[Critique] mother!

mother! (2017)

1 h 55 min | Drame, Horreur, Mystère | 13 septembre 2017
Note
8/10
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La relation d'un couple est mise en péril quand l'arrivée d'invités inattendus viennent perturber leur quotidien.

Présenté en grande pompe à la Mostra de Venise et au Festival de Deauville, mother! marque le retour de Darren Aronofsky dans le drame psychologique aux relents horrifiques, 7 ans après le chef d’oeuvre Black Swan (ouais, on a pas peur de dire les choses, nous !). Le réalisateur est connu pour son cinéma sans concession, jusqu’auboutiste (Requiem for a Dream quand même…) et chaque nouveau film vient conclure une grosse attente de la part des cinéphiles. Mais Aronofsky séduit autant qu’il divise. Et cela va se vérifier aussi pour mother! qui recevra un accueil assez mitigé de la part des critiques à sa sortie.

Image du film "mother!"

© 2017 Protozoa Pictures − Tous droits réservés.

Mother! met à l’affiche deux acteurs oscarisés par le passé (Jennifer Lawrence et Javier Barden) comme les protagonistes de ce thriller psychologique intriguant. Ce long métrage noir raconte l’histoire d’un couple qui voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité. On va le dire tout de suite, ce pitch résume très mal le film, que tout spectateur devrait appréhender comme une métaphore. D’ailleurs, une grosse quantité d’indices vont dans ce sens dès le début. (Attention, ça va spoiler sévère).

Image du film "mother!"

© 2017 Protozoa Pictures − Tous droits réservés.

Première chose, si vous allez voir mother! en pensant ressentir la même chose que devant « Annabelle » ou « Conjuring », vous vous trompez. C’est un film cauchemardesque mais pas vraiment un film d’horreur à proprement parler, même si il emprunte beaucoup de codes du genre. Même s’il est intéressant de faire le parallèle avec un film de maisons hantées, tant les thématiques sont communes. Mais le propos est ici différent : le sentiment de malaise sert à retranscrire les émotions de l’héroïne, qui semble bien seule face aux événements. Sensible et en souffrance, le personnage joué par Jennifer Lawrence n’est pas épargnée par les rebondissements du film, dans la plus pure tradition du cinéma d’Aronofsky. La caméra ne la quitte pas dès lors qu’elle apparaît pour la première fois sur l’écran, et puisque le mari est aux abonnés absents, c’est le réalisateur et donc le spectateur, qui observent ses réactions, sans vraiment les comprendre. Elle passe tour à tour pour une amoureuse possessive, anxieuse puis hystérique, parcours classique d’une femme dans le cinéma d’horreur. Dans la deuxième partie du film, qui creuse dans un nouveau niveau dans le malaise, tout se justifie peu à peu, et le final sert de remise dans le contexte, jusqu’a ce que le film recommence.

Image du film "mother!"

© 2017 Protozoa Pictures − Tous droits réservés.

Alors oui on passe par des moments de surenchère inutiles et tragiques, pour souligner l’expérience que le cinéaste tente de faire vivre au spectateur. Les repères sont très progressivement gommés, puis modifiés puis totalement supprimés. Tout ce à quoi on s’attendait est faux. Et c’est rare qu’un film soit aussi fidèle sur le fond à sa forme. C’est là le talent de mise en images d’Aronofsky : la place de sa caméra est toujours judicieusement choisie, au plus près de l’héroïne, pour renforcer l’identification. Il faut passer au delà de la dernière demi-heure, véritablement cauchemar qui semble sans fin. On comprend alors ces journalistes qui ont quitté la salle de projection, car ce qu’on voit est assez indigeste. Mais il faut résister, histoire de voir enfin la lumière au bout du tunnel. Enfin, façon de parler, parce que le traumatisme n’est pas celui que l’on croit. Il est dans ce constat de la destruction nécessaire par l’artiste pour pouvoir créer. D’ailleurs, on pourrait même penser que c’est d’Aronofsky dont il est réellement question ici : c’est lui qui a besoin de l’amour inconditionnel pour pouvoir continuer son oeuvre et qui a peur se de perdre dans les méandres de la célébrité.

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