[Critique] Stay

Stay (2005)

Note
9/10
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Un jeune homme dépressif annonce à son psychiatre qu'il va se suicider dans trois jours. En désespoir de cause, le psychiatre va entraîner son nouveau patient dans un voyage cauchemardesque entre la vie et la mort à travers la ville.

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Wow, quelle claque ! Voilà un film qui ne se dévoile pas facilement et passe ainsi au travers de toute grille d’analyse logique… En effet, c’est avant tout un profond voyage des sens que nous propose Marc Forster (A l’Ombre de la HaineNerverlandQuantum Of Solace), une sorte de rêve semi-éveillé, un passage infime entre le monde réel et l’au-delà qu’il convient de savourer chaque seconde en laissant de côté toute mentalisation qui s’avèrerait ici inutile ; l’œuvre se suffisant à elle-même et n’ayant pas d’autre but que de nous transporter vers un Ailleurs qui dépasse les frontières de notre faculté raisonnante.

Stay impressionne surtout par son esthétique poussée jusqu’aux limites de l’expérimental ; mise en scène, photographie, décors et montage cohabitent harmonieusement pour produire ce film atypique à l’ambiance à la fois onirique et inquiétante. Marc Forster se sert de toutes les possibilités infinies que lui offre son medium pour nous plonger dans un univers fantasmagorique aussi obscur qu’ensorceleur : plans saccadés, accélérés, ralentis, superposés, répétés, etc. ; chaque moyen d’expression purement cinématographique lui permet de créer un langage qui, s’il peine à être décrit avec des mots, se ressent pleinement tant il mobilise nos sens et les maintient en éveil du début à la fin du film. La parole est de fait entièrement donnée à l’image qui exprime ce qui ne peut être dit, donne à voir l’indicible, fait toucher du doigt l’impalpable et délègue au spectateur l’entière responsabilité d’interpréter ce à quoi il assiste selon sa propre sensibilité, son vécu personnel et sa capacité à discerner la vérité à laquelle il aspire.

Les décors de Stay, magnifiques, sont irrémédiablement descendants, étroits, clos sur eux-mêmes, sinueux ; ils symbolisent la chute, la perte du sens de la réalité et le cheminement intérieur qui mène un homme de la vie vers la mort. La place importante donnée aux décors ainsi que le choix méticuleux de lieux vastes, imposants voire même écrasants peuvent faire penser à ceux du film Le Procès d’Orson Welles, dans lequel Mr. K (le génial Anthony Perkins) entreprend son errance pour obtenir des réponses à des questions qu’il ignore lui-même. La démarche erratique est en effet au cœur du propos de Stay, via les pérégrinations sans but ni sens du docteur Foster (Ewan Mc Gregor ; TrainspottingEye Of The BeholderBig Fish) qui se perd peu à peu dans un monde où les lois universelles de la pensée et du jugement ne sont plus, où les limites qui le séparent de la folie se font de plus en plus ténues, jusqu’à s’effriter complètement sous le poids d’un mystère qu’il ne parvient pas à éclaircir.

Les couleurs qui se chevauchent à l’image, où chaque ton est la manifestation d’un état en actualisation permanente, sont tout simplement magnifiques et ont le don de totalement subjuguer notre regard tant elles donnent un aperçu presque tangible de ce monde inconnu que le film veut nous faire partager. Osmose et dispersion sont les maîtres-mots de cette pièce unique en son genre qui à elle-seule constitue une contradiction essentielle qu’il revient au spectateur d’accepter afin de pénétrer complètement dans le labyrinthe mental que représente Stay. Cette énigme en perpétuelle mouvance rebutera les uns et obtiendra la bénédiction des autres, mais il est certain qu’elle ne laissera personne indifférent.

L’intrigue est quant à elle ambigüe, parfaitement maîtrisée mais définitivement irrésolue ; encore une fois, c’est au spectateur d’en déterminer la signification pour ainsi établir sa propre perception personnelle de cette fabuleuse histoire qui lui est donnée à voir. Le mystère impénétrable qui auréole le scénario accumule les non-sens et les points obscurs qu’il nous faudra décrypter en adoptant une démarche essentiellement symbolique pour enfin pouvoir espérer se saisir de l’essence première de Stay. Les acteurs sont tout simplement parfaits, Ryan Gosling (Calculs Meurtriers, Half Nelson, La Faille), qui interprète le jeune étudiant tourmenté Henry Letham, est absolument grandiose dans son interprétation fragile de ce personnage au bord de la déchirure, submergé par ses émotions et dont la maigreur et la pâleur fascinantes lui donnent des allures d’ange déchu en quête perpétuelle d’une rédemption hélas inaccessible. Du coup, Ewan Mc Gregor de même que les autres acteurs du film se retrouvent littéralement éclipsés par le talent incroyable de ce jeune acteur à la sensibilité à fleur de peau ; seule Naomi Watts (The Ring I et II, King Kong, 21 Grams) parvient à se démarquer de par son interprétation très juste d’une jeune femme borderline au passé trouble. Tous ces personnages obscurs semblent prêts à s’effondrer à tout moment, portés par une force indicible comme des feuilles d’automne par le vent vers un destin qui les dépasse complètement et sur lequel ils n’auront jamais la possibilité d’agir.

Stay est donc un film original, fascinant et déroutant qui confère au spectateur une liberté totale d’interprétation de l’œuvre qui semble ne lui imposer aucun point de vue arbitraire. Marc Forster joue ainsi avec les limites, l’aléatoire et le non-sens pour produire ce film énigmatique qui questionne notre manière de percevoir la réalité par l’intermédiaire de nos sens. Un voyage à emprunter sans hésitation, qui vous emportera plus loin que vous n’auriez jamais pu l’imaginer…

Par Emmanuelle Ignacchiti

Aucun commentaire

  1. Tu vois que c’est une super bonne critique ! Je vais chercher ce film pour le voir ! 🙂

  2. Oui tu me diras ton avis !!

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