[Critique] Dexter - Saison 4

[Critique] Dexter – Saison 4

On avait laissé Dexter Morgan au pied de l’autel en fin de saison 3, la bague au doigt, le sourire un peu crispé et la tête pleine de questions existentielles sur son avenir de daron modèle. Douze mois plus tard, le voilà qui change des couches entre deux découpes de macchabées. Le petit Harrison est né, et contre toute attente, notre psychopathe préféré se découvre une fibre paternelle hyper développée. Le problème, c’est que cumuler les casquettes d’expert en traces de sang à la Miami Metro, de mari présent, de père exemplaire et de serial killer nocturne, ça ne passe pas dans un agenda de 24 heures. Dexter est au bout du rouleau, en plein burn-out des familles, et ses rituels millimétrés commencent sérieusement à prendre l’eau…

Mon voisin le monstre : le miroir brisé de Trinity

Si cette quatrième saison a définitivement gagné ses galons de chef-d’œuvre télévisuel, elle le doit en grande partie à son grand méchant : Arthur Mitchell, alias le « Tueur de la Trinité ». Le mec tourne à trois meurtres par an depuis trois décennies sans jamais s’être fait pincer. Un palmarès qui laisse Dexter complètement baba. Pensant trouver un mentor capable de lui filer les clés de l’équilibre parfait, Morgan infiltre le quotidien de ce vétéran. Et là, c’est la douche froide.

Derrière la façade du bon père de famille dévoué à son église et à ses œuvres caritatives se cache un tyran domestique absolu, un malade mental qui terrorise son clan au millimètre. John Lithgow est tout simplement impérial dans le rôle, oscillant d’une seconde à l’autre entre la bonhomie d’un grand-père rassurant et la démence d’un prédateur glacial. En voulant étudier Trinity, Dexter contemple en réalité son propre reflet dans un miroir déformant. Et ce qu’il y voit est terrifiant.

Lundy, Debra et le grand ménage de printemps

Pour pimenter le tout, les scénaristes ont la bonne idée de faire revenir Frank Lundy, le profileur star du FBI, toujours obsédé par Trinity. Son retour fout évidemment un boxon monstre dans la vie de Debra, qui venait à peine de stabiliser sa santé mentale et sa vie amoureuse. On ne va pas se mentir : le radar à mecs de Deb est toujours aussi flingué, et la pauvre va encore une fois servir de punching-ball émotionnel à la série.

La force de cette saison réside dans sa trajectoire rectiligne. Pas de sous-intrigues foireuses pour meubler le récit (coucou la saison 3) ; ici, tout converge vers un entonnoir inéluctable. La tension grimpe d’un cran à chaque épisode, portée par un jeu du chat et de la souris où l’on ne sait plus très bien qui est le chasseur.

Un final en intraveineuse qui a traumatisé la Pop Culture

On savait que la série aimait bousculer son monde, mais le double coup de massue de cette année-là reste gravé dans les annales. Le show n’hésite pas à sacrifier ses pions majeurs, d’abord à mi-parcours avec une audace folle, puis lors d’un season finale qui a laissé des millions de spectateurs en état de choc thermique.

Une conclusion d’une noirceur absolue, d’une ironie dramatique totale, qui vient boucler la boucle de manière parfaite (et macabre). En affrontant son alter ego le plus redoutable, Dexter pensait sauver sa normalité. Il a juste signé son arrêt de mort émotionnel. Une saison magistrale, jamais égalée par la suite, qui prouve qu’en matière d’horreur intime, le petit écran n’a parfois rien à envier au cinéma.

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