[Critique] 3 from Hell

Pour ceux qui découvrirent House of 1000 Corpses en 2003, se prirent d’amour pour les détraqués de la famille Firefly et upgradèrent leur niveau de love en 2005 avec The Devil’s Rejects, l’attente fut longue. Depuis 15 ans, on a eu le temps d’user jusqu’à la corde les DVD des deux premiers opus, d’intégrer à notre quotidien leurs plus belles punchlines (notamment au rayon glace du supermarché), ou encore d’opter pour Otisdriftwood123 comme pseudo Tinder. La Famille Lucioles a intégré nos vies, ses personnages iconiques sont devenus des références du genre et, dans un mélange d’excitation et d’appréhension, voilà qu’en 2020, enfin, nous découvrons 3 From Hell, le dernier volet de la trilogie. Suspens.

Image du film "3 from Hell"

© 2019 Lionsgate − Tous droits réservés.

Retrouver les Firefly après 15 ans d’absence, c’est un peu comme être convié à une soirée revival des anciens du lycée où on ne grignoterait que des madeleines de Proust en buvant de la sangria, c’est familier et ça tache. Personne n’a vraiment changé, mais tout le monde s’est quand même pris un bon coup d’pelle. On passe en revue les cheveux blancs, les petites bedaines, les morts et les survivants, on se complait dans les souvenirs. Quelques rides mais rien de bien nouveau sous le soleil de Satan, et c’est peut-être ça que l’on cherchait, finalement.

Image du film "3 from Hell"

© 2019 Lionsgate − Tous droits réservés.

Lever de rideau, retrouvailles efficaces. Le ton employé nous replonge aussitôt dans l’ambiance de The Devil’s Rejects et le récit raccroche ses wagons sans mal. On retrouve le style de Rob Zombie, son esthétique visuelle, musicale, ses influences culturelles, son amour pour les serial killers du réel. Le film s’ouvre sur le procès ultra médiatisé des Firefly ressuscités et élève les accusés au rang de stars, voir de sex symbols (avec de vrais morceaux de Ted Bundy et de Charles Manson dedans). Sous les spotlights, le trio diabolique devient célébré, peut-être aussi un clin d’oeil dans la fiction à la réalité (les fans de la trilogie se comptant par millions). La lumière des flashs fait briller nos texans au grand jour un instant, pour les jeter de plus belle dans l’obscurité crasse du cachot. Une décennie de prison et de haine montante plus tard, le Captain Spaulding a été exécuté (RIP au passage merveilleux Sid Haig), mais pas Otis (bien vénère), ni Baby (bien givrée), qui finissent par s’évader.

Image du film "3 from Hell"

© 2019 Lionsgate − Tous droits réservés.

S’ensuit alors un nouveau tour de cavale, partagée cette fois avec leur demi-frère Winslow Foxworth Coltrane (coucou Richard – DoomHead31 – Brake). Quelle joie de rattraper enfin le temps perdu avec de gros couteaux et des passants toujours au top pour se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment. Découpé en deux parties, le film (pas les victimes, quoique) nous emmène jusqu’à Mexico, ce qui a dû permettre au chef déco de faire un AVC de bonheur en dévalisant le Gifi local. Moustaches, sombreros et catcheurs masqués, on atterri dans un western sur fond de tequila et de crânes fleuris – Dia de los Muertos oblige – pour manger un peu de poussière et de règlements de comptes carabinés, avant que ne se clôture une bonne fois pour toute cette douce trilogie familiale.

Image du film "3 from Hell"

© 2019 Lionsgate − Tous droits réservés.

Mais alors, que penser de ce dernier volet ? Il est indéniablement jouissif de retrouver après tant de temps (et d’attente, depuis les premières annonces du projet) les visages de cette drôle de famille que l’on s’est surpris à aimer. Il est donc impensable pour tout fan de passer à côté du visionnage, peu importe les critiques, les rumeurs, la quasi absence de Sid Haig (en fin de vie au moment du tournage), le budget bien plus restreint que pour l’opus précédent, la peur de la déception, j’en passe et des meilleures, just do it. Mais s’il est bien douillet de sauter à nouveau dans les bras de nos méchants préférés, il est un brin décevant qu’ils n’aient pas tant bougé. L’évolution s’il en est, se trouve dans les traits grossis des intéressés qui deviennent leurs propres caricatures, à l’image de Baby laissée trop longtemps à l’isolement et qui en fait des caisses niveau folie ( »on laisse pas Bébé dans un coin », voilà ce que ça donne sinon, Patrick Swayze avait raison).

Image du film "3 from Hell"

© 2019 Lionsgate − Tous droits réservés.

Plus largement, malgré sa narration travaillée et une deuxième moitié à la sauce tex mex qui nous change un peu, 3 From Hell a des airs de medley, mixant à la fois les esthétiques des deux premiers opus, les castings de tous les longs-métrages de Rob Zombie et s’auto-référençant à l’oeuvre entière de ce dernier avec une ponctualité de métronome. Il est parfois déstabilisant de ne pouvoir s’abandonner complètement à cette nouvelle épopée, tant l’influence des films précédents nous rattrape au détour des dialogues, des situations et de certains systématismes. Le revers de la médaille des private jokes en quelque sorte, qui deviennent des pièges à loups nous coinçant dans le passé, plutôt que de petits bonbons à savourer entre privilégiés.

Image du film "3 from Hell"

© 2019 Lionsgate − Tous droits réservés.

Pour autant, ce dernier volet viens boucler la boucle, refermant la culte aventure Firefly qui méritait d’être un triptyque, et bonne nouvelle, on est rassasiés. Plus qu’à attendre la sortie en France du joli coffret trilogie qui viendra fièrement trôner sur toutes les étagères du pays. Alors pour la déco du salon on dit merci qui ? Merci Rob Zombie !

Cécile Métral

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