[Critique] La Plateforme

La Plateforme (2019)

  • Titre original: El hoyo
  • Note
    6/10
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    Goreng se réveille dans la cellule du 48e étage d'une tour-prison. Trimagasi, son compagnon de cellule, lui explique qu'une plateforme se déplace de haut en bas dans cette tour-prison pour fournir de la nourriture aux prisonniers, sans possibilité de faire des réserves...

    A moins que le responsable marketing de chez Netflix France ait séché l’intégralité de ses cours d’espagnol au lycée – le laissant depuis avec quelques lacunes en traduction – c’est plutôt potentiellement pour des raisons de racolage massif que El Hoyo (La Fosse) se voit transformé en La Plateforme pour le public français. Bien moins glauque, bien plus lisse, ce titre à la sauce fadasse ne nous a malgré tout pas empêché de nous joindre au festin. A la fois sinistre et captivant, décortiquons ce film et à travers lui, ce que le genre humain sait faire de mieux : le pire.

    Image du film "La Plateforme"

    © 2019 Basque Films − Tous droits réservés.

    Si en période de confinement vous commencez à péter un peu les plombs, rien de tel que de relativiser deux secondes sur votre condition en regardant La Plateforme, petit film bonne ambiance (non) qui saura vous rappeler que quand même, vous avez pas trop à vous plaindre. Classé dans la catégorie Science Fiction / Horreur, il n’en est pas moins une pure allégorie des fonctionnements bien moches et bien réels de notre société. La hiérarchie, notre bon vieux  concept modèle, se dresse ici littéralement sous nos yeux par le biais de cet endroit appelé la fosse. Genre de tour bétonnée de plusieurs centaines d’étages, sans portes ni fenêtres (amis claustrophobes bonjour), elle accueille deux détenus par niveau. Chacun de ces niveaux est traversé une fois par jour par une plateforme recouverte de nourriture – sorte de plateau repas géant, à l’esthétique remarquable soit dit en passant – qui devient le centre des préoccupations vitales. La plateforme vient d’en haut et se vide au fur et à mesure qu’elle descend les étages, dévalisée par les participants et leur attitude outrancièrement égoïsto-survivaliste.

    Image du film "La Plateforme"

    © 2019 Basque Films − Tous droits réservés.

    On comprend assez vite qu’il n’y en a pas assez pour tout le monde, ce qui fait rapidement monter nos curseurs d’angoisse, d’empathie, de colère, d’horreur, réveille nos instincts primitifs aussi bien que notre conscience morale, et nous donne envie de faire des stocks de chips plutôt que de papier toilette. La Plateforme, qui peut rappeler dans le fond Snowpiercer de Bong Joon-ho (en bien moins lourdeau) et dans la forme Cube de Vincenzo Natali (en bien plus rococo), fait partie de ces films où les codes s’apprennent pas à pas, nous n’en dévoilerons alors pas trop. Métaphore constante, chaque personnage, parole, ou action qui prend place dans ce microcosme fantasmagorique renvoie à la vraie vie et aux rouages tragiques de notre système sociétal. On ne parle pas ici d’un concept à la Hostel, où les riches tuent en petit comité pour asseoir leur pouvoir et gonfler leur égo, mais bien de la représentation concrète et résumée du système ouvertement pyramidal dans lequel on nous invite encore aujourd’hui à grandir. Ceux du haut qui se goinfrent, ceux du milieu qui font avec les restes, ceux du bas qui crèvent la dalle, pas besoin d’avoir fait Science Po pour reconnaître le tableau.

    Image du film "La Plateforme"

    © 2019 Basque Films − Tous droits réservés.

    La peur des niveaux inférieurs, de la chute, de la désescalade sociale, et l’individualisme exacerbé qui en découle constituent la trame de fond du récit. A partir de ce constat, que fait-on alors ? Changer le système ou lui survivre simplement, compter sur la chance, s’allier, s’entretuer, partager, agir ou subir, autant de voies possibles que de facettes d’humanité. Un petit film léger donc, à regarder en famille (non, toujours pas ! ). Pour dédramatiser on peut aussi se dire qu’après tout, c’est juste Top Chef qui rencontre Fort Boyard et que c’est beau oui, c’est beau les rencontres (nostalgie de fruit confit). Allez, haut les cœurs, au mieux La Fosse vous fera réfléchir, au pire elle vous laissera sceptique (c’est sans doute pour éviter cette blague qu’ils ont changé le titre, n’est pas responsable commercial de chez Netflix qui veut).

    Par Cécile Métral

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