hostilités démarrent enfin, le métrage refuse de céder à la facilité du grand-guignol ou du gore gratuit. C’est la paranoïa et la détresse psychologique qui dictent le tempo. Alors certes, le montage s’emballe un peu et le découpage des affrontements sauvages au piolet s’avère parfois brouillon au fond des galeries privées de lumière, mais la bascule de ces femmes vers un instinct de conservation purement animal est fascinante. Une expérience sensorielle brute et redoutable qui prouve qu’avec une obscurité totale et une bonne gestion du hors-champ, le cinéma de genre peut encore faire des miracles.
