Babycall

Babycall (2011)

Note
6/10
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Anna fuit son ex-mari violent, avec son fils de 8 ans, Anders. Ils emménagent à une adresse tenue secrète. Terrifiée à l’idée que son ex-mari ne les retrouve, Anna achète un babyphone pour être sûre qu’Anders soit en sécurité pendant son sommeil. Mais d’étranges bruits, provenant d’un autre appartement viennent parasiter le babyphone. Anna croit entendre les cris d’un enfant...
Anna élève seule son garçon de 8 ans, Anders. Surprotectrice, la jeune maman vient juste d’emménager dans un appartement dont elle n’a dévoilé l’adresse à personne, par peur de voir son ex-mari surgir à nouveau dans sa vie et emmener ou brutaliser son enfant. Afin de s’assurer de la sécurité absolue de celui-ci pendant son sommeil, Anna achète un baby-phone qu’elle branche dès le premier soir. En plein milieu de la nuit, celle-ci est réveillée par des cris émis par l’appareil, ceux d’un enfant semblant battu par son père et implorant sa clémence. Le début d’un calvaire psychologique cauchemardesque dont la résolution ne pourra se faire que dans la douleur et les larmes.

Quatrième long-métrage du norvégien Pål Sletaune, Babycall profite du récent intérêt porté au cinéma scandinave pour sortir sur une cinquantaine de copies dans les différents réseaux multiplexes français. Gageons que sans le succès public de la trilogie Millénium, à laquelle le réalisateur emprunte également sa très bankable star, Noomi Rapace (une fois de plus excellente, d’ailleurs), Babycall n’aurait certainement eu droit qu’à une exploitation confidentielle. En effet, son approche très auteuriste de la mise en scène va à l’encontre de sa supposée nature de film de genre, ce qui ne manquera pas de surprendre les amateurs de bons vieux thrillers psychologiques de série B. Convoquant dans sa première partie des thématiques et des processus narratifs proches de ce à quoi la vague du yurei-eiga nous a habitué la décennie passée (famille éclatée, importance de l’enfant, surgissement d’un évènement surnaturel par le biais d’un objet familier), Babycall oublie très vite ses influences au profit d’une tonalité résolument scandinave.

Noomi Rapace_Babycall

La morosité des décors urbains exacerbée par une photographie crue à la blancheur malsaine s’allie ici à un sens de la compartimentation spatiale, qu’il s’agisse des éléments scénaristiques (la ville, le quartier, l’appartement, la chambre) que ceux plus intimement liés à la mise en scène (le jeu sur les cadres isole souvent les personnages de leur environnement direct). Ces partis-pris drastiques participent activement à l’histoire qu’ils racontent, de part leur effet anxyogène sur une progression narrative semblant avancer à contre-courant des désidératas d’Anna. Suspendu dans le temps et dans l’espace, l’environnement de la jeune femme agit comme un inhibiteur sur ses objectifs sociétaux (se reconstruire personnellement en renforçant les liens avec son enfant, en vue d’un nouvel épanouissement social), en imposant un statisme évidemment contraire à tout progrès psychologique. Cette rédemption indispensable, que l’on imagine déjà difficile à atteindre, tend ainsi à se complexifier à mesure que le film se déroule. Mais c’était sans compter un élément perturbateur qui va venir changer la donne d’une façon des plus radicales.

En introduisant la captation par le babyphone de cris d’enfants surgis des ténèbres, Babycall se permet un flirt direct avec le fantastique le plus pur. Cette rupture de ton anti-cartésienne dans une narration jusque là réaliste fait exploser en un instant tous les repères que l’on pouvait considérer comme acquis : l’enfermement d’Anna, autant géographique (une ville inconnue, un appartement isolant) que psychologique (oublier pour avancer) ne pourra pas agir comme le catalyseur désiré car il la confrontera inexorablement au monde et à la violence qui l’entourent. Déclencheur dramatique qui servira ensuite de fil rouge au métrage, ce nouvel élément matérialise les peurs les plus profondes d’une héroïne en plein déni qui va devoir, non seulement y faire face mais également l’affronter pour son salut. Passée la peur des premiers instants, il est intéressant de constater que finalement, cet évènement extraordinaire agit de façon positive sur Anna, qui décide de retourner voir le vendeur qui lui a cédé l’objet au début de l’histoire, d’abord pour se plaindre puis finalement pour se confier à lui, jusqu’à envisager une relation. Car la porte de sortie est évidemment dans l’ouverture aux autres et dans l’épanouissement relationnel. Notamment dans une cellule familale fissurée.

Babycall

Mais cette très intéressante orientation artistique trouve malheureusement ses limites. Très soigné dans sa construction et dans sa dynamique symbolique, Babycall aborde finalement un sujet maintes fois ressassé. Les regrets d’un passé révolu et l’infirmité sociale restent des sujets déjà abordés avec bien plus d’ambivalence. Le film de Pål Sletaune, en soi très agréable à suivre, peut aisément aboutir à une déception, tant sa rigueur formelle tutoie une surmécanisation de sa dramaturgie. Si tant est que l’on aura bien assimilé les codes visuels disséminés par le metteur en scène dans le premier tiers de son film, sa conclusion n’en sera que triviale et ne manquera pas de faire tiquer les spectateurs qui auraient préféré une fin qu’ils n’auraient pas deviné. Prolongement inéluctable d’un calvaire psychologique intense, celle-ci aurait certainement gagné à jouer l’effet de surprise. Peut-être en amplifiant l’une des dernières images marquantes du film, poétique et étrange, reliquat d’une tonalité fantastique un peu trop rapidement abandonnée.

Critique par Nicolas Dehais

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