[Critique] L'oiseau au plumage de cristal

l'oiseau au plumage de cristal (1970)

  • Titre original: L'uccello dalle piume di cristallo
  • Note
    8/10
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    Sam Dalmas est un écrivain américain vivant à Rome avec sa petite amie Julia, mannequin. La nuit précédant son retour aux États-Unis, il est témoin de l'agression d'une femme par un mystérieux individu vêtu d'un imperméable noir. Essayant de lui porter secours, il est piégé entre les deux portes automatiques d'une galerie d'art et ne peut qu'observer pendant que l'assaillant s'enfuit. La femme, Monica Ranieri, épouse du patron de la galerie, survit à l'attaque, mais la police confisque le passeport de Sam pour l'empêcher de quitter le pays, pensant qu'il pourrait être un important témoin. Sam est alors hanté par ce qu'il a vu cette nuit-là, persuadé qu'un élément important lui échappe. Lui et son amie deviennent les nouvelles cibles du mystérieux agresseur.

    Témoin d’une tentative de meurtre dans une galerie d’art, un écrivain américain de passage à Rome s’improvise détective et recherche l’identité du mystérieux agresseur.

    Premier volet de la future célèbre trilogie « Animalière » (avec Le Chat à Neuf Queues et Quatre Mouches de Velours Gris) mais aussi tout premier long-métrage du Master Of Horror italien Dario Argento ; L’Oiseau au Plumage de Cristal a largement contribué à lancer le genre du giallo au cinéma, avec La Fille Qui En Savait Trop et Six Femmes Pour l’Assassin de Mario Bava. Réalisée en 1970, cette enquête policière à la structure inédite pour l’époque comprend déjà tous les éléments chers au réalisateur de Suspiria et que l’on retrouvera dans l’ensemble de sa filmographie.

    En effet, pour un premier essai, Dario Argento frappe fort. A la fois scénariste et réalisateur, ce dernier applique les codes stylistiques du giallo avec une virtuosité pour le moins surprenante de la part d’un jeune cinéaste débutant (il avait à peine trente ans en 1970). Ainsi, à l’instar des Frissons de l’Angoisse ou de Trauma, le film fait appel à de nombreux plans subjectifs au cours desquels le spectateur est amené à partager le point de vue de l’assassin dont on apercevra uniquement la silhouette inquiétante ou la main gantée de noir, et ce du début du film jusqu’au dénouement final. Comme à son habitude, le tueur Argentesque a la classe : il adore les armes blanches luxueuses et brillantes, est amateur de cigares qui font distingué et porte d’élégants imperméables en cuir qui scintillent dans l’obscurité. Toutes ces spécificités esthétiques constitueront par la suite la signature du génie de la violence graphiquement sublimée.

    C’est d’ailleurs une caractéristique récurrente du giallo mais aussi de l’intégralité de la filmographie du réalisateur Romain : la violence, aussi crue soit-elle, est toujours magistralement stylisée voire même carrément théâtralisée, et L’Oiseau au Plumage de Cristal n’échappe bien évidemment pas à la règle. En revanche, contrairement au gore grand guignolesque que tend à affectionner Argento dans la plupart de ses productions, son premier film a plutôt recours à la suggestivité par l’intermédiaire de gros plans sur des yeux exorbités, des bouches tordues de terreur ou encore des mains crispées de douleur ainsi que d’inserts sur des couteaux luisants qui tranchent ce que nous imaginons sans mal être une gorge ou un abdomen. Et l’effet est, disons-le franchement, tout aussi efficace. L’Oiseau au Plumage de Cristal est également l’objet d’une recherche esthétique très poussée, notamment grâce à un énorme travail sur les couleurs qui confère à l’atmosphère globale du film une dimension oppressante, onirique et parfois même fantastique (la scène d’extérieur dans les tons de bleu où Sam se fait attaquer pour la première fois) et d’un jeu subtil sur les ombres et la lumière qui contribue à rendre les agissements de l’assassin si mystérieux. On retrouve également des décors singuliers d’une beauté graphique à couper le souffle (la galerie d’art contemporain dans laquelle a lieu la tentative de meurtre dont est témoin Sam) ainsi que l’obsession du cinéaste pour les lieux vastes et clos sur eux-mêmes qui sont autant de pièges retors que l’agresseur tend à ses victimes (l’escalier en colimaçon, figure également présente dans Suspiria). D’une certaine manière, cette esthétisation du crime et des lieux du crime érige l’acte meurtrier au digne rang d’œuvre d’art, et c’est précisément tout ce qui fait l’immense force de frappe du cinéma d’Argento.

    Côté scénario, on ne peut que s’extasier face à de telles prouesses d’écriture : l’intrigue de L’Oiseau au Plumage de Cristal se déroule sans accroc ni longueur, au fil des indices découverts par la police et des curieuses rencontres organisées par le détective en herbe Sam Delmas, interprété par un Tony Musante (The Yards ; La Nuit Nous Appartient) plutôt convainquant dans son rôle de témoin oculaire par erreur, au mauvais endroit au mauvais moment et obnubilé par la découverte de la vérité. C’est par ailleurs un véritable régal que de découvrir le matériel à la pointe de la technologie (mais pour l’époque seulement) ainsi que la multitude de gadgets amusants utilisés par la police italienne pour trouver l’identité du tueur ; ceux-ci ravivant en nous un plaisir infantile jusqu’alors profondément endormi. De plus, Dario Argento a apparemment effectué beaucoup de recherches pour décrire de manière pertinente le fonctionnement d’un système judiciaire présenté ici comme plutôt compétent malgré le fait que ses limites soient rapidement atteintes. En outre, le traitement du dénouement final peut largement faire penser à celui de Psychose d’Alfred Hitchcock, avec ses explications du comportement psychotique du tueur données par un psychologue lors d’une interview télévisée autour de l’affaire. Néanmoins, le final de L’Oiseau au Plumage de Cristal reste hélas un brin prévisible et moyennement bien amené ; du  coup, le film a tendance à nous laisser un peu sur notre faim.

    Les personnages du film témoignent également d’une indéniable maîtrise scénaristique : tous plus ou moins troubles, possédant leur identité, leurs tics et leur gestuelle propres tout en évitant le piège des stéréotypes, ils évoluent au gré de leurs interactions qui se font souvent sur un mode étrange et inattendu. Des personnages comme l’antiquaire aux manières efféminées (Werner Peters, excellent), le taciturne inspecteur Morosini (Enrico Maria Salerno), le proxénète bègue Garullo alias « So Long » (Gildo Di Marco) ou encore l’indic qui se contredit toutes les deux secondes, Faina (Pino Patti), sont tout bonnement remarquables et parviennent à agrémenter le récit de petits détails absolument brillants qui réussissent à faire toute la différence. Enfin, il me parait important de préciser que la bande-sonore  de L’Oiseau au Plumage de Cristal a été composée par le très grand Ennio Morricone, réputé pour avoir longtemps collaboré avec le maestro du western spaghetti Sergio Leone (La Trilogie du Dollar). Très présente et particulièrement envoûtante, la musique  du film mélange subtilement des sonorités classiques et électroniques pour un rendu au final agréablement innovant. Par ailleurs, bien qu’Argento n’ait pas encore eu l’occasion de rencontrer les Goblin à cette époque, la musique comporte quelques « mélodies de chuchotements » qui font irrémédiablement penser à celles de Suspiria et qui parviennent à rythmer les images de manière littéralement hypnotique.

    Au final, L’Oiseau au Plumage de Cristal constitue un excellent premier essai de cinéphile passionné, interprété de manière convainquante et à l’intrigue très prenante ; une sorte de point de départ à l’œuvre de toute une vie d’un réalisateur d’exception qui cherchera sans cesse à perfectionner son style si particulier. A voir ou à revoir comme un retour aux origines, pour se faire une idée de l’évolution du cinéma de ce très cher Dario Argento mais aussi et surtout pour le plaisir, tout simplement…

    Par Emmanuelle Ignacchiti

    Un commentaire

    1. giallo phare qui lança Dario Argento à la carrière cinématographique que vous connaissez, l’oiseau au plumage de cristal reste selon moi l’un des meilleur giallo avec une mise en scène hitchkockienne à souhait, la scène de la galerie d’art notamment et un meurtre que reprendra plus tard Brian de Palma dans son fameux pulsions. Notre couple d’enquêteur est le point fort du film avec quelques rencontres avec des personnages excentriques et la révélation finale qui en surprendra plus d’un sur le tueur. Note : 5/5

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