Démêler la chronologie de la saga du cannibale le plus célèbre du cinéma réclame un sérieux master en gynécologie temporelle. Petit rappel des faits pour éviter la migraine : au début, il y a eu Le Sixième Sens de Michael Mann (sans Anthony Hopkins), qui adaptait le bouquin Dragon Rouge. Puis le séisme Le Silence des Agneaux, suivi du boursouflé Hannibal de Ridley Scott, avant que les studios ne paniquent et rebootent Dragon Rouge pour y recaser Hopkins aux forceps. Avec Hannibal Lecter : Les Origines du mal (Hannibal Rising), on tire sur la corde jusqu’au bout en remontant à la genèse du monstre. Dans l’ordre chronologique de la vie du psy, cela donne donc : sa jeunesse en Lituanie, ses face-à-face avec le FBI dans Dragon Rouge, sa colocation de cellule avec Clarice, et sa retraite italienne à bouffer du cerveau humain. Vous suivez ? Tant mieux, parce que le film, lui, s’est un peu perdu en route.
Il faut dire que le projet sentait le roussi dès le départ. Thomas Harris a pondu le roman éponyme sur un coin de table, menacé par le producteur Dino De Laurentiis qui lui avait gentiment fait comprendre que s’il n’écrivait pas la jeunesse d’Hannibal, le studio le ferait sans lui. Cette ode au mercantilisme hollywoodien donne à l’écran un résultat tristement prévisible : une origin story qui troque la fascination du mal contre un bête catalogue de traumatismes d’enfance. Pourtant, l’ouverture en Lituanie serre le cœur. Les producteurs ont eu le nez fin en castant la petite Misha sous les traits d’une gamine absolument adorable. Forcément, quand la tragédie frappe au milieu de la guerre et de la faim, l’impact émotionnel est immédiat. On flirte avec les larmes et on saisit instantanément les bases de la solitude abyssale d’un Hannibal orphelin, mutique et brisé.

Le vrai problème commence quand le film essaie de nous faire croire que ce traumatisme justifie la naissance du dandy anthropophage. Exit l’aura mystique du psychiatre omniscient, place à une simple série B de revenge porn en costume. Dans le rôle-titre, le regretté Gaspard Ulliel hérite d’un cadeau empoisonné. Le pauvre a beau être mignon comme un cœur au début et s’efforcer d’imiter les rictus glacials d’Anthony Hopkins, il ne fait jamais vraiment peur. Il joue le sadisme à fleur de peau, mais son Hannibal ressemble plus à un pervers d’école privée un peu contrarié qu’à un monstre de foire clinique.
Pour ne rien arranger, sa relation avec sa tante par alliance, Dame Shikibu, sort tout droit d’un roman de gare. Gong Li traverse le film sans trop savoir quoi jouer, coincée dans un rôle de mentor exotique un peu factice. Face à eux, la galerie de méchants pilleurs de tombes est tellement outrancière, tellement bête et méchante, que la vendetta perd toute sa saveur psychologique. On n’assiste pas à un duel d’esprits supérieurs, mais à une exécution méthodique où les ficelles scénaristiques sont grosses comme des câbles de remorquage.

Tout n’est pas à jeter pour autant dans ce bouillon de culture. C’est assez réjouissant d’observer le jeune esthète faire ses premières armes, s’initier aux joies de la découpe anatomique et apprendre à dompter les détecteurs de mensonges entre deux cours de samouraï. Les complétistes de la saga s’amuseront même à tracer un parallèle psychanalytique évident entre la figure perdue de la petite Misha et celle de Clarice Starling (ce qui expliquerait pourquoi, des années plus tard, il préfère cuisiner pour elle plutôt que de la servir au dîner). Mais ne nous leurrons pas : en voulant à tout prix humaniser le monstre en lui collant un passé de victime, le film lui retire ce qui le rendait fascinant : son inexplicable et pure monstruosité. Une curiosité de fin de franchise, plaisante mais terriblement anecdotique.
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pour ma part je l’ai trouvé nul de chez nul. Je suis une grande fan d’horreur et de livre sur le même theme alors je trouve que le film et à l’opposé du livre.
Bon c’est pas la première fois que le film n’est pas à la hauteur du livre.