Alien³

Alien³ (1992)

Note
8/10
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Après s'être échappée avec Newt et Hicks de la planète alien, Ripley s'écrase sur Florina 161, une planète prison qui héberge un pénitencier. Malheureusement Newt et Hicks ne survivent pas au crash, au contraire d'un visiteur indésirable. La prison ne tolérant aucun arme, et l'aide étant lointaine, les prisonniers doivent survivre avec ce qu'ils ont sur place.

Après être parvenus à s’échapper de l’USS Sulaco à bord d’une capsule de secours à la fin du précédent film, Ellen Ripley, Newt, Hicks et Bishop se crashent sur Fiorina 161, un ancien institut de recherche désaffecté reconverti en prison galactique pour détenus hyper-dangereux atteints du syndrome XYY, anomalie chromosomique induisant une prédisposition à la violence. Alors que Ripley apprend qu’elle est la seule rescapée de l’accident, celle-ci se lie d’amitié avec le docteur Clemens et, sous la pression de cauchemars récurrents, parvient à faire accepter au médecin de pratiquer une autopsie sur le corps de Newt. Si les analyses ne donneront aucun indice sur les évènements à venir, le danger rôde pourtant. Ripley, une fois de plus, devra faire face à la terreur alien et l’éradiquer une fois pour toute, quels qu’en soient les sacrifices.

Confier les rênes d’un projet aussi convoité qu’Alien 3 à un réalisateur comme David Fincher relève initialement d’une véritable gageure. En effet, comment un jeune technicien de 30 ans ayant fait ses armes dans les effets spéciaux avant de passer à la mise en scène de clips et de publicités pouvait-il prétendre s’attaquer à une saga aussi légendaire et venir se frotter aux deux génies aux commandes des volets précédents (Ridley Scott et James Cameron, pour ne pas les nommer) sans jamais avoir pris en charge la réalisation d’un long-métrage, qui plus est aussi ambitieux ? Aujourd’hui, la réponse parait évidente : Fincher est lui-même génial (sa filmographie parle pour lui) et son ébullition créative autant guidée par l’envie d’accoucher de chocs visuels forts que par la soif d’expérimenter sur tous les terrains à sa disposition (technique, scénaristique ou réflexif) allait achever de convaincre les exécutifs de la Fox de lui faire confiance. L’Histoire est aujourd’hui tristement célèbre : lancée en urgence avant même l’existence d’une version finalisée d’un scénario qui allait subir de nombreuses réécritures en plein tournage, Fincher perd peu à peu le contrôle du film qui s’éloigne de plus en plus de sa vision originelle et finira par quitter la production fâché en reniant le montage qui sortira en salle en 1992. Et pourtant, celui-ci propose de nombreux morceaux de bravoure et complète très dignement l’univers de la saga, l’enrichissant des obsessions en gestation de son « auteur » tout en prolongeant très intelligement de nombreuses thématiques abordées dans les films précédents.

Alien vs Ripley

Attention ! Les deux paragraphes qui suivent contiennent des spoilers !

Ce qui marque peut-être le plus dans la saga Alien est irrémédiablement sa très grande hétérogénéité de style. Quatre réalisateurs différents pour quatre long-métrages flirtant avec différents genres. Après le film d’épouvante gothique de Scott, le film d’action jouissif de Cameron, et avant le fantastique scientifique de Jeunet, Alien 3 aborde la mythologie de cet univers sous l’angle du thriller psychologique et métaphysique. Une façon ingénieuse de revisiter la menace xénomorphe et son interaction avec le personnage central de la saga, Ellen Ripley dont les évolutions drastiques de films en films matérialisent autant de questionnements sur le concept de héros que sur la place de la femme dans la société, dépeinte comme la figure forte par excellence. De jeune femme virginale au caractère bien trempé dans le premier film à la femme-soldat affirmant son rôle de mère protectrice dans le second, Ellen Ripley devient, sous l’oeil scrutateur de la caméra de David Fincher, un personnage en pleine mutation physique et psychologique, portant en son sein la progéniture la plus terrifiante qui soit. Avec un sens aigu de la transgression, Fincher malmène son héroïne dès les premiers instants de son film pour ne plus la lâcher, annihilant les maigres espoirs acquis à la fin d’Aliens, le Retour, objectifs définis par des enjeux forts (sauver des colons de la menace alien) et accomplis dans la douleur (assumer son rôle de mère par procuration). L’annonce de la mort de Newt sonne ainsi autant comme un deuil à la puissance d’évocation sans égale (perte de l’être aimé mais également résurgence d’une menace imminente) que comme une régression philosophique : l’impossibilité de devenir mère et la nécessité de tuer dans l’oeuf sa progéniture, véritable source du Mal au sens premier du terme. Incarnation vivante et tragique du mythe d’Eros et Thanatos, Ripley symbolise, avec une ambiguité confondante, ce mal lové en chacun de nous, qui ne demande qu’à s’exprimer pour mieux détruire toute notion de civilisation (la même remarque peut-être faite concernant les détenus génétiquement anormaux) mais qui possède également une puissance viscérale et rédemptrice (le Mal pour combattre le Mal).

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Possédant en elle les clés d’un salut hypothétique, incertain mais envisageable (la Foi ?), Ellen Ripley s’impose ici comme une figure christique absolue dont l’importance se matérialise par cette troupe de quidams laissés-pour-compte trouvant en cette jeune femme au crâne rasé, d’abord une tentatrice (la sexualité est très fortement suggérée par les dialogues) aux effets pervers (voire destructeurs), puis un véritable guide spirituel capable de les sortir d’une situation inextricable pour le commun des mortels. S’ensuit une bataille acharnée dans les méandres de la prison désaffectée, symbole évident des circonvolutions cérébrales d’un personnage maltraité par sa nature extraordinaire (extra-humaine ?) et à la recherche permanente d’une reconstruction psychique nécessaire (qui suis-je vraiment et quel est mon but ?). Le sacrifice final de Ripley, conclusion merveilleuse d’une prise de conscience terminale en forme d’aboutissement philosophique parfait, reste certainement l’un des plus belles séquences d’Alien 3, rédemptrice pour Ripley mais également pour l’Humanité toute entière.

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Malheureusement pour Fincher, son premier long-métrage, aussi intelligent soit-il, reste handicapé par les soubresauts d’une production chaotique. Abandonnant parfois quelques idées qui auraient pu alimenter un peu plus un discours déjà si passionnant (le rapport entre la violence et l’animalité notamment, introduite par l’alien sortant d’une carcasse d’un chien ou d’un bœuf, selon que l’on visionne le montage cinéma ou la version longue), Alien 3 reste parfois maladroit dans ses partis-pris narratifs et dans sa puissance picturale, la faute à des prises de décision multiples et parfois contradictoires tout au long du tournage et de la post-production. Il n’en reste pas moins une oeuvre foisonnante, suffisamment forte pour que, malgré un succès public mitigé sur le territoire américain, une troisième suite soit envisagée cinq ans plus tard et confiée à Jean-Pierre Jeunet. Un dernier film décrié mais honnête, délaissant le mysticisme et la paranoïa de Fincher pour mieux aborder l’univers sous un angle plus scientifique (la génétique y est un thème prépondérant) mais également emprunte de tours de force picturaux typiques du metteur en scène français.

Critique par Nicolas Dehais

Aucun commentaire

  1. david fincher méconnu encore à l’époque livre avec alien cube le film le plus bouleversant de la quadrilogie. note : 5/5

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