Funny Games (1997)

Funny Games (1997)

1 h 48 min | Drame, Horreur, Thriller | 14 mai 1997
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8/10
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Une famille composée d'un couple et de leur fils passe ses vacances au bord d'un lac. Deux jeunes hommes leur rendent visite sous un prétexte futile. Ils les séquestrent et leur font vivre un enfer...

On pourrait considérer « Funny Games » comme la référence ultime du home invasion, si ce cauchemar n’était qu’une pellicule anxiogène parmi d’autres. Le bijou machiavélique du réalisateur autrichien ( à qui l’on doit déjà « Benny’s Video » en 1992 et « 71 Fragments d’une chronologie du hasard » en  1994 ) est bien plus que ça. Froid et cinglant, ce chef d’oeuvre de la fin des années 90 fait le portrait d’une violence banalisée par le cinéma de divertissement et le petit écran.

Image du film "Funny Games"

© 1997 wega film vienna − Tous droits réservés.

C’est parti pour 1h45 de bonnes grosses claques dans la tronche, et comme l’a bien compris Mr Haneke, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. On n’est pas bien là ? En route pour la maison du lac avec Anna, Georg et leur fls Schorschi, à se faire un petit quiz de musique classique ? Ça fleure bon les vacances, tout roule, lorsque BAM ! Le ton nous est donné. Après quelques minutes d’un tableau familial idyllique, sorti de nulle part, le générique du flm déboule en plein écran sur fond de gros grindcore ultra-violent (Bonehead, Naked City). Le décalage sans pitié entre les images paisibles et la brutalité sonore nous met au parfum de ce qui nous attend, une violence qui ne prévient pas et qui ne s’excuse de rien. Accrochons nos ceintures, on n’a encore rien vu !

Image du film "Funny Games"

© 1997 wega film vienna − Tous droits réservés.

Funny Games, c’est la rencontre de la normalité (un papa, une maman, un enfant, un chien, une maison), avec la violence (Peter et Paul). La violence pure et efficace. Cruelle parce que sans espoir. Brute, pas esthétisée. Celle sans raison, sans motif, sans explication. Et c’est tout l’enjeu du réalisateur que de démonter ces stéréotypes magnifiés que l’on nous sert à longueur de métrages et de feuilletons télévisés. Ici les codes sont brisés, comme autant de petites croyances brindilles qui craquent sous la dent de nos deux tortionnaires. Au fur et à mesure de l’intrigue, on assiste bouche bée à la déconstruction des règles qui balisent habituellement le polar ( Haneke qualifie son flm de parodie du genre ), règles parmi lesquelles  »pas touche aux animaux »,  »pas touche aux enfants »,  »à la fin l’ordre est rétabli » et autres intentions bien gentilles ici explosées à coups de club de golf et de fusil de chasse.

Image du film "Funny Games"

© 1997 wega film vienna − Tous droits réservés.

Plus largement, le film chamboule un code universel du cinéma, le quatrième mur, dont la chute lors d’un jeu de piste macabre nous est fatale. Le premier clin d’oeil de Paul (sorte de Tiger Woods de l’embrouille) face caméra nous provoque un méchant rictus autant que l’envie de disparaître sous les coussins du canapé. Nous voilà complices. Et c’est parti pour un petit sondage de conscience. Le train du malaise est en marche et chaque intervention du conducteur à notre adresse nous rappellera qu’on est ligoté aux rails.  »Et vous, vous en pensez quoi ? Vous pensez qu’ils ont une chance ? Vous en avez assez ? ».

Image du film "Funny Games"

© 1997 wega film vienna − Tous droits réservés.

Au même titre que les victimes, nous voilà donc ficelés au bon vouloir du réalisateur, qui prouve qu’avant toute chose, sa farce noire est un brillant exercice de manipulation. Baladant les membres de la famille d’un petit jeu pervers à l’autre en constant crescendo d’intensité, Paul, Peter et Michael jouent surtout avec nous, pauvre masse de spectateurs trop souvent menés par le bout du nez. Nous n’aurons de cesse de croire à une issue clémente – réflex encouragé par de fausses failles narratives aussitôt rebouchées – mais chaque pluie acide de dialogues ou de situations (la scène de la télécommande, bel uppercut temporel) dissoudra toute forme d’espoir et de naïveté.

Image du film "Funny Games"

© 1997 wega film vienna − Tous droits réservés.

La dénonciation de la banalisation de la violence au cinéma passe donc ici par son usage endurant, aiguisé et sans détour. Cet angle radical choisi par Haneke divisera alors foules et critiques, tant son rendu viscéral provoque à la fois fascination et rejet.  Michael Haneke tournera en 2006 le remake américain de son propre flm (le Funny Games de 1997 ayant été réalisé en Autriche et joué en allemand). Hormis les adaptations faites en direction d’un public plus large (casting, lieu de tournage, langue) cette version est une réplique quasiment plan pour plan de l’oeuvre originale. Interprété par Naomi Watts (Ann), Tim Roth (George), Michael Pitt (Paul), Brady Corbet (Peter), et Devon Gearhart (Georgie), Funny Games US sort en 2007, et à ceux qui se demanderaient – à l’instar d’Anna questionnant son bourreau – ‘ »Pourquoi vous faites ça ? », Haneke se fera une joie de rétorquer, tout comme Paul répond à sa proie :  »Pourquoi pas ? ». Efficace on vous a dit.

Par Cécile Métral

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