[Critique] Frozen

Frozen (2010)

1 h 35 min | Thriller | 5 février 2010
Note
6/10
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Trois skieurs sont bloqués sur un télésiège...

Entre deux Hatchet, Adam Green change radicalement de registre avec « Frozen », huit-clos se déroulant en plein air, les pieds dans le vide et le thermomètre en dessous de zéro. Un genre de « Open Water » où la mer et les requins seraient remplacés par un télésiège coincé pour la semaine et une meute de loups affamés. « Frozen » met ainsi en scène trois jeunes coincés sur un télésiège suite à une erreur de communication au sein du staff gérant la station de ski. Le blizzard approchant, le trio réalise qu’il ne survivra pas aux cinq jours le séparant de la réouverture du site s’il ne prend pas une décision salutaire.

Vendu comme un film d’horreur, « Frozen » joue plus la carte du thriller psychologique cela malgré quelques effets gore explicites. On peut d’ailleurs penser qu’Adam Green sacrifie un peu trop le côté réaliste de la situation avec des rebondissements propices aux effusions sanglantes. Les jeunes de « Frozen » doivent ainsi avoir le karma vraiment chargé négativement pour être aussi peu chanceux : incompétence des employés de la station, tempête de neige en approche, montagne désertée par tout être humain mais peuplée de loups, superbement filmés d’ailleurs, animaux d’habitude craintifs mais ici plutôt téméraires pour un steak de chair humaine et j’en passe bien sûr pour ne pas trop spoiler.

A cette succession d’événements parfois même dignes d’un « Destination Finale », nos trois jeunes en rajoutent en se comportant comme de parfaits crétins. Qui aurait l’idée dans cette situation de s’endormir la main nue posée sur la barre du télésiège ? Qui ne penserait pas à se suspendre pour réduire un peu la hauteur avant de sauter ? Tout cela est évidemment écrit pour donner un peu de boulot au département maquillage gore du film qui s’en donne alors à cœur joie et pour la plus grande peine des spectateurs un peu exigeants vis-à-vis de l’effet de réel il est vrai ici un peu désamorcé. La mise en scène – loin d’être cheap – a par contre le mérite d’être discrète et efficace même si parfois plombée par une bande-son sur-dramatisante.

Avec son lieu unique et un champ d’action aussi limité, un tel film ne peut marcher qu’en arrivant à créer une empathie pour ses personnages et ne peut se contenter des crétins de base typique du cinéma horrifique. On pourrait craindre ici le pire quand le film s’ouvre sur trois jeunes, dont un acteur sorti de la série « Gossip Girl», qui ont tout du cliché de têtes à claques bourrées d’arrogance peuplant les grandes universités américaines. Le scénario et les dialogues vont heureusement donner une caractérisation un peu plus fouillée : Dan, prototype de mec populaire, va devoir assumer son rôle autoproclamé de « leader » du groupe pendant que sa copine Parker et son meilleur ami Joe se disputent ses faveurs.

Le spleen prend peu à peu le pas sur l’angoisse au fil des dialogues, le désespoir fait tomber les masques et les personnages finissent par vider leur sac alors que toutes les options de sorties possibles se soldent de manière dramatique. Le final, particulièrement déprimant, restera probablement quelques temps en tête des spectateurs. Avec ses trois personnages et son décor unique, Frozen s’en sort honnétement malgré ses quelques longueurs et rebondissements too much.

Par Alex B

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Depuis le terrible « The Blair Witch Project » en 1999, on ne compte plus les p’tits films indépendants qui mettent en avant le genre du survival dans une nature hostile, en exploitant habilement un budget étriqué dans un cadre façon huis-clos (« Open Water », « Prey »…). Dernier venu dans ce paysage indé : « Frozen ». « Frozen » où comment trois surfers – Kevin Zegers (« Détour Mortel« ), Shawn Ashmore (« X-Men« ) et Emma Bell (« Death In Love« ) – se retrouvent coincés sur un télésiège à plusieurs mètres de hauteur sans aucun moyen d’en descendre. Un scénario simple mais aussi casse-gueule de par chez nous (on se souvient de la scène de Michel Blanc dans « Les Bronzés Font Du Ski » et le mythique « quand te reveeeeerraaaaaaaiiis-jeee-eeeu, pays merveeeeeeiiiilleeeeeee-eeeeeeeux… ») pour le jeune Adam Green (« Hatchet », « Hatchet II »…) Mais présenté au festival Sundance en janvier et sorti aux Etats-Unis en février, le film n’a récolté jusqu’ici que des bonnes critiques. Pari réussi pour Adam Green ? La réponse est oui !

Oui, car « Frozen » se place dans le sillon de ses illustres aînés (« Open Water » en tête) sans pour autant tomber dans le plagiat ni utiliser des trames éculées jusqu’à la moelle. Oui, car « Frozen » a su transcender son faible budget pour faire évoluer son scénario en s’attachant autant au fond qu’à la forme. La difficulté était de tenir en haleine le spectateur dans ce « huis-clos » en plein air sans jamais tomber dans le ridicule (rester coincé sur un télésiège l’est un peu), la redondance / remplissage facile ou bien l’ennui le plus total. Et ça Adam Green et son équipe l’ont bien compris.

C’est pourquoi le réalisateur va appuyer son pitch de base assez simple sur de solides fondations en développant au maximum la personnalité des personnages et ses rapports aux autres. Pas nouveau comme idée certes, mais le trio d’acteurs va nous servir une interprétation irréprochable, si bien qu’on va vite s’identifier à eux (un peu à la manière du travail de Greg McLean sur « Wolf Creek ») et se prendre totalement au jeu de leur mésaventure. Qui plus est – et c’est là toute l’audace d’Adam Green –, la montagne va devenir un personnage à part entière dans la construction du récit (apparition du froid, de la neige, des loups…) et amoindrir les chances de survie de nos héros. Une manière habile de ne pas tomber dans la linéarité (l’attaque des loups) et de toujours garder une dynamique haletante.

Bien sûr, « Frozen » n’est pas exempt de tout reproche dans la mesure où les agissements des personnages sont parfois incohérents (« allez, je saute du télésiège ! ») et où la mise en scène d’Adam Green reste parfois un peu trop conventionnelle, mais force est de constater que la bobine tient aisément la route. Le jeune réalisateur a su parfaitement dépasser le cadre huis-clos de son sujet (et son budget étriqué) en développant des bonnes idées et en ménageant ses effets et ce, sans pour autant négliger des effets sanglants. A l’arrivée, « Frozen » parvient à être un bon petit film pétri de bonnes intentions et bourré de bonnes idées qui dépasse largement de la tête et des épaules les poussifs « Hatchet ». Adam Green a su amener intelligemment son sujet, et donner énormément de relief à ses personnages afin de donner énormément de plus value à son histoire. L’homme vient de nous prouver qu’il maîtrisait son sujet haut la main et qu’il pouvait aisément se placer sur le terrain des films de genre. Reste maintenant à savoir ce que pourrait bien faire Adam Green avec un budget à la hauteur de ses véritables ambitions…

Par Docteur Z.

Aucun commentaire

  1. Euh je ne pense pas que « Blair Witch Project » puisse être considéré comme être le premier exemple de survival en nature hostile (Delivrance?).

  2. Je sais. C’est pourquoi j’ai aussi utilisé le terme ‘indépendant »..
    « Blair Witch » n’est bien sûr pas le premier exemple de survival dans une nature hostile (il y a effectivement eu « Deliverance bien avant), mais c’est le premier film indépendant à tout petit budget qui a su tirer son épingle du jeu dans le sous genre du survival en utilisant une situation simple (se perdre en forêt) pour au final, dépasser le cadre de son sujet et ouvrir une nouvelle voie (ou du moins apporter un énorme bol d’air frais)
    « Frozen » reprend plus ou moins cette toile de fond d’une « situation de tous les jours » en transposant son action sur un télésiège…tout comme « Prey » dans une voiture en panne dans la savane, « Open Water » dans l’océan, « Buried » dans un cercueil etc.

  3. Je pense que Blair Witch Project a plutôt tiré son épingle du jeu par son côté do it yourself et faux « documentaire » et se démarque des films que tu cites par le côté sunaturel de l’histoire (c’est quand même un peu plus que des « jeunes perdus en forêts », c’est plutôt « trois étudiant enquêtant sur une sorcière légendaire se perdent dans une forêt ») et par le fait qu’il y ait quand même plusieurs décors (une forêt; des tentes, les ruines désolé mais l’espace est beaucoup moins circoncit qu’un télésiège, y a beaucoup moins d’enjeux de mise en scène). De plus ça laisse à penser que Frozen est « cheap » alors que loin de là, la réal et le budget sont quand même à 100 lieux de Blair Witch… Sinon, je suis d’accord pour la comparaison avec les autres films, plus réalistes.

  4. « Frozen » est loin d’être cheap (même si le budget n’est pas mirobolant) !

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