[Critique] Le jour de la bête

Le jour de la bête (1995)

  • Titre original: El día de la bestia
  • 1 h 43 min | Comédie, Horreur | 18 octobre 1995
    Note
    10/10
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    Le prêtre Ángel Beriartúa a décodé l'Apocalypse de Jean et est parvenu à déterminer le jour de la naissance de l'Antéchrist. Selon ce message, l'Antéchrist naîtra le 25 décembre 1995 à Madrid, où débute une vague de vandalisme et de criminalité. En revanche, il ignore tout du lieu où il viendra au monde. Convaincu qu'il faut arrêter cette naissance satanique, le prêtre se joint à un fan de death metal, José Maria (Santiago Segura), pour essayer, par tous les moyens, de trouver où l'événement aura lieu. Il va donc tout mettre en œuvre pour le découvrir, en cherchant à s'attirer les faveurs du Diable. Dans un Madrid survolté, il s’efforcer d'obtenir la collaboration du "professeur Cavan", un charlatan vedette d'une émission de télévision.

    En 1992, le réalisateur espagnol Álex de la Iglesia jetait un véritable pavé dans la marre du cinoche ibérique, en signant un film hors des sentiers battus, complètement barré, mais ô combien révélateur de l’esprit créatif du bonhomme : Acción Mutante.

    Trois ans plus tard, alors que personne ne s’y attendait vraiment, voilà qu’Álex de la Iglesia revient en force au travers d’un second film, El Día de la Bestia (Le Jour De La Bête), avec la ferme intention de transformer son essai précédent, et de (re)mettre un coup de pied dans la fourmilière d’un cinéma plan-plan qui ne jure que par Almodovar

    23 décembre. A l’avant-veille de Noël, à Madrid, le père Angel Berriartua (Álex Angulo), un petit prêtre de province, est plongé dans la consternation la plus totale : après des années d’études et de travaux éprouvants sur l’Apocalypse de Saint Jean, il est enfin parvenu à la conclusion que l’Antéchrist devrait logiquement apparaître le jour de Noël, en plein coeur de Madrid.
    Angel Berriartua est le seul à être au courant de l’imminence de la catastrophe. Pour débusquer et affronter Satan, il n’a pas d’autre choix que de plonger tête baissée dans le pêché. Il décide de s’adjoindre deux acolytes hors du commun : un fan de death metal décérébré ainsi qu’un medium prédicateur de la télévision…

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    Fort d’un budget de plus d’un million de dollars pour son second film, Álex de la Iglesia a cette fois, mis le paquet en s’adjoignant les services de Jorge Guerricaechevarria et en s’entourant d’une équipe de techniciens qui ont déjà fait leurs preuves. A partir de là, le réalisateur ibère déroule « tranquillement » El Día de la Bestia en mettant en avant des personnages ordinaires mais fantasques, dans des situations pour le moins originales, tout comme il l’avait déjà fait sur son Acción Mutante de 1992.
    Ainsi, si les budgets des deux films sont aux antipodes l’un de l’autre, le metteur en scène ne va pas pour autant s’inscrire dans une démarche artistique plus sage ou rentrer dans le rang. Au contraire, il va développer encore plus les jalons narratifs qu’il avait déjà posés dans son premier méfait et passer au niveau supérieur, autant sur le fond que sur la forme.

    Outrancier à souhait, Álex de la Iglesia ne recule donc devant rien pour donner à son film une force comique décapante et cynique… quitte à tirer sur tout ce qui bouge (la religion et ses fidèles, les croyances…) et même enfoncer des portes déjà bien ouvertes (la télé-réalité). Mais paradoxalement, c’est dans la surenchère caricaturale que se situe toute la force – et la finesse – d’El Día de la Bestia.

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    En effet, le parti pris sans concession du réalisateur dans la construction du récit ne laisse aucun temps mort dans l’enchaînement des situations barrées et des comportements antagonistes des protagonistes (le curé qui fait le mal autour de lui…), si bien qu’il est impossible pour le spectateur de décrocher du film et de ne pas s’attacher à cette galerie de personnages à la fois si ordinaire, si extraordinaire mais toujours accrocheuse.

    Et force est de constater que malgré des notes d’humour qui frôlent parfois le gros rouge qui tâche, le rythme de la péloche insufflé par Álex de la Iglesia est tout simplement parfait pour mettre en relief toute cette folie ambiante : montage nerveux, cadrage inspiré, scénario cousu de fil blanc, bande son taillée pour le headbanger (Ministry, Pantera, Sugar Ray, Soziedad Alkoholica… et même Silmarils) : tout y est ! Il y a à boire et à manger dans cette œuvre… et c’est open bar !

    Evidemment, certains diront qu’El Día de la Bestia est relativement facile dans son approche artistique (limite racoleur) et qu’à force de verser dans la comédie poussive, on n’est pas loin de l’overdose… ils n’auront pas forcément tort, mais à y regarder de plus près, il est indéniable que derrière son discours de fond ouvertement « fun », Álex de la Iglesia se permet quand même une mise en boîte formelle du plus bel acabit avec une photographie soignée signée de Flavio Martínez Labiano, une lumière bien maîtrisée et quelques effets spéciaux très bien fichus, dès lors qu’on se remet dans le contexte de l’année 1995 (le morphing de la bête).

    De plus, le réalisateur dépeindra en toile de fond de son film, une société espagnole encore en proie à ses démons passés du franquisme, et en face d’une situation économique, sociale, intellectuelle et religieuse en plein déclin (les personnages de José María et d’Ennio Cavan en sont assez révélateurs), comme il l’avait fait avec Acción Mutante au travers duquel il révélait déjà les travers d’une société « futuriste » espagnole sur le thème du handicap et de l’acceptation de la différence.
    Pas si bête ce Jour de la Bête, au final…

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    Récompensé dans de nombreux festivals européens (Gérardmer 1996 en France, Prix Goya en Espagne, grand prix du Festival International du Film Fantastique en Belgique…), El Día de la Bestia a permis à Álex de la Iglesia de s’imposer hors des frontières de son propre pays, et de révéler au grand jour la force du cinéma de genre ibérique qui a su se soustraire de l’influence d’Almodovar.
    Et mine de rien, nombreux sont les jeunes réalisateurs espagnols qui se sont engouffrés dans le sillon ouvert par El Día de la Bestia, pour tourner à tour de bras des films à la sauce horrifique avec un succès international sans cesse grandissant (L’Echine du Diable, Darkness, L’Orphelinat, Les Autres, Le Labyrinthe de Pan, Tesis, Rec…).

    Plus tard, Álex de la Iglesia confirmera son statut de metteur en scène de talent avec des bombes comme Mes Chers Voisins, 800 Balles, Le Crime Farpait ou plus récemment Balada Triste de Trompeta… Mais ça, c’est une autre histoire, comme dirait Conan !

    Dr Z.

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